Quand « le genre » occupe aussi la danse contemporaine…

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Voici d’abord le CV de Matthieu Hocquemiller, le  chorégraphe dont il va être question :

Après une formation professionnelle aux arts du cirque puis en danse, Matthieu Hocquemiller a travaillé comme interprète, danseur et acrobate, pour de nombreuses compagnies contemporaines : en 2004 il est lauréat des Talents Danse ADAMI. Il crée la compagnie A contre poil du sens à Montpellier en 2005 et se consacre alors à la chorégraphie en créant, notamment, « Bonnes nouvelles », « Jusque là c’est nous » (en coproduction avec le Festival Montpellier Danse) et la Post disaster dance. Conjointement il a suivi une formation universitaire (master en sciences humaines) et poursuit actuellement un mémoire de recherche à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) dans le cadre du département “Genre, Politique et Sexualité”. Il se passionne également pour l’image, se forme à la vidéo et aux outils numériques (École des Gobelins, Paris). Il intègre l’image à ses projets chorégraphiques et travaille à des installations vidéos et courts-métrages.

On ne résiste pas au plaisir de reproduire un article du Midi-Libre du 19 janvier 2014 consacré à l’une de ses créations :

Dans l’intimité de la répétition de « Nous »

[….]
Seconde répétition publique de Matthieu Hocquemiller, en résidence à l’Agora, mardi dernier. La salle est bondée, le public s’assoit même sur les marches. Le chorégraphe présente ses cinq « danseurs qui sont des performeurs » du monde de la pornographie, contorsionniste ou transboy. Puis il annonce leur démarche « sexe positive », avant de donner deux des scènes travaillées le jour même. La première est « un duo de garçons », nus, qui se tiennent par le pénis comme on se prend par la main. Ils s’entraînent, roulent sur le sol, se portent, se poussent sans jamais se lâcher. Les corps sont athlétiques. Il y a de la douceur dans les enchaînements et des grimaces, parfois, quand l’autre tire.
Hocquemiller précisera ensuite qu’ils ont « testé une même scène les doigts dans l’anus » et, aussi, que leur besogne n’est « pas au service d’une plastique mais d’un travail sur la relation, à dédramatiser ». Dans le public, on admire « l’esthétique » et on veut « comprendre le processus de création ». Le metteur en scène botte en touche.
Ce soir, il ne donne que de « la matière brute ». Et voici donc la seconde scène, avec « un duo transgenre . Toutes lumières éteintes. Une femme et un homme, nus, jouent avec deux godemichés fluorescents. Dont ils usent seuls, puis ensemble, se pénètrent… Pour être brut de décoffrage, ce jeu l’est ! Juste après, rhabillé, le garçon précisera qu’un « gode n’est pas une bite, mais un objet pénétrant ». Reste que l’acte est bien sexuel et explicite. Un spectateur apprécie la « sensitivité poétique vraie et engagée ». Un autre s’interroge sur « la fluidité en terme de mouvement dansé ». Hocquemiller revient, lui, sur la« qualité du lien »et veut« penser à l’émancipation quand on abat un tabou ». Il annonce aussi son« espoir d’aller plus loin dans la démystification, d’être plus explicite », pour que son public prenne conscience de ses chaînes.

La journaliste, Camille Solveig-Fol,  termine son article sur : « Mais qu’elle est violente et intrusive, cette mode de ne plus savoir suggérer, car il ne reste pas une once de liberté à l’imaginaire ! »

Il va de soi que ce spectacle, qui sera à l’affiche du prochain festival Montpellier-Danse sera interdit aux moins de 18 ans.

Mon petit doigt me dit (une fois sorti de l’anus) qu’on risque de bien se marrer… ( Merci à Dominique C. pour cette pépite !)

L’illustration n’est pas un extrait de ce spectacle mais celui d’un autre chorégraphe, O. Dubois.

L’affaire agite apparemment la danse contemporaine, à Montpellier, en tous cas, puisqu’on trouve aussi ceci, toujours dans le Midi-Libre. :

  • DANSE CONTEMPORAINE / Mauvais genre de Alain Buffard à Grammont
  • Dans Mauvais genre, sa subversive création de 2003 qui n’a pas pris une ride, le danseur et chorégraphe français Alain Buffard met en pièces les stéréotypes et les préjugés. Masculin, féminin, travesti, transexuel, bon et mauvais genre, ou bon chic bon genre… tous les attendus volent en éclat. Sur scène, des chorégraphes et interprètes de la région : Rita Cioffi, Germana Civera, Mitia Fedotenko,Boris Hennion, Fabrice Ramalingom, Matthieu Hocquemiller… une douzaine en tout.

