La Villa des Cent Regards à Montpellier

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Tout comme Marseille, Montpellier a aussi sa «Maison du fada ». Sauf que celle-ci n’a pas été construite par Le Corbusier mais par un humble coffreur-maçon d’origine italienne du nom de Victor Grazzi, surnommé « Garibaldi » à cause de sa barbe blanche.  Il  a fait un truc bizarre, plus inspiré du facteur Cheval et de disneyland.

A partir d’un petit mazet situé au milieu de vignes il a construit jusque dans les années 50, en utilisant uniquement du ciment et du béton, et dans le seul but de s’amuser, une espèce de Château de la Belle au Bois Dormant miniature avec des donjons, des escaliers, des tours  et des tourelles. Il a habité cette maison et faisait son vin jusqu’en 1970.

Mort sans héritiers cette construction ouverte à tous vents s’est trouvée, avec l’extension de Montpellier, presque en bordure de trottoir est rapidement devenue un repère de SDF et de marginaux,  dégradée et taguée . C’était une curiosité que l’on venant visiter à l’occasion, et des légendes ont, un moment couru à son propos, en particulier, ce qui est faux, qu’elle aurait appartenu à des nains ( On l’appelait aussi « La maison du nan » ) à cause de