La pédophilie au sein du clergé catholique

Une commission d’enquête néerlandaise indépendante, dont les conclusions ont été relayées dans toute la presse, a révélé il y a quelques jours, que, aux Pays Bas, au sein de l’église catholique, plusieurs dizaines de milliers de mineurs avaient été victimes d’abus sexuels entre 1945 et 2010.

Or depuis les années 90, régulièrement des informations du même genre apparaissent, sans vraiment avoir attiré en France l’attention qu’elles méritent. La raison en est, peut-être, que dans notre pays ces affaires restent exceptionnelles, soit qu’elles n’aient pas encore été révélées, soit que, pour des raisons qu’il conviendrait alors d’expliciter, elles seraient effectivement plus rares.

J’ignorais tout de cette question, ayant moi-même fréquenté des écoles et pensionnats religieux et n’y ayant pourtant jamais entendu parler d’histoires de ce genre. Pour l’aborder j’ai utilisé comme « méthode » d’essayer de trouver des réponses aux questions suivantes :

  • Y a-t-il une fréquence de ces affaires plus élevée qu’ailleurs ? En d’autres termes, les prêtres sont-ils plus pédophiles que l’ensemble de la population masculine des pays où ces affaires ont été révélées ?
  • Ces affaires de pédophilies concernent-elles plus spécialement un clergé plutôt qu’un autre ? Y a-t-il autant de pédophiles avérés parmi les pasteurs protestants, les popes orthodoxes, les prêtres anglicans, catholiques et pendant qu’on y est, on peut étendre la question aux imams, rabbins.
  • Est-il utile de savoir si cette pédophilie est plutôt orientée vers les garçons ou les filles ? Cela est-il significatif ? Et de quoi ?
  • Comment les hiérarchies propres aux clergés structurés, mais aussi les pouvoirs publics des différents pays concernés ont-ils géré ces affaires ?
  • S’il est avéré que la pédophilie soit un problème avéré et spécifique à tel ou tel clergé , quelle explication peut-on en donner ?
Cela fait, comme on le voit, beaucoup de questions et il est très peu probable qu’il soit possible de répondre à toutes.

1) L’importance du phénomène au sein du clergé catholique.

Disons-le d’emblée, pour des raisons multiples, il est pratiquement impossible de se faire une idée de l’ampleur réelle, globale du phénomène, même si Wikipedia sur ce plan est précieux. Les affaires ont été longtemps étouffées, les victimes n’osaient pas parler…
En effet, on ne connaît évidemment que la partie qui a été rendue visible de ce que l’on suppose désormais être un iceberg immense, mais les enquêtes qui commencent tout de même à se multiplier révèlent de plus en plus de faits. Ils sont malheureusement très souvent prescrits, si bien qu’on ne peut même pas se fier aux condamnations effectivement prononcées.  Un cas bien de chez nous concerne le très médiatique Mgr Di Falco, (le vingtième article: « La plainte qui inquiète la France ») certes pas condamné, car les faits reprochés sont  trop anciens, mais écarté par le Vatican, ce qui est une quasi reconnaissance, personne ne s’y est trompé.

Il faut également faire la différence entre les abus sexuels sur mineurs et ceux commis sur des majeurs, ici il ne sera question que des premiers.

Les premières affaires révélées, en dehors de quelques cas isolés entre 1950 et 1980, l’ont été à partir de années 1985-90. De très nombreux pays ont été touchés. Les USA, le Canada (où plusieurs affaire particulièrement sordides ont révélé des sévices sexuels mais aussi d’autres maltraitances graves sur des enfants amérindiens mis de force dans des pensionnats religieux très majoritairement catholiques,  également sur ces « orphelins de Duplessis » ), mais aussi l’Australie, l’Autriche, la Suisse, la Grande-Bretagne, l’Espagne.
En dehors des USA, les plus gros dossiers concernent d’une part l’Irlande et d’autre part l’Allemagne, les Pays- Bas et la Belgique.

La France semble (relativement) épargnée avec, à l’heure actuelle, une trentaine de prêtres et religieux en prison pour ce motif et une dizaine d’affaires en cours d’instruction. Nous verrons peut-être pourquoi.