    Image de "Tragédie" de O. Dubois

25 comments to Quand « le genre » occupe aussi la danse contemporaine…

  • snoopy86

    On commence par éclater de rire, mais rapidement on se pose la question : qui paie ?

    La réponse se trouve sur le site de la compagnie et on trouve rapidement la réponse :

    Elle reçoit depuis sa création le soutien régulier d’institutions culturelles locales (D.R.A.C. Languedoc Roussillon, Région Languedoc Roussillon, Ville de Montpellier, département de l’Hérault, Réseau en Scène en Languedoc Roussillon) et nationale (A.D.A.M.I.)

    Bien évidemment, ces magnifiques artistes bénéficient aussi régulièrement du régime des intermitteux du spectacle qui rappelons-le coûte en moyenne à la collectivité 10.000 euros par an et par bénéficiaire :mrgreen:

  • snoopy86

    Et mon cadeau quotidien à Fufu, la dernière ligne de la présentation de la compagnie :

    La compagnie anime également des stages et des ateliers pédagogiques : projets avec des écoles, des collèges ou des centres de formation

    M… , l’éducation nationale finance aussi 😆

    Sans doute les ABCD de l’égalité 😆

  • asinus

    yep vous me direz que je suis un inculte frustre mais immanquablement de telles palidonies me font penser
    à cette diatribe se terminant parAlors que Rome prennent garde à la colére de ses Légions!

  • Léon

    Financement public, certes. Mais c’est vrai aussi de l’Opéra lorsqu’il présente des oeuvres tout à fait classiques. Je crois que le problème n’est pas là…
    D’une manière générale, dès qu’il y a financement public, se pose le problème du critère : une administration, quelle qu’elle soit, a-t-elle une quelconque compétence pour décider de ce qui a de l’intérêt ou pas en matière artistique ? De mon point de vue, seul un système copié sur la commission d’avances sur recettes du cinéma tient la route : des recettes qui proviennent de l’activité elle-même ( taxe sur les prix des billets) et des professionnels du secteur pour l’attribution des aides.
    Et, pas touche au principe du système des intermittents !

  • D. Furtif

    Pourrait-on avoir la signification du geste auguste du personnage central?

    • snoopy86

      Tu ne vas pas t’énerver pour une petite quenelle 😆

    • Dora

      En danse contemporaine, (et même dans le Taï Chi Chuan) on fait souvent ce geste de prise de couille.. euh je voulais dire de prise de COUDE,:lol: en rupture avec les gestes fluides de la danse classique. Cela permet de basculer le bras vers l’arrière et de dédoubler le geste avec une part active (le bras de prise) et une part passive (le bras qui est saisi).;)

  • Léon

    Pas quenelle, ce geste connu depuis la plus haute antiquité romaine portait le nom de bracchus honorum (bras d’honneur). C’était pour ceux qui ne parvenaient pas à suivre le cursus du même nom…

  • Dora

    Personne ne ressort indemne de l’exhibitionniste dans l’art. S’exprimer sur la folie est une chose ( hommage à l’artiste ZOUC), donner à voir ce qui relève de l’intime en forçant l’adhésion d’un public est selon moi un acte barbare.
    En 1973, pour sa pièce de théâtre « Bond en avant », Pierre Guyotat habillait les acteurs à moitié nus d’un gilet taillé dans des poumons de bœuf dégageant une forte odeur ( La Cartoucherie de Vincennes avec Alain Ollivier et François Kuki). Il ne se préoccupait pas des cauchemars des acteurs : il était la coqueluche des intellos parisiens. Il souffrait de troubles psychiatriques et a été hospitalisé entre 1977 et 1983.
    Plusieurs artistes appartenant au mouvement du « body art » dans les années 68-75 ne sont plus là pour témoigner. Orientés vers des pratiques masochistes (et sadiques pour le public) plusieurs d’entre eux se sont suicidés dont un pendant sa dernière performance. Avec une aiguille, il reliait ses parties génitales avec un fil et le mouvement de ses jambes occasionnait des blessures faisant saigner les points d’attache.
    Petite précision : j’aime la danse contemporaine. J’ai vu parmi les derniers spectacles de Philippe Dubois, ceux qui mettaient en scène la nudité avec des effets subtiles et sans aucune exhibition.

