Heinrich Mann, peintre social au vitriol

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Il y a 100 ans, Heinrich Mann publiait son roman « Le Sujet » (Der Untertan), portrait de la société wilhelminienne brossé avec une ironie mordante. Sa critique de l’opportunisme servile est souvent considérée comme une anticipation visionnaire de l’émergence du nazisme. De mes cours d’allemand , de mon professeur qui m’ont beaucoup donné et à qui stupidement je n’ai rien rendu, j’ai conservé le souvenir d’une querelle entre les deux frères Heinrich et Thomas( le prix Nobel). Rien que de très vague , sur un sujet que je pressentais déchirant. Cinquante cinq ans plus tard un article de Anne Lefebvre sur ©  Allemagne Diplomatie m’ouvre une fenêtre pour y voir , en votre compagnie, un peu plus clair dans cette histoire que ma seule paresse avait gardée dans l’obscurité. https://allemagne.diplo.de/frdz-fr/aktuelles/07-Culture/-/217

https://allemagne.diplo.de/frdz-fr/aktuelles/07-Culture/-/21707940794

L’empereur Guillaume II, ici aux côtés de l’industriel Gustav Krupp, en 1911. Dans son roman « Le Sujet », Heinrich Mann dresse le portrait de la société wilhelminienne avec une ironie mordante, © akg

Tout vient à point à qui sait attendre. L’histoire du « Sujet » (« Der Untertan » en allemand) commence par un faux départ. Le roman, écrit entre 1906 et 1914 par Heinrich Mann (1871-1950), commence à paraître sous forme de feuilleton à l’été 1914. Mais la déclaration de guerre stoppe tout net la publication. On ne critique pas l’empereur quand l’heure est à l’union sacrée ! Le récit paraît finalement quatre ans plus tard, sous forme de livre, le 30 novembre 1918. Mais la patience paie. Au lendemain de l’armistice et de l’abdication de Guillaume II, « Le Sujet » est soudain le roman de l’heure. Il est propulsé au rang de bestseller, s’écoulant à 100 000 exemplaires en six semaines. Il deviendra le livre le plus célèbre de son auteur.

Jusqu’à nos jours, « Le Sujet » est l’un des livres qui fait figurer Heinrich Mann au panthéon des classiques aux côtés de son frère cadet Thomas Mann (1875-1955). C’est un tableau précis et piquant de la société impériale au temps de Guillaume II. Cent ans après, il n’a rien perdu de son intérêt.

Il retrace la vie de Dietrich Heßling, « un enfant douillet » élevé à la dure selon les préceptes de l’époque qui devient le type caricatural de l’individu produit par cette dernière : un petit bourgeois adorateur du pouvoir qui se courbe devant l’empereur mais exerce l’autorité sans pitié envers plus faible que lui, un opportuniste carriériste et tyrannique, un homme de son temps aux forts penchants nationalistes.

« Le Sujet », écrit le journaliste et écrivain Kurt Tucholsky, « le voilà, tout à sa manie de donner des ordres et d’obéir, dans sa brutalité et sa religiosité, dans son adoration naïve du succès et sa lâcheté sans nom ».

Le roman d’une époque en train de mourir

Le tableau brossé par Heinrich Mann est concret, ultra-réaliste. Rien ne manque. Ni dans la peinture d’une époque (les années 1890) riche de bouleversements : l’industrialisation à grande vitesse et ses répercussions sociales, l’ascension d’une bourgeoisie économique puissante et la naissance d’un prolétariat qui se rassemble derrière la social-démocratie, la foi dans le progrès, l’idéologie nationaliste qui mène à la guerre.

Ni dans la peinture nette et précise des caractères : les citations de discours de l’empereur débitées sans cohérence par Heßling à ses employés, les manigances politiques en cheville avec un social-démocrate véreux, l’humiliation imposée à un « ancien de 1848 », homme digne et militant social-démocrate de la première heure.

Ni dans l’allégorie : à la fin du livre, Heßling inaugure une statue de l’empereur et se voit arrosé par une puissante averse qui résonne comme une préfiguration de la fin – bien réelle – de l’Empire.

