Comment est-il possible de faire partager une émotion ?

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C’est la Toussaint. La veille du jour de la fête des morts.

Alors, voilà. Il s’agit d’une chanson qui bouleverse les Russes lorsqu’ils l’entendent.

Je suppose que, telle quelle, elle ne produit aucun effet particulier à ceux qui ne comprennent pas le russe. Tout au plus serez-vous, peut-être,  intrigués par l’enthousiasme des  spectateurs et les larmes de certains. Je vous laisse l’écouter, chantée par le  baryton sibérien, Dimitri Khvorostovski, tout en retenue .

Maintenant je vais vous dire de quoi elle parle : des morts soviétiques de la 2e guerre mondiale, plus précisément de ceux qui sont morts sans sépulture.  Voici une traduction du texte, j’ai fait de mon mieux ( et j’ai gardé la traduction inexacte de jouravl’ en « cigognes » et non « grues » qui est en français, inélégant à cause de son sens argotique)  :

Les cigognes

Il me semble parfois que les soldats
Qui ne sont pas revenus des champs ensanglantés ;
Ne se sont  pas couchés en nos terres, un jour,
Mais  sont devenus des cigognes blanches.


Depuis ces temps anciens
Ils volent sans cesse et crient vers nous.
N’est-ce pas pour cette raison que si souvent
En silence, avec tristesse, le ciel nous regardons ?


Elle vole dans le ciel la flèche fatiguée
Dans le brume, à la fuite du jour,
Et dans ce vol il y a un tout petit espace,
Une place pour moi peut-être !


Le jour viendra pour moi, avec le vol de cigognes,
De flotter dans la même brume bleue
En vous appelant, de sous les nuages, dans la langue  des oiseaux,
Vous tous,  que j’aurai laissés sur terre.


Il me semble parfois que les soldats
Qui ne sont pas revenus des champs ensanglantés ;
Ne se sont pas couchés en nos terres un jour,
Mais sont devenus des cigognes blanches…

Il faut rappeler à quel point la population soviétique a été touchée : plus de 26 millions de morts, près de 14 % de sa  population (par comparaison l’Allemagne 10,5 % ou la France 1, 4 % ).  Il n’y a pas eu une seule famille soviétique qui n’ait été touchée.

La question que je me pose et que je vous pose est la suivante :  ces explications sont-elles suffisantes pour vous faire partager l’émotion des Russes lorsqu’ils entendent  cette chanson ? Réécoutez-la, pour voir….

42 comments to Comment est-il possible de faire partager une émotion ?

  • Ph. Renève

    Bien, sûr, on partage… un peu. La compassion ne saurait se hisser à la hauteur de la douleur, soyons honnêtes.

    Cela rappelle surtout que chacun de ces millions de morts, anonymes pour nous et donc un peu abstraits, avait une famille, des proches, dont la douleur renaît avec cette chanson.

  • Lorenzo

    Léon,

    comme vous le recommandez il faut réécouter cette chanson pour franchir la premiére étape de la simple découverte.Je ne pense pas que le barrage de la langue soit un obstacle
    á l’émotion (merci de la traduction).Alors de l’émotion véritable, celle qui fait monter les larmes aux yeux je ne l’ai pas ressentie, même si j’ai trouvé ce chant et son
    interprétation empreinte de sensibilité, de sobriété, de solemnité et de retenue.Chaque peuple a ses chants certains issus d’évenements tragiques comme celui que vous nous avez
    proposé,émanation d’une souffrance ayant meurtri le coeur de beaucoup,difficile sans doute d’atteindre á l’universalité et peut être faut il avoir cette âme Russe au dela du tragique des faits, pour ressentir pleinement
    cette émotion ?