    • Lapa

      d’un point de vue plus factuel, je me suis toujours demandé si ce n’était pas gênant plus qu’autre chose pour l’expression artistique d’avoir un truc qui pendouille et se trémousse entre les jambes. Le port du slip n’est pas que pudique…

      • Dora

        Oui Lapa, je suis d’accord avec toi et il y a aussi l’hygiène…pour les hommes comme pour les femmes! Imaginons une classe de maternelle invitée à passer juste après eux, dans un spectacle où comme souvent on les fait se rouler par terre !:shock::shock:

  • Dora

    Dans le roman « Tout ce que j’aimais » réédité en 2013, Siri Husdtvedt décrit le milieu artistique ou interlope New Yorkais dans lequel échoue (et meurt parfois) une partie de la jeunesse américaine.
    La consommation de substances psychotropes dans les milieux artistiques et contestataires, l’absence de responsabilités d’ordre familiale de certains écrivain, artistes et critiques d’art français (Catherine Millet, les Robbe-Grillet) les font basculer dans la quête du sensationnel et du tout sexe et pornographie.
    Considérée par de nombreux experts comme le premier service rentable d’Internet dès le milieu des années 90, la pornographie est un milieu porteur auquel profitent toujours les nouvelles technologies, les médias et le monde artistique. En fait, à l’heure actuelle, la moitié du trafic sans fil serait du contenu à caractère pornographique. La valeur première de la fin du XXème siècle et sur laquelle s’ouvre le XXI ème siècle n’est-elle pas la CONSOMMATION?
    L’exposition « Présumés innocents » présentée au CAPC de Bordeaux en 2000, traitait de l’art contemporain et l’enfant. Certaines œuvres avaient été jugées pornographiques et susceptibles d’être vues par des mineurs. Si l’association qui avait porté plainte a perdu en appel, le procès a permis de dégager les responsabilités des organisateurs et des municipalités accueillant de telles œuvres.
    Un peu d’histoire :
    Après trois ans en Amérique du Nord, quand triomphait l’expressionisme abstrait, Jean Clair regagnait Paris où le climat intellectuel depuis mai 68 était propice à s’ouvrir à « l’avant-garde » : temps des premières « installations », des premiers « concepts » et des premiers « happenings », « Body Art »
    Jean Clair est de ceux qui écrivirent, avant les autres, sur la nouvelle génération d’artistes, les Buren, Boltanski, Sarkis, Le Gac, Viallat, Gina Pane dans une revue que venait de fonder Aimé Maeght, « Les Chroniques de l’art vivant », et qu’il dirigea de 1969 à I975. Cette revue, qui vit le jour avant « Art Press » (1972) était un lieu d’observation privilégié pour rendre compte des mutations qui agitaient le milieu de l’art, tant dans les arts plastiques, que dans la musique, le cinéma et la danse. Curieux ce préambule sur Gina Pane « Ne croyez pas les images les plus fréquemment véhiculées sur elle… »! A quoi faut-il croire? A la légitimité de la folie donnée en spectacle?
    Dans les années 90, Jean Clair a abandonné ce milieu qui n’avait plus aucun sens pour lui. Sa mission avait été d’attirer l’attention sur les productions contemporaines en Europe face à une Amérique dominante et de surfer sur la vague américaine. Les dérives exhibitionnistes et maladives ont eu raison de sa première passion pour un art d’avant-garde. Il ne reste absolument aucune trace de ces artistes!

  • D. Furtif

    Nous saluons ici Jean François Diord et son magazine Oueb consacré à la danse.
    Il va de soi que ses avis et opinions seront accueillis sur Disons.

  • ranta

    « La première est « un duo de garçons », nus, qui se tiennent par le pénis comme on se prend par la main. »

    Hummmmm, j’ai un goût plus prononcé pour de la danse un peu moins contemporaine.

  • […] Dans Mauvais genre, sa subversive création de 2003 qui n’a pas pris une ride, le danseur et chorégraphe français Alain Buffard met en pièces les stéréotypes et les préjugés. Masculin, féminin, travesti, transexuel, bon et mauvais genre, ou bon chic bon genre… tous les attendus volent en éclat. Sur scène, des chorégraphes et interprètes de la région : Rita Cioffi, Germana Civera, Mitia Fedotenko,Boris Hennion, Fabrice Ramalingom, Matthieu Hocquemiller… une douzaine en tout.  […]

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    Nous saluons ici Jean François Diord et son magazine Oueb consacré à la danse.
    Il va de soi que ses avis et opinions seront accueillis sur Disons.