« Le pacte immoral » de Sophie Coignard

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On sort de la lecture du « Pacte immoral » de Sophie Coignard assez abasourdi et très en colère.

C’est sans doute avec « L’enseignement de l’ignorance » de JC Michéa et « La fabrique du crétin » de JP Brighelli, le livre sur la faillite de l’enseignement public en France qu’il faut avoir lu. Il complète et enfonce le clou des deux autres en se penchant sur les aspects politiques et administratifs de la question.

En gros, donc, et contrairement à un certain nombre de fables formellement contredites par toutes les évaluations sérieuses qui ont pu en être faites, le niveau de élèves et des étudiants ne cesse de baisser en France depuis trente ans, phénomène qui commence enfin à inquiéter car il semble toucher également les élites, jusque là protégées par des filières d’excellence.

Sophie Coignard décrit donc ainsi ce pacte immoral passé entre les élites et les idéologues de l’éducation:

Il y a d’un côté des dirigeants politiques qui prétendent « démocratiser l’enseignement » quel que soit leur bord politique et, de l’autre, des militants constituant une sorte de nouveau clergé pédagogiste qui a pris le pouvoir partout où cela était nécessaire, convaincu que pour y parvenir  il fallait éradiquer les « inégalités des chances » et, en réalité,  ni plus ni moins que liquider la culture bourgeoise. C’est l’objet du pacte : les élites laissent les « pédagogues » l’organiser au sein de l’Education nationale car cela semble aller dans le sens d’une « démocratisation » même si elle est au rabais, à condition de pouvoir y faire échapper leurs propres enfants…

Résumons les choses un peu brutalement : parents d’élèves, ne vous étonnez pas si, noyés au milieu des « situations d’énonciations », de « focalisations internes », des « shémas actanciels » « adjuvants » et « adjuvés », vous êtes devenus incapables d’aider votre gamin en français. C’est fait exprès, c’est pour que les enfants ne soient pas désavantagés par  les niveaux d’instruction hétérogènes des parents… Qu’à la suite de cela les enfants sachent lire et écrire correctement, semble apparemment  un détail…

Là où JC Michéa montre que l’ultra- libéralisme a seulement besoin de former des producteurs dociles terrorisés par la mondialisation et des consommateurs lobotomisés pour la faire vivre, Sophie Coignard explique dans le détail comment, réforme après réforme, aveuglements après aveuglements, lâchetés après lâchetés politiques face à de puissants lobbies syndicaux et corporatistes on en est arrivé là.

Au passage, elle analyse l’action des différents ministres de l’Education Nationale qui se sont succédés depuis trente ans : si quelques-uns comme Gilles de Robien (le moins diplômé de tous, d’ailleurs…) trouvent grâce à ses yeux, je recommande tout particulièrement aux quelques naïfs encore séduits par le personnage de F. Bayrou l’évaluation de son action au cours  de son passage à la rue de Grenelle…

Le gouvernement actuel est désormais sur une autre ligne : le travail de destruction étant quasiment achevé sur le plan idéologique grâce à cette curieuse alliance entre une droite libérale et un gauchisme anti-autoritaire hérité de mai 68, il s’agit pour la sarkozie de réussir son asphyxie budgétaire.

Le plus énorme se trouve dans un certain nombre de tours de passe-passe ahurissants, présentés comme des avancées pédagogiques et démocratiques et qui n’ont strictement aucun autre objectif que de réduire le budget de l’Education Nationale. Cette analyse-là est particulièrement bien réussie dans le livre de Sylvie Coignard. Savez-vous, par exemple, pourquoi, alors que, de l’avis de tous, c’est  le collège qui a le plus besoin d’une réforme, c’est le lycée que l’on a  réformé  ? Je vous le donne en mille : il n’y avait pas d’économies possibles sur le collège, alors qu’on a trouvé à en faire sur le lycée….