« Aucun historien n’est parvenu à décrire l’Empire de Guillaume II de manière aussi pénétrante que l’a fait Heinrich Mann dans son roman ‘Le Sujet’ », a écrit l’historien Hans-Ulrich Wehler en 1973. Une vision partagée par beaucoup dès la sortie du livre. C’est « un livre dangereux » [pour les détenteurs du pouvoir], s’est réjoui à l’époque Kurt Tucholsky.

Tableau réaliste ou satire ?

Mais est-ce exact ? À vrai dire, le débat est aussi vieux que le livre lui-même… Car Heinrich Mann passe sur certains aspects positifs de la société wilhelminienne. Et surtout sa plume est incisive, mordante, ironique, trempée dans l’acide. Profondément satirique.

À sa sortie, « Le Sujet » fut ainsi adulé par les uns, mais descendu en flammes par d’autres. Les conservateurs y virent un coup de poignard littéraire à une époque tout juste éteinte. Parmi eux, Thomas Mann qui égratigna d’une plume acerbe l’œuvre de son aîné avec lequel il était en froid depuis le début de la guerre pour cause de désaccord politique.

Des décennies plus tard, la controverse était toujours aussi vive. En 1973, la phrase de Wehler fit polémique parmi les historiens allemands. Thomas Nipperdey, par exemple, a contrario, voyait dans le roman d’Heinrich Mann une déformation grotesque de la réalité de l’Empire de Guillaume II à des fins politiques.

Les deux sont-ils incompatibles ? Pas nécessairement. Pour le chercheur en littérature Jean-Luc Gerrer, « le roman parvient par la satire, en grossissant le trait et en simplifiant certaines évolutions à saisir l’idéologie, l’état d’esprit de l’époque partagé par toute une partie de la population allemande, notamment toute une frange de la bourgeoisie allemande, soumise au pouvoir et l’exerçant elle-même sur les couches inférieures qui ne disparaîtra pas avec l’empereur et se cherchera un nouveau maître à servir ».

D’hier à aujourd’hui

Là réside peut-être la clé. Si « Le Sujet » reste un classique jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce qu’il est l’une des plus grandes fresques sociales du XXe siècle en Allemagne, mais aussi pour sa part presque visionnaire. Peu de livres ont, en effet, scruté avec autant de perspicacité l’émergence d’un type d’individu autoritaire, ni les ressorts psychologiques de sa genèse.

C’est, « si l’on veut, un portrait satirique de Guillaume II », écrit ainsi en 2018 le journaliste et écrivain Christian Staas. « Sous les traits du parvenu, l’Empereur est à nu : rien ne couvre plus son instabilité, ni son caractère influençable, sa mégalomanie, son étroitesse d’esprit et son absence de sens des responsabilités ».

Mais c’est surtout l’ascension du nazisme qui fait apparaître le livre d’Heinrich Mann comme quasi prémonitoire.

  « Lorsque j’ai créé ( le personnage du sujet) , il m’a manqué le concept du fascisme, qui n’existait pas encore, mais pas la vision »,

déclara d’ailleurs l’auteur lui-même des années plus tard, alors qu’il vivait exilé en Californie pour fuir l’Allemagne nazie.
Mais peut-être faut-il aller encore plus loin. Peut-être « Le Sujet » est-il un livre à lire et à relire à toutes les époques ? « 100 ans plus tard, on ne peut pas le lire sans voir en Diedrich Heßling Donald Trump », juge ainsi Christian Staas. En réalité, analyse le journaliste,

« Dietrich Heßling est partout. On le croise dans les étages supérieurs  des entreprises et en politique. Il est souple à l’extérieur et extrêmement dur à l’intérieur. C’est ainsi qu’il impressionne. C’est ce qu’il sait faire le mieux. Il est soumis à l’air du temps comme un esclave. Il n’estime la démocratie que dans le mesure où elle sert ses intérêts. »

Anne .Lefebvre.

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Le blog d’un article sur Heinrich Mann et le « Monde » allemand du début du XXè siècle. http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/08/12/serie-allemagne-no-12-heinrich-mann-le-vrai-pere-de-l-ange-b-269308.html

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Portrait

http://otoulouse.net/sources/culture31/heinrich-mann-la-depeche-et-henri-iv/

Miniature

http://culturevie.info/tag-heinrich-mann.html?s=1star

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robert Lavigue
robert Lavigue

Très ému de trouver une référence à Kurt Tucholsky dans ce papier consacré à Heinrich Mann.
J’ignore ce que l’on en connait en France. Ce fut un militant de gauche, sincère, puis désabusé. Ce fut aussi un poète que l’on chantait dans les concerts de rock à la fin des années 80 (curieuse époque !)
https://www.youtube.com/watch?v=K0BwviDpR40

Nous avons le long de 225 pages dit « non », non par pitié et non par amour, non par haine et non par passion – maintenant nous voulons une fois dire oui. Oui : aux paysages et à la terre allemande. Cette terre sur laquelle nous sommes nés et dont nous parlons la langue. Et maintenant je voudrais ajouter quelque chose : il est faux que ceux qui prétendent représenter le sentiment national et qui ne sont que des bourgeois militaristes aient accaparé à leur profit ce pays et sa langue. Ni ces Messieurs du gouvernement en redingote, ni ces professeurs, ni ces Messieurs Dames du Stahlhelm ne sont à eux seuls l’Allemagne. Nous sommes là aussi. (…) L’Allemagne est un pays divisé. Nous en sommes une partie. Et malgré toutes les contradictions, nous exprimons avec constance notre amour serein pour notre patrie, sans drapeaux, sans orgue de Barbarie, sans tirer l’épée.

robert Lavigue
robert Lavigue

Heinrich Mann, mais aussi ses cadets Kurt Tucholsky, Alfred Döblin, les Dadas de Berlin ou Ernst von Salomon
Il y aurait beaucoup à dire sur ces intellectuels allemands très engagés (à droite ou à gauche), tous francophiles (pas par intérêt, mais par passion). Sur tout ce qu’ils ont offerts à la France, sur tout ce que la France (et ses intellectuels engagés ou encartés) ne leur ont jamais rendu.

Quelle histoire histoire de l’Allemagne on pourrait écrire en lisant en parallèle (ou à la suite) Le Sujet de l’Empereur, Berlin AlexanderPlatz ou Le Questionnaire; Professeur Unrath, Novembre 1918 ou Les Réprouvés !
Avec en toile de fond, toujours la même bourgeoisie bête, servile et boutiquière, qu’elle soit wilhelmienne ou weimarienne !

C’est bien au-dessus de mes capacités, mais je finirai bien par trouver celui qui a écrit cette histoire avant moi.

Asinus
Asinus

yep je retrouve Ernst von Salomon il faut lire les « cadets  » tout y est depuis le corset societal qui transforme le pays en une immense caserne , les cadets ne sont pas dépaysés en entrant dans le corps militaire , la société allemande
la famille allemande tout est régis comme une caserne et tout les rapport sont des rapports de subordination , la militarisation est poussée a son extreme le moindre détenteur de pouvoir administratif ou autre porte l’uniforme et exerce sur son champs d’autorité un pouvoir absolu qu’il est convaincu de détenir du Kaiser .Une faible distance générationnelle existant c’est avec délectation et soulagement que la génération vaincue se coulera dans l’hitlérisme seule la caste prussienne vivra difficilement intellectuellement cette invasion populiste » populeuse » puis retrouvant ses prérogatives dans le réarmement elle optera pour la  » caporal de Bohème » .Cette caste de  » junker » n’a pas perçue que tard le creuset moral est intellectuel le sentiment d’appartenance guerrière et sociale dont découlerons les SA , c’est pourquoi elle créera et optera la SS .

PS , Trotsky , l’organisation des masses en arme/armée révolutionnaire , suppose l’existence d’un corpus éduqué politiquement et militairement mais surtout une avant garde éclairée capable d’abandonner le confort bourgeois voir pour notre pays le statut de la fonction publique d’accepter d’aller se former dans les geôles du pouvoir et de s’aguerrir dans la clandestinité , vous voyez bénito mélenchon dans le maquis .

@plus
Asinus ne varietur