  • Allusion

    Bonjour,

    Faut-il toucher à l’héroïsme, à la guerre, à l’armée pour arriver au sublime des sentiments?
    Je ne suis pas d’accord.
    L’âme russe est une chose. L’âme occidentale en est une autre.
    Je me suis intéressé de savoir quelle musique était le plus souvent utilisée lors de la crémation.
    La réponse à été celle-ci: http://www.youtube.com/watch?v=tcrfvP11Hbo
    Cela n’a rien à voir avec l’âme slave mais bien plus latine.
    Tout est relié avec l’histoire d’un pays, en partie, d’une culture, en extension.
    Athée républicaine, la France? Elle qui fête la « Toussaint » et pas la fête des morts.
    Bizarre que c’est surtout des vacances au soleil pendant un weekend ou même une semaine.

  • rocla

    Da bonjour ,

    Faudrait pas avoir d’ oreilles pour ne pas succomber à cette voix puissante grave et si placée dans les sons naissants des musiciens , appuyée un tout petit moment par l’ accordéon , ensuite balalaïkas et autres hautbois violons violoncelles dans la magnifique tonalité de mi mineur . Dans aucun endroit au monde il se produit musicalement l’ âme profonde d’ un peuple comme dans cette partie du monde .

    Magnifique .

  • D. Furtif

    Pour une fois. Je ne partage pas ce patos. Je ne le conteste pas mais je veux dire qu’il n’est pas le mien.
    Mélancolie ➡ souffrance partagée ➡ sublime.

    Le sublime ( exaltation de la beauté) ne s’inscrit pas forcément dans le champ limité du sentiment de douleur, ni dans la très suspecte notion « d’âme de tout un peuple » qui interdit l’accès à la diversité et à l’universel.Il resterait à définir ce qu’est l’âme , l’âme d’un peuple et encore plus complexe = le peuple.

    Je sais Léon, que nous partageons ce sentiment de sublime pour certaines musiques qui ne flirtent pas avec le morbide pour certains films , certaine poésies…etc.

    Ce qui me conduit à l’étape suivante . Non pas remettre en cause ton sentiment de sublime à l’écoute tout autant qu’au spectacle mais aussi à des sentiments de douleurs partagés à la quasi cérémonie que tu nous offres à voir, mais y apporter le bémol de la diversité, du droit au  » ça me fait rien » qui n’a rien à voir avec l’indifférence et encore moins avec l’hostilité.

  • Léon

    Non, je ne dis pas que cette chanson est sublime, n’exagérons pas. Il est un fait certain qu’elle est, par son texte, bouleversante : je ne crois pas qu’il y ait un seul Russe qui puisse y rester insensible. Mon propos était de voir dans quelle mesure il était possible de faire partager cela à d’autres, à des gens étrangers à la culture Russe. Je vois bien que c’est difficile pour ne pas dire impossible. Et je pense que c’est vrai pour moi aussi en sens inverse. Je me rappelle ma frustration de ne rien percevoir à Oum Kalsoum….

    • Ph. Renève

      Le sublime ne serait-il pas universel ? 😉

    • D. Furtif

      Ça me rappelle ado quand j’avais essayé d’entrer dans la poésie allemande. J’ai eu été un cours moment un élève sérieux. Privé du background historique, psychologique, social et d’une érudition en général suffisants ce fut un noir échec.
      Je ne suis pas assez bon en anglais mais par moments j’accède à ce sentiment que le texte anglais veut dire tout autre chose que sa traduction  » établie  » en français.

      N’ y aurait-il pas eu , il y a une 20 aine d’années un mouvement de retraduction des classiques russes.?

      Ta réplique en forme de boutade sur le fromage de chèvre scandalisera peut-être , mais je la trouve très profonde.Tu auras remarqué qu’elle apporte une réponse négative à l’interrogation de ton article.

  • Léon

    Pas plus que le fromage de chèvre… :mrgreen:

    • Ph. Renève

      Ah non, ne parle pas de fromage, tu es sur ce sujet d’un intégrisme terrifiant, d’une intolérance fanatique !

      Léon et le fromage sont deux éléments d’une totale incompatibilité; l’un exclut l’autre ! 😀

    • Ph. Renève

      En conséquence, il est matériellement impossible de faire partager à Léon une quelconque émotion en matière fromagère. Par exemple, la béatitude que procure un Epoisses bien fait avec un vin vieux de la côte de Nuits est inaccessible aux sens léoniens.

      Pauvre homme, hein ! 😀

  • snoopy86

    Il a quelque chose de Bernard Tapie ce baryton 😆

  • maxim

    pour moi,ce serait plutôt Richard Clayderman après une cure de testostérone . 😕

  • rocla

    l’ émeu m’ émeut , la vache m’ émeut , les meuhs m’ éveuvent , mais le plus qui me meut c’ est les meufs ….

  • chantelois2010

    Si j’ajoutais une petite pointe de fromage aux agapes de cette rubrique, je dirais que j’ai bien aimé, tant la naïveté ne m’est point étrangère, ces mots et cette mélodie russe. Je suis un fana de la musique russe. Je n’ai en conséquence aucun mérite. Merci Léon pour ce morceau d’anthologie 🙂

  • Allusion

    Est-ce ceci que vous cherchez?
    http://www.youtube.com/watch?v=s8U7cEDLyU4
    Ca ressemble, mais ce n’est pas pas tout à fait le même rythme

  • Allusion

    Ce commentaire pour répondre à Lorenzo. Désolé, d’aboutir au mauvais endroit.

  • maxim

    si ce chanteur est Russe c’est qu’il est Slave,si il se lave,c’est qu’il se nettoie,si ce n’est toi,c’est donc ton frère !

  • D. Furtif

    Il n’est pas très loyal de taquiner Léon de nos sarcasmes sans aller nous mêmes nous mettre sur la sellette

    À vous de jouer

  • Léon

    Juste de vieux cochons libidineux.

  • Causette

    Bonjour Léon, Bijour à tous
    Après avoir écouter Dimitri Khvorostovski et lu la traduction, je suis de l’avis de Philippe (1er commentaire).

    Train de vie, ce film avec la musique de Goran Bregovi? m’a apporté un mélange de bonheur et d’émotion, mais c’est très personnel (d’ailleurs peu de gens connaissent ce film). Un long dimanche de fiançailles est un des livres qui m’a plu.

    😀 La Sublime Lucia, écoutez-la, pour voir…

  • Causette

    On peut être touché par un tableau, une scuplture, une musique. Puisque nous sommes le 1er novembre, jour où beaucoup de personnes fêtent leurs disparus, nous pouvons nous pencher sur un tableau d’Arnold Böcklin : L’Ile des Morts. C’est un tableau qui existe en 5 versions : Bâle 1880, Berlin 1883, Leipzig 1886, New York 1880 et Rotterdam 1884 (photographie).

    Il existe des interprétations modernes de la toile peintes par: H. R. Giger, le designer suisse et son fameux musée de Gruyères. Caza, dessinateur et scénariste français, et Philippe Druillet dessinateur et scénariste de bande dessinée français.

    Le succès considérable de ce tableau a fait qu’on trouvait sa reproduction en chromolithographie dans tous les intérieurs bourgeois allemands. Jean-Jacques Waltz, alias Oncle Hansi avait sauté sur l’occasion pour y voir un exemple de mauvais goût teuton. Il le reproduit à la page 64 de Professor Knatschké avec cette légende : « Les Français ne comprendront peut-être pas toute la beauté de cette œuvre, dont le « leitmotiv » est repris et amplifié par un cadre modern-style de toute beauté (coût : cadre compris 1 mark 50). »

    Le tableau inspira un poème symphonique The Isle of the Deads à Serge Rachmaninov

  • ranta

    Une bien belle chanson Léon. Ce qui relie les hommes, bien plus que les joies , est cette capacité à comprendre la souffrance d’autrui. Qui n’éprouve pas d’emphatie, de compassion à envers celui qu’il ne connaitra jamais n’est pas totalement humain, il lui manquera toujours quelque chose. C’est aussi pour cette raison qu’il faut rendre à César ce qui est à César et définitivement accepter que le mot cigogne n’a aucun sens dans ce texte mais qu’il s’agit bel et bien de grues.

    Les pertes soviétiques lors de la seconde guerre mondiale ont été colossales ( de 26 à 28 millions des morts selon les sources ) et il est évident qu’en temps de guerre on n’accorde pas à la dépouille d’un défunt la même importance qu’en temps de paix ( hormis épidémies et catastrophes naturelles ).

    Donc les Soviétiques – caractérisés par leur grand respect de la personne humaine – abandonnaient souvent leurs morts sur les champs de bataille. Comme l’écrit Svetlana Alexéivitch dans de « La guerre n’a pas un visage de femme » étaient décorées celles qui ramenaient les armes du soldat… parce ce que le bonhomme blessé, mourant ou mort avait moins d’intérêt… soit !.. la guerre est cruelle.

    Lors du siège de Léningrad – 900 jours, un million de morts -, on n’a pas fait dans la dentelle et les défenseurs tombés sous la mitraille ont été laissés sur place. D’ailleurs, ça tombait bien… les ours et les loups commençaient à avoir les crocs avec le blocus. Cet abandon des corps des soldats a été mal vécu par la population… à juste titre… Comble de l’horreur, les corps d’abord gelés et cachés sous la neige refont surface tous les étés ( de nos jours ! ). Donc, les promeneurs et amateurs de champignons de la région de Léningrad ( qui au contraire de Saint-Péterbourg, a conservé le nom de l’époque, en hommage, justement, aux défenseurs de Léningrad ), ces promeneurs, donc, outre les champignons collectent des ossements humains qu’ils rassemblent en ossuaires marqués par des stèles qu’ils financent eux-mêmes et qui sont parfois visibles au bord de la route.
    Inutile de préciser que ces stèles sont régulièrement fleuries par les habitants du coin. Là, nous avons le problème du nombre colossal et ingérable des morts de la Seconde Guerre Mondiale.

    D’où je pense la raison d’être de cette magnifique chanson écrite par un musulman du Caucase ( Avar du Daghestan – les Caucasiens sont très attachés au respect absolu dû aux cadavres ) inspirée par le monument aux victimes d’Hiroshima, vraisemblablement elles aussi sans sépulture digne ( les circonstances ne s’y prêtaient pas… )Il se trouve que ces victimes sont symbolisées par des grues en origami. Il faut bien comprendre que le poème a été inspiré par une visite au Japon que l’auteur a effectuée au mémorial des victimes de la bombe atomique… Or, au Japon, la grue est une oiseau emblématique… elle est apparentée au phénix qui renaît de ses cendres... et semble toute indiquée pour représenter l’âme ou la vie passée de ces soldats…

    Mais le même dysfonctionnement se reproduit lors de la guerre de Tchétchénie… les Russes abandonnent aux chiens errants de Grozny les dépouilles d’appelés de 18 ans mais reviennent récupérer les armes… ben voyons… Les Tchétchènes, eux, tout pouilleux et sauvages qu’ils soient, reviennent toujours  récupérer leurs morts quelles que soient les circonstances… 

    Il y a donc bien un problème culturel qui a été mis en évidence, justement par un musulman du Caucase… Curieux, n’est-ce pas ?   

    • Salut tout le monde, je pencherais moi aussi pour la vision des choses de Ranta, l’idée de la grue me plait bien, et les cigognes ont aussi une charge symbolique en France qui existe (pensons à l’Alsace et aux bébés), et qui ne prédispose pas non plus à l’idée d’une réincarnation sans faire un travail pour aller au delà de notre imaginaire occidental et rentrer dans un autre. Léon, il ne faut pas avoir peur de nous forcer un peu la main pour nous faire entrer dans un univers qui n’est pas le nôtre. On est tous des gens curieux et talentueux ici. :mrgreen:

    • Lorenzo

      Ranta,

       » ce qui relie les hommes bien plus que les joies, est cette capacité á comprendre la souffrance d’autrui  » je partage completement ce que tu exprimes lá tout autant de ce que
      tu dis ensuite au sujet de l’empathie et de la compassion.
      je te souhaite une trés bonne journée. 😉

    • Sur le fond du message, Ranta, il me semble que la vie humaine en Russie n’a jamais eu la même valeur qu’en Occident, qu’elle occupe une place différente, l’homme semble y être avant tout un instrument au service d’un projet global bien plus grand que lui et il doit éventuellement en payer le prix. C’est ce que dit un commissaire politique prisonnier dans « Les bienveillantes » au personnage principal du roman, lors de l’épisode à Stalingrad.

      • ranta

        SSalut Wald, oui peut être bien. je ne sais pas trop comment le formuler mais il semble que les Russes aient un don pour le malheur.

        Quant aux « bienveillantes »… tu sais je crois que le deal des fumiers de commissaires politiques était simple : quitte à mourir, mourrez pour la rodina.

  • Léon

    Effectivement.

  • Ph. Renève

    Merci Ranta de ton commentaire. L’horreur est encore plus grande que ce que j’imaginais, et on comprend de plus en plus l’émotion des Russes.

  • ranta

    Salut Wald, oui peut être bien. je ne sais pas trop comment le formuler mais il semble que les Russes aient un don pour le malheur.

    Quant aux « bienveillantes »… tu sais je crois que le deal des fumiers de commissaires politiques était simple : quitte à mourir, mourrez pour la rodina.

    • Salut Ranta,

      En 1993, alors très jeune, je suis allé en Russie, et je me souviens d’avoir ressenti physiquement cela, en voyant les palais, l’herbe russe, si particulière, au vert assourdi et plus pâle, et les vols de corbeaux, un vrai cliché.

      Il y a une thèse intéressante, celle de l’historien Klioutchevski, qui voit dans l’histoire russe des cycles de rattrapage sur l’Occident, ce qui se produit avec Ivan IV, Pierre le Grand, les derniers tsars, puis les Soviétiques, toujours avec des similitudes, par des modernisations incomplètes, au moyen de l’autoritarisme politique, en cherchant aussi à aller à marches forcées. D’ailleurs, quand on lit des extraits des dirigeants soviétiques de l’après Staline, on voit que la comparaison avec un Occident ou des Usa à rattraper est flagrante, autant que par les luttes idéologiques, elle pourrait s’expliquer par l’histoire proprement russe. Si je me souviens, Pierre le Grand avait déjà fait surgir des manufactures vers l’Oural, en les peuplant de force avec des serfs, une sacrée préfiguration de l’industrie soviétique.

      Mais ce don pour les malheurs politiques est aussi quelque chose de construit historiquement. La Russie a connu des modèles d’organisation politique très différents, avec les cités marchandes telles que Novgorod, dont la grande majorité des habitants était alphabétisée au Moyen Age, on le sait notamment à cause des écorces qu’ils utilisaient massivement pour s’écrire. Une date majeure sur le plan symbolique est la prise de Kazan en 1552 par Ivan IV, qui marque la victoire définitive de la principauté de Moscou, au fonctionnement très différent.

      La Russie a aussi connu un second servage, comme l’Europe de l’Est mais pas à la même période, c’est quelque chose qui a eu aussi une influence dans la structuration de la société et dans le rapport du pouvoir aux hommes.

  • Euh, la chanson a disparu, ce qui est en soi très émouvant. Pour la remplacer, je propose Boris Grebenshchikov dans Chto tolku bit’ soboj. Très beau.