Si l’Education Nationale a encore quelques réussites, ne vous en étonnez pas trop. C’est grâce à un certain nombre de profs et d’instits qui sont tout simplement entrés en résistance et ont délibérément refusé d’appliquer les instructions. Ils ont continué à mettre des notes, à faire de la grammaire, de l’orthographe, des conjugaisons et de la lecture au lieu de « l’observation réfléchie de la langue dans une progression spiralaire » ponctuée de ces effarantes « dictées à l’adulte » [1] ou de ces « ateliers de négociation orthographique » [2] recommandés dans les IUFM. Ils ont continué les méthodes de lecture syllabiques, tenté d’inculquer des repères chronologiques en Histoire, fait en douce des mathématiques pas « modernes », joué au foot avec des ballons et pas des « référentiels bondissants ».
Ces profs et ces instits constituent désormais des parias de l’Education nationale, déclassés, mal vus et mal notés par la hiérarchie, qui stagnent au niveau salaire. Il leur arrive, et c’est un comble,  de devoir affronter des parents eux-mêmes victimes de l’idéologie du gai savoir et qui s’en prennent parfois violemment à ces enseignants ringards qui osent exiger du « par cœur » et sanctionner leurs petits chéris qui avaient bien mieux à faire que de rendre leurs devoirs à l’heure. [3]

Il y a un signe qui ne trompe pas : bien que finalement et contrairement, là aussi, à une légende ils soient assez mal payés, lorsque les enseignants sont interrogés sur leurs motifs d’insatisfaction, le salaire vient très loin dans l’ordre de leurs préoccupations…

Oui, ce livre est intéressant, d’autant qu’il révèle un certain nombre de faits peu ou pas connus du tout que je ne voudrais pas déflorer ici.  Cet excellent travail de journaliste, pas de philosophe ni de politologue, mérite largement le détour.
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Notes :
[1] La dictée à l’adulte est un truc ahurissant destiné à éviter aux élèves, euh, excusez, aux « apprenants » , la « violence » de l’orthographe:  ce sont les élèves qui dictent au prof un texte de leur cru, ce qui est supposé leur permettre de travailler à leur niveau de compétence. En quoi consiste le « travail » et le rôle du prof ensuite, ? Mystère…
[2] L’atelier de négociation orthographique est une autre trouvaille pédagogiste qui fonctionne ainsi: il s’agit de dicter un texte court aux élèves puis  d’afficher leurs oeuvres de façon que tous puissent les voir. Et une discussion est supposée s’engager sur les raisonnements qui ont eu pour conséquence d’aboutir à telle ou telle orthographe, l’objectif n’étant nullement de trouver la bonne mais de décomplexer les élèves devant d’autres orthographes tout aussi défectueuses que les leurs. L’orthographe cesse d’être une norme pour devenir un objet de discussion et de négociation.
[3] Une colle : de qui est ce texte ?

« Il y a quinze ans, je pensais que les élèves défavorisés devaient apprendre à lire dans des modes d’emploi d’appareils électroménagers plutôt que dans les textes littéraires. Parce que j’estimais que c’était plus proche d’eux. Je me suis trompé. Pour deux raisons : d’abord, parce que les élèves avaient l’impression que c’était les mépriser ; ensuite, parce que je les privais d’une culture essentielle. C’est vrai qu’à l’époque, dans la mouvance de Bourdieu, dans celle du marxisme, j’ai vraiment cru à certaines expériences pédagogiques. Je le répète, je me suis trompé. »( Cité par Brighelli dans « La fabrique du crétin »)

Ne cherchez pas, il est de Philippe Merieu, qui fut pourtant l’un des grand-prêtres de ces méthodes « non directives »….
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Dernier document, bien connu des profs de math, ( à peine humoristique) à livrer au dossier :

Evolution de l’enseignement des maths depuis 1960

1960 : Un fermier vend un sac de patates 10 francs. Ses frais atteignent 4/5 de son prix de vente. Quel est son bénéfice ?

1965 : Un fermier vend un sac de patates 10 francs. Ses frais atteignent les 4/5 de son prix de vente, soit 8 francs. Quel est son bénéfice ?

1970 (Mathématiques modernes) : Un fermier échange un ensemble de patates P avec un ensemble de pièces de monnaie M. La cardinalité del’ensemble M est égal à 10 et chaque élément de M vaut 1 franc. Dessinez dix gros ronds représentant les éléments de M. L’ensemble C des coûts de production est composé de deux gros ronds de moins que dans l’ensemble M. Représentez C comme un sous-ensemble de M et répondez à la question suivante : Quelle est la cardinalité de l’ensemble des bénéfices ?

1975 : Un fermier vend un sac de patates 10 francs. Ses coûts de production sont de 8 francs et son bénéfice est de 2 francs. Soulignez le mot patates et engagez une discussion avec vos camarades de classe.

1981 : Un fermié kapitalist privilégié sanrichi injusteman de 20 francs sue un sac de patat.
Analiz le tekste et recherch lé fôte de contenu de gramère d’ortograf de ponktuassion et ansuite di se ke tu panse de cête maniaire de sanrichir.

1990 : Un(e) fermier(ère) vend un sac de patates 10 francs. Ses coûts de production représentent 80 % de son revenu. Sur votre calculatrice, dessinez le graphe du revenu en fonction des coûts. Utilisez le programme PATATES pour déterminer le profit. Discutez le résultat avec les élèves de votre groupe. Rédigez une brève dissertation qui analyse cet exemple dans le monde réel de l’économie.

2010 : Un producteur de l’espace agricole câblé sur ADSL consulte en conversationnel une data bank qui display le day-rate de la patate. Il télécharge son progiciel SAP/R3 de computation fiable et détermine le cash flow sur écran pitch 0.25 mm Energy Star. Dessine avec ton mulot le contour 3D du sac de pommes de terre, puis logue-toi au réseau Arpanot (Deep Blue Potatoes). Via le SDH boucle 4.5, extrais de MIE le graphe des patates. Question : le producteur respecte-t-il la norme ANSI, ISO, EIAN, CCITT, AAL ?

2020 : Qu’est ce qu’un fermier ? qu’est ce qu’une patate ?

21 comments to « Le pacte immoral » de Sophie Coignard

  • ranta

    Très bon article. L’orientation de l’éducation est un des rares domaines qui me mettent hors de moi. Moi qui suis au contact des jeunes je perçois bien la pauvreté de leur langage, de leur grammaire, etc…. de leur niveau de culture générale. ce qui est le plus terrible c’est que je suis moi même peu instruit, c’est dire à quel niveau on est tombé.

  • ranta

    En réalité les situations sont les suivantes : il y a ceux qui ont les moyens ou/et qui se les donnent et qui mettent leurs gosses dans le privé. Puis ceux qui ne les ont pas, ceux qui s’en foutent et les laissent dans le public . Si ces derniers ont la chance d’avoir des mômes qui ont le goût d’apprendre ou des facilités ça passe, sinon…. Je pense que le tournant aura été lorsque les politiques ont décidé que tout le monde devait aller jusqu’au bac pour une sorte d’éthique égalitaire.

  • Lapa

    Il y a un pacte tacite entre les tenants de l’ultralibéralisme auxquels adhèrent également les personnes effarées par la croissance sans fin du budget de l’éducation nationale, et les pires forces rétrogrades marxisantes voulant effectivement détruire la « culture bourgeoise ». Évidemment tout cela n’a lieu que parce qu’il existe des filières parallèles pour court-circuiter ce merdier, filières uniquement disponibles aux nantis et aux gens du milieu. j’ai une nièce en 4ème qui parfois m’appelle pour demander de l’aide concernant des exercices de mathématiques. J’ai quand même fait math sup et math spé (sans oublier que je me souviens assez bien avoir maîtrisé parfaitement les maths en 4ème…) , bon et bien j’avoue que parfois j’ai vraiment du mal à comprendre l’énoncé. L’exercice en lui même n’est pas dur techniquement, c’est juste comprendre ce que le prof demande qui me donne le plus de mal. Et pourtant je n’ai pas 14 ans!

  • yohan

    Laisser croire qu’un élève peut progresser à l’école sans l’appui de ses parents est une escroquerie. Je suis bien placé pour constater que la sociologie des jeunes que nous recevons pour des formations de 2ème chance est bien différente que celle qu’on voyait dans les années 80. Outre que les acquis ont sérieusement reculé chez les jeunes sortis du système scolaire après une classe de 3ème ou un CAP avorté, nous recevons pour des formation dans le commerce ou les services à la personne des groupes de jeunes composés à 90% d’étrangers ou de français nés de parents étrangers. On voit bien que ces derniers n’ont jamais été mesure d’aider leurs enfants, étant souvent eux-mêmes des anciens échecs scolaires, des parents parfois illéttrés eux-mêmes et dépassés par l’exigence scolaire. Jospin s’est planté et avec son objectif de 80% d’une classe d’âge au Bac, et c’est tout le système qui s’est leurré, puisque rien n’a été prévu pour draîner les élèves en échec scolaire vers une issue réaliste. Que va-t-on faire de ces jeunes qui ont trois mots de vocabulaire et qui ignorent tout des us de l’entreprise ?. Tout est à refaire…encore faudrait-il que les enseignants acceptent de se remettre en question

  • snoopy86

    Remarquable article, même si je ne suis pas vraiment sûr que l’ultralibéralisme y soit pour grand chose …

    Je me bornerai à constater que les marxo-pédago ont brisé un ascenseur social qui fonctionnait somme toute assez bien . Au risque de passer pour un vieux croûton je rappellerai simplement que lorsque j’ai fait mes études les enfants de  » milieux défavorisés » étaient loin d’être rares dans les classes « d’élite » des lycées publics, alors que trés souvent le privé était une voie de garage pour les moins doués des « classes dominantes ». Il y eut aussi longtemps cette formidable institution qu’était l’Ecole Normale qui faisait accéder au savoir et à l’éthique républicaine nombre d’enfants de paysans ou d’ouvriers. Ils ont aussi, par la même occasion, brisé la mixité sociale qui prévalait dans les meilleurs lycées.

    Mais c’est la notion d’élite, fut-elle populaire que ces gens-là ont voulu briser :mrgreen: instits et profs d’autrefois trouvaient normal de détecter et d’aider les plus brillants de leurs élèves, ceux-là considèrent qu’il s’agit d’une insupportable sélection et entendent privilégier le  » tous égaux, tous médiocres  »

    Comme tous les « bourges » détestés, constatant bien avant d’autres l’effondrement de notre systéme public d’enseignement, j’ai mis mes enfants, dés la maternelle dans les meilleures écoles privées. Il faut payer pour échapper au naufrage . Il est inutile de chercher à me culpabiliser 😆

    Posez-vous quand même la question : qui sont les victimes ?

  • Léon

    Si, Snoopy, les idées libérales sont aussi partie prenante de cette histoire, à plusieurs niveaux : la volonté de réduire le rôle l’Etat et son budget, alors qu’il était jusque-là, dans l’enseignement public le garant d’un certain humanisme au sens des « humanistes » au savoir encyclopédique. Disons que l’école n’avait pas pour préoccupation de former des jeunes pour le marché de l’emploi, elle leur délivrait une culture et c’était ensuite l’enseignement supérieur ou l’enseignement professionnel et l’apprentissage qui les formait à des métiers. On a vu cet objectif petit à petit se transformer et s’orienter vers les matières « rentables » et « l’employabilité », d’une façon d’ailleurs débile car des enseignements trop spécialisés deviennent très vite caduques, dépassés, là où un bon généraliste trouvera les ressources de se reconvertir. Il serait trop long de passer tout cela en revue mais, en tant que prof, surtout dans mes disciplines (l’économie et le droit) j’ai vécu ça de très près. Ayez la curiosité d’aller lire l’interview de Michéa.
    Sinon, je partage votre constat. Tous les gens honnêtes le partagent. Mais je vois que ça bouge, il est question de l’abandon du collège unique. Sauf que le problème de la sélection est toujours le même : elle n’est vraiment acceptable qu’à la condition qu’il existe des solutions « humaines » pour les perdants. Et là, je n’ai pas confiance en la droite.

    • Le péripate

      J’ai du mal à croire que l’objectif de cette école-là soit de former des jeunes à l’emploi, ce qui serait effectivement furieusement turbo-libéral. Je crois bien plutôt que c’est une « culture » qu’ils apprennent, ou bien mieux une a-culturation vaguement festive. Mais enfin, c’est l’homme nouveau, et vous ne le reconnaissez pas !
      La réalité c’est bien que les savoirs ne sont plus transmis à l’école. Alors je ne comprends pas : les entreprises ont bien besoin d’autres choses que des balayeurs ? Des gens éduqués, apte à la division complexe du travail, non ?

      Il y a bien un lieu ou d’être ignorant de change rien : à l’intérieur de l’urne le vote de l’ignorant vaut autant que celui de l’érudit. Tant qu’à chercher la responsabilité d’une idéologie dans la faillite de l’école, la démocratie ferait un bel accusé. Enfin, ce que j’en dit, ou rien.

      • Léon

        Peripate, en indiquant que que les savoirs ne sont plus transmis à l’école, vous posez un vrai problème qui visiblement n’a pas du tout l’air de préoccuper ceux qui sont en charge de l’Education Nationale, ni même de ceux qui sont supposés réfléchir à la question.
        Il y a ça et aussi un abîme de désarroi devant les « nouvelles technologies ». Il faut quand m^me se rendre compte qu’on n’arrive même pas à gérer l’usage de calculatrices ! J’ai encore en mémoire ma stupéfaction un jour où je donnais des cours de soutien en math à une gamine de 3e que j’ai vu prendre sa calculatrice pour faire 20 x 30…
        Internet, n’en parlons même pas : les « devoirs maison » en économie (niveau BTS (!) )pour les corriger, je commençais par perdre plus d’une heure à chercher sur internet les sources possibles de copier-coller. Certains étudiants étaient sincèrement persuadés que faire un devoir cela consistait à cela et étaient à la fois étonnés et furieux de prendre des cartons lorsque je m’en apercevais…

        • Le péripate

          Education versus instruction.

          Un des sens de « éduquer » est, je cite Antidote, « soumettre aux usages et aux traditions de la société ». C’est un sens que l’on ne trouve pas dans instruire, qui a toujours affaire avec le savoir, ou la mise en évidence de la vérité en matière de justice.

          Je ne sais plus à quelle date remonte la transformation du ministère de l’Instruction en ministère de l’Éducation, mais vous pouvez enquêter autour de cette époque si vous voulez savoir le pourquoi de cet énorme échec dont l’évidence grandit de jour en jour.

          Mais allons un peu plus loin. La raison d’un tel échec ne peut être le manque de moyens. La moitié du budget de l’état est constitué de dépenses en personnel au premier rang l’EdNat justement. Et tous les profs ne sont pas devant des élèves. Combien ? Personne ne sait précisément. De plus le service rendu à la société, c’est à dire aux gens réels, étant reconnu si peu valable qu’il n’est pas besoin d’être un bourgeois pour mettre son gosse dans le privé (alors que c’est à peine mieux bien souvent). C’est ça, ou la connaissance subtile des bonnes filières, de l’option exotique dont tout le monde se fout, mais qui permet de se retrouver entre… gosses de profs et quelques autres 16 de moyenne. Bourdieu appelait ça la reproduction sociale. Il ne croyait pas si bien dire.

          Je pourrait aussi évoquer la pensée d’Illitch à ce sujet, sur le moment où l’Organisation produit exactement la raison de son existence, la Medecine la maladie et l’École l’ignorance.

          Je n’ose pas dire qu’il y a bien des solutions libérales, elles sont odieuses à entendre, et je ne voudrais pas gâcher une belle soirée.

          • Léon

            D’accord que l’échec ne peut pas être imputable au manque de moyens. c’est plus grave. Mais la réduction des moyens dans la phase actuelle ne fait qu’aggraver les choses. En tous les cas la solution ne peut pas se situer dans cette réduction !
            Les solutions libérales, je crois que je les connais, c’est la privatisation totale et le chèque éducation, non ?
            Ce n’est jamais parce qu’elle est libérale qu’une solution peut être odieuse à entendre, je ne suis pas sectaire. Elle est odieuse, si elle est odieuse…
            Mon expérience de ce secteur (totalement privé, non subventionné et sans contrat d’association)m’incline à beaucoup de circonspection sur cette solution. On en a déjà parlé, je crois. Les problèmes ne sont pas les mêmes que dans le système étatisé mais il existent aussi. Pour les résumer je dirais que le défaut du marché est d’être aveugle sur le moyen et le long terme et que l’enseignement qui y est dispensé est beaucoup trop « utilitariste ». J’ai été en tant qu’élève dans l’une des meilleurs écoles de France ( Saint-Louis-de-Gonzague, alias « Franklin) totalement privée à l’époque et j’ai enseigné dans des boîtes à bac destinées aux cancres de la bourgeoisie montpelliéraine, totalement privées également( j’ai très peu enseigné dans le public). Il y a une énorme différence de performance entre les deux. Elle tient au fait que l’instruction est, chez les jésuites, incluse dans un projet éducatif (contestable sans doute, mais réel, consistant) , là où dans la « boîte à bac » il n’y a rien d’autre que le client qui achète un service bien précis de « bachotage ». Il faut quand même voir que je me suis trouvé à dicter à des élèves des introductions-types de dissertations économiques et leur demander de les apprendre par coeur…

            • Léon

              Pour compléter, je suis un très chaud partisan des solutions assez libérales pour l’enseignement supérieur. Vous voyez, je ne suis pas sectaire ! 😆

  • Buster

    Merci Léon,
    Cet article va me servir très rapidement.
    Bêtement j’envisageais des méthodes traditionnelles pour essayer d’améliorer le niveau d’orthographe de ma fille ( en 1ère année de Fac de Lettres 😯 )
    Et je ne connaissais pas la méthode de l’Atelier de NEGOTIATION orthographique ! Avec cet outil génial je suis sauvé. :mrgreen:

    Blague à part, j’avais lu déjà des articles ou interviews de Sophie Coignard et il me semble que son constat est implacablement réaliste, et dramatiquement vrai.
    Il y a cette semaine un article dans Télérama sur la perte inexorable de l’orthographe, actée et déjà dépassée puisque c’est maintenant d’une perte de la compréhension dont il faut bien parler.
    – Phrases incompréhensibles, incohérentes, sans verbe ou sans sujet …
    Et le constat se retrouve partout à l’Université jusque chez les étudiants se préparant à enseigner le Français.
    Ce qui veut dire que nous sommes encore dans une situation très privilégiée par rapport à celle qui vraisemblablement nous attend.

    Ils trouveront sûrement un nouveau patois pour se comprendre… mais pour la richesse des idées, pour la réflexion 🙁

  • Léon

    Non, non tu confonds avec l’Atelier DE NAIGAUSSIASSION ORTOGRAFIK,apprends à écrire, eh !

  • yohan

    Après 68, on a cru qu’il suffisait de changer les manuels, d’inventer de nouvelles approches pédagogiques, de dialoguer avec la jeunesse. Il est vrai que l’école à Papa était rébarbative et s’apparentait à du bourrage de crâne. Sauf qu’on a omis de changer les fondements de l’école et les mentalités profondes du corps enseignant, qui lui n’a pas vraiment évolué dans les pratiques. L’école est restée sélective à outrance, l’élimination programmée s’y réalise dans un silence coupable, une école excluante, qui cultive et accroît une société de castes, et qui se contente de proclamer vouloir le contraire, mais manquant de sous pour y parvenir.
    On parle du modèle norvégien, mais on se garde bien de s’en inspirer sur le terrain, ça bousculerait trop d’habitudes…et de certitudes

    • D. Furtif

      Non Yohan , tu tiens là très exactement le discours des pedagogiste et de la hierarchie du ministère.
      L’école n’a jamais été rébarbative ni bourreuse crâne que pour ceux qui ne voulaient pas travailler et à qui on a eu tort d’offrir la chance d’y rester.

      Tu fais comme toujours porter la responsabilité à on ne sait quel volonté sournoise des enseignants et à leur pratiques que tu condamnes sans appel te rangeant au coté de tous les fumistes et incompétents qui ont détruit pierre à pierre un édifice qui offrait leur chance aux plus démunis

      Le malheur a voulu qu’elle cesse petit à petit d’être sélective à outrance puis sélective tout court en offrant les examens et diplômes à tous ceux qui se présentaient et en imposant aux correcteurs des consignes de non sanctions des erreurs et de relevage de notes.

      C’est étrange , car je sais que tu le sais

      Il n’y a pas eu ___ comme tu le dis__ élimination programmée mais asphyxie par accueil forcé de tous ceux qui n’avaient pas le niveau. La propagande anti redoublement y fut pour beaucoup.

      C’est étrange car je sais que tu le sais
      .
      Je sais que tu sais qu’il y a des quantité de nouveaux arrivants en seconde incapables de lire un texte de 3 lignes sans hésitation et sans fautes.

      Alors je me demande ce que vient faire ici
      _ ton école excluante ( serais-tu contre les examens comme les libéraux le réclament et le font)
      _ ta société de caste ( il y avait un plus pourcentage de fils d’ouvriers en fac en 68 qu’aujourd’hui)__ le regrettes-tu?

      Je ne comprends pas ; ou je comprends trop bien comment tu peux à la fois condamner les dérives gauchistes de l’après 68 et en même temps reprendre quasi mot pour mot leur phraseologie.

      Les apprentissages et le travail de mémoire n’ont jamais eu de plus grands ennemis que le gauchisme complice et fournisseur de délires au libéralisme qui a su , lui , très bien utiliser, le bordel installé par tous ces psychos, pseudo,socio pédagogistes et dont tu reprends les conclusions en prétendant les condamner.

  • Le peripate

    Un truc marrant, bien dans l’air du temps. Une pétition contre le sexisme dans l’orthographe. Le désir d’égalité va si bien rabote l’humain qu’il n’en restera rien si on n’y prend pas garde. http://www.petitions24.net/regleproximite

  • Léon

    Vouaye. Ceci dit, la règle proposée est plutôt marrante, je suis assez pour…

  • Le péripate

    D’accord. C’est mon tour de garde. Je vais donc relever le sentinelle.

  • Léon

    J’aime bien… 😆

  • Aria

    excellent article. Ce constat est tristement trop vrai. aujourd’hui, même les élites font des fotes d’ortograf et ne maitrisent pas l’accord du participe passé.
    par contre on ridiculise Ségolène Royal dont la culture ne fait aucun doute, quand, dans une émotion et un élan poétique elle parle de « bravitude » sur la grande muraille de Chine. C’est précisméent quand on maitrise la langue qu’on peut faire des néologismes, des barbarismes, des anglicismes.
    C’est comme la politesse, quand on maitrise les règles, on peut être grossier à bon escient. Merde alors;-))

    Hier, il y avait dans le parc une course organisée pour les maternelles. Les moutards étaient adorables. A ma grande surprise, au moins la moitié sinon les 3/4 des enfants étaient noirs. Les autres étaient arabes ou blancs. cela signifie que les enfants blancs vont ans des écoles privées ou obtiennent des dérogations pour mettre leurs enfants dans des écoles « blanches », les enseignants en tête….

    Le plus grave est ce qui se cache derrière le pourcentage élevé d’enfants noirs : famille très nombreuse, souvent polygame, parents analphabètes ou illettrés parlant à la maison exclusivement leur dialecte d’origine, le patriarche, souvent à la retraite -ses enfants ne le verront jamais travailler- ayant fait venir deu pays une femme très jeune, exigeant le respect de la tradition : excision pour les filles, garçons rois mangeant avant les filles à table tandis que ces dernières mangeront les restes avec leur mère accroupies dans une pièce à part, logés dans des logements sociaux agglutinés en cités où sévissent des bandes qui utilisent les petits pour faire le guêt, accumulation de la misère « noire », les petits trainant dans les rues dès l’âge de 5 ou 6 ans sous la surveillance des « grands » de 8 ans.

    Résultat, les enfants baragouinent un français approximatif, ne s’intéressent pas à l’enseignement et obèrent leurs chances de s’insérer dans notre société parce que leurs parents ne font rien pour, continuant à vivre a tête au village quand leurs pieds sont sur le sol de France.

    Tout ceci, je l’observe quotidiennement dans mon quartier et ce que j’écris est le reflet de mes observations et connaissance à travers du bénévolat, de ces populations.

    S’il est vrai que l’EN ne fait pas son job correctement, il ne faut pas non plus oublier les influences familiales et communautaristes que subissent les enfants en dehors de l’école.

  • D. Furtif

    Qui dira le mal qu’ont fait aux enfants les pédagogistes complices.