Mais à part cela, on ne sait pratiquement rien. En dehors du cas tout à fait hors normes des Légionnaires du Christ et de père Maciel Degollado au Mexique, aucune information sur le reste du monde, même en Europe. Au Portugal ? En Scandinavie hors la Norvège ? Quid de l’Afrique, du reste de l’Amérique Latine, de l’Asie ?

On est donc loin, très loin de tout savoir sur cette question, ce qui appelle évidemment de la prudence, notamment dans les comparaisons entre les religions et entre les pays.

Mais c’est un fait que, pour l’instant, ces affaires révélées frappent très majoritairement l’Eglise catholique, un peu l’Eglise anglicane et très peu les autres Eglises chrétiennes, protestantes et orthodoxes.
Apparemment, on ne dispose pour l’instant que d’une seule étude systématique à grande échelle d’un organisme indépendant, non lié à l’église catholique,  c’est le John Jay report réalisé par le ministère de la Justice américain pour tous les USA en 2004.
C’est la rapport public le plus complet, le plus détaillé sur la question. Il apporte un certain nombre de précisions très importantes:
  • Suivant les périodes, c’est entre 4 et 5% des prêtres catholiques des USA qui ont été concernés.
  • Une écrasante majorité des victimes, 81%, sont des garçons.
  • Seule une petite proportion des prêtres ont été accusés d’abus contre des enfants n’ayant pas atteint la puberté.
  • La répartition des victimes, par âges s’établit ainsi : les enfants de moins de 10 ans représentaient 22% des victimes, ceux entre 16 et 17 ans, 15 %, et 51 % avaient entre 11 et 14 ans.
  • Et la moitié des prêtres concernés avait au moins 35 ans.
Il s’agit donc très majoritairement d’homosexualité, et plutôt d’éphèbophilie que de pédophilie au sens strict. On ne voit pas trop d’argument convaincant et probant pour en faire une particularité locale et ne pas généraliser ( avec prudence toutefois) ces résultats.

Plusieurs études cités par Wikipédia, notamment celle-ci arrivent à la conclusion que ces pourcentages seraient  « dans la norme » et qu’il n’y aurait donc pas spécialement plus de prêtres pédophiles que de pédophiles dans la l’ensemble de population mâle où leur proportion est estimée à moins de 5 %.

Sauf que… il s’agit de prêtres, de gens supposés être des exemples, des guides spirituels et que face à un prêtre pédophile on est à peu près comme devant un pompier qui serait pyromane ou un policier qui serait devenu braqueur de banques. L’argument qu’ils ne seraient pas plus pédophiles que les autres est irrecevable, surtout s’il vient des catholiques eux-mêmes puisqu’il est dans leur logique de faire de la prêtrise un idéal humain réservé à une sorte d’élite morale. Tout bien réfléchi, compte tenu des exigences que la prêtrise impose à ses candidats, de la formation qu’ils suivent, de l’évaluation à laquelle ils sont soumis au plan théologique, pastoral et humain, il est en réalité absolument anormal que la fréquence de la pédophilie chez les prêtres soit conforme à celle de l’ensemble de la population… On ne parle pas ici de pulsions ou de fantasmes, mais de passages à l’acte !

2.Des explications ?

Le célibat ?

Dans la mesure où ce sont essentiellement des prêtres catholiques qui sont concernés, on pense évidemment tout de suite au célibat puisqu’ils sont les seuls, avec une partie des anglicans à ne pas être mariés.

Mais cette explication, en réalité n’est pas si probante que cela.

En effet, les actes de pédophilie au sein de l’ensemble de la population, dans l’immense majorité des cas, se déroulent dans le cadre familial : il est donc certain que la mariage ne protège nullement de la pédophilie. Mais cela ne suffit pas à exclure que le célibat des prêtres conduise aux passages à l’acte, dans certaines circonstances spécifiques à leur condition.
C’est qu’il ne faut pas confondre célibat, chasteté et abstinence.  Les prêtres s’engagent aux deux premiers et s’efforcent au troisième. En d’autres termes ils ne doivent ni se marier, ni visionner des cassettes porno, mais ont droit à la veuve Poignet quand vraiment la chair supplie.

On aurait donc tort de résumer la souffrance du célibat des prêtres à la seule absence de sexe. Il y a la solitude sentimentale et amoureuse, la solitude familiale aussi, celle qui prive l’homme d’un amour à dispenser à ses enfants, des caresses légitimes à leur prodiguer… On voit bien, à travers les cas concerts rapportés dans le dossier de rationalisme.org (cité plus haut à propos de Di Falco), comment des prêtres, s’ils sont prédisposés à cela, basculent d’un amour quasi paternel vis à vis d’enfants à des actes sexuels. On remarque qu’il s’agit souvent de jeunes en manque d’affection pour des raisons familiales diverses qui rencontrent donc un adulte qui est lui, en manque de pouvoir en donner.

Se rattachant un peu à la question du célibat, Annie Sugier suggère, plus globalement, que l’absence de femmes au sein du clergé catholique serait un facteur causal ou, au moins, explicatif important.

La proximité avec la jeunesse

Une autre piste est que le prêtres, dans leur rôle éducatif, sont en contact très fréquent avec des jeunes, que ce soit dans des écoles religieuses, des mouvements de jeunesse comme le scoutisme, des colonies de vacances ou tout simplement l’enseignement du catéchisme. La « profession » de prêtre, par cette proximité qu’elle permet avec les jeunes serait l’une de celles recherchées par les pédophiles, surtout dans la mesure où ils jouissaient d’une quasi-totale impunité jusqu’à nos jours.
On a peut-être là une explication du fait que la France soit, jusqu’à présent, relativement épargnée : l’adoption  de la  laïcité comme principe républicain a eu, entre autres conséquences, de beaucoup séculariser l’éducation. Non seulement elle a arraché l’enseignement au clergé, mais même plus près d’aujourd’hui, le modèle de l’école privée religieuse sous contrat, a eu pour effet de faire rentrer beaucoup de laïcs dans des lieux qui, dans le passé, étaient souvent très fermés et fonctionnaient dans un entre-soi clérical d’une grande opacité.

La confession ?

C’est un avis personnel, mais je reste persuadé qu’il y a un intimité psychologique créée par le système de la confession.  L’organisation matérielle du confessionnal ne suffit nullement à la dissiper lorsque la confession est régulière et que le prêtre est amené à fréquenter le « confessé » en dehors. C’est un pêcheur dont il connaît tous les penchants, les tourments, les faiblesses, toutes les « fautes », y compris celles qui relèvent aux yeux de l’église, de la sexualité. Je suis convaincu que cela donne au confesseur une possibilité accrue d’emprise psychologique sur le jeune, si besoin est.
Les protestants, au moins, échappent à ce genre de proximité avec un confesseur. En revanche chez les orthodoxes, la confession se fait dans un face à face avec le prêtre, sans aucun dispositif pour les séparer. S’il était avéré que le clergé orthodoxe soit peu concerné par la pédophilie, ceci relativiserait l’argument qui ne peut être considéré que comme une explication additionnelle.

Des modèles éducatifs autoritaires

Dans les pays où les actes les plus nombreux ont été relevés ( en Irlande, par exemple), le clergé catholique y entretenait un modèle éducatif très répressif. Ces pensionnats avaient un fonctionnement autoritaire, sévère, propice à tous les abus de droits et des violences dont les violences sexuelles ne sont qu’un aspect parmi d’autres.
Mais il y a une autre raison qui, sans être à l’origine du problème, a beaucoup pesé dans son importance et sa durée : le laxisme de la hiérarchie catholique. Il est certainement à l’origine de cette impunité qui a contribué à rendre les fonctions ecclésiastiques attractives aux pédophiles.

3.La réaction très ( trop) tardive de l’église catholique .

Disons-le simplement, au début, les réactions de l’église catholique ont été tout simplement consternantes et il a fallu plus de dix ans pour qu’elle prenne la mesure du phénomène et s’en occupe sérieusement.

Parfois dans le déni, la hiérarchie a minimisé et généralement maintenu en fonction des prêtres coupables d’abus sexuels sur mineurs, se bornant souvent à les changer d’affectation (où ils recommençaient ) et les invitant à se soumettre à des psychothérapies qui se sont révélées totalement inefficaces.

Longtemps également, l’église, au plus haut niveau, a tenté d’étouffer ces affaires ou, plus exactement a voulu les traiter « en interne », s’opposant même à toute collaboration avec la justice pénale sous peine d’excommunication ( en vertu d’un rapport datant de 1962, probablement approuvé par le pape Jean XXIII.)
Jusqu’en 2001, ces affaires étaient réglées au niveau diocésain, (par l’évêque, donc,) le Vatican n’étant tenu informé que des plus graves, dans lesquelles d’ailleurs, il s’est montré étonnement laxiste.

Ce n’est qu’à partir des années 2000 sous l’impulsion, notamment, d’un certain cardinal Ratzinger, que l’Eglise catholique prend enfin la mesure de l’ampleur et de la gravité du problème. En 2001 par le texte Motu proprio du pape Jean-Paul II suivi de la lettre De delictibus gravioribus du cardinal Ratzinger, des instructions sont données pour que ces affaires ne restent plus au niveau diocésain et remontent toutes au Saint-Siège, celui-ci se réservant la décision de les traiter directement ou de les renvoyer au diocèse. ( Ce qui a pu être interprété aussi comme une tentative supplémentaire de les étouffer, ou au moins de ne pas les porter à la connaissance du public)

Entre 2001 et 2010, c’est donc la Congrégation pour la doctrine de la Foi, en d’autres termes, le tribunal de l’inquisition, qui a eu à traiter en interne environ 3000 plaintes portant sur les 50 années précédentes. Elles ont abouti à moins de 300 exclusions de l’état religieux.

La hiérarchie de l église catholique canadienne s’est refusée, mais finalement avec l’accord du Vatican, à se plier à ces directives, prenant sur place des mesures radicales, et collaborant avec la justice canadienne.

Aux USA, une seule plainte suffit à suspendre le prêtre.

En France, c’est l’inculpation puis la condamnation en 2001 de Mgr Pican pour non-dénonciation d’abus sexuels pratiqués par un prêtre placé sous son autorité, le Père René Bissey, qu’une doctrine de collaboration avec la justice s’est imposée. Non sans certains heurts et gags. Ainsi en 2001, fait tout à fait exceptionnel, un juge d’instruction devant le refus d’un prêtre de lui communiquer des pièces relatives à une affaire de viol sur mineur (sur laquelle, en tant que juge ecclésiastique, il avait été amené à enquêter lui-même) ordonne une perquisition dans les locaux de l’officialité diocésaine de Lyon et la police y saisit entre autres, et sans doute par erreur, des dossiers paraît-il « embarrassants » sur des demandes de nullités de mariages…

Si Jean-Paul II a été assez lent à la détente, l’ex-cardinal Ratzinger devenu le pape Benoït XVI, semble avoir mis le clergé catholique devant ses responsabilités et pris de mesures sévères. La doctrine officielle de l’Eglise catholique serait désormais celle de  la « tolérance zéro », le pape ayant été jusqu’à convoquer en février 2010 tous les évêques irlandais pour leur passer un savon, certes pontifical, mais savon quand même…

À l’heure actuelle, s’il est impossible d’affirmer que la pédophilie a disparu du clergé catholique, il est, en revanche, devenu inexact de prétendre que la hiérarchie « laisserait faire » ou fermerait les yeux. Le passé, toutefois, risque de peser lourd encore longtemps…

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Et ailleurs ?

Sur internet, en tous cas , il est quasi impossible de trouver des études d’une certaines ampleur, systématiques, comme cela a été fait pour les catholiques, concernant d’autres clergés chrétiens, des imams et des rabbins. Seules certaines affaires défraient parfois l’actualité. Très peu sur les chrétiens orthodoxes et le Juifs. Un nombre beaucoup plus important, en revanche, concerne des imams musulmans.

Sur l’église anglicane

Peu d’informations sinon ce lien très récent . Il faut savoir qu’une partie de l’église anglicane admet la prêtrise des femmes, le mariage des prêtres, l’ordination de prêtres homosexuels,  même vivant en  couples. (Ce qui a été considéré d’ailleurs comme des « dérives », ayant entraîné, notamment, la spectaculaire conversion de Tony Blair au catholicisme).

Sur le clergé orthodoxe

Sur les rabbins juifs

Sur les imams musulmans

Ici un très large échantillonnage ( tout est sourcé en principe)
Il suffit de lancer une recherche google sur « imams pedophiles » , il y en a tellement qu’on ne peut citer toutes les affaires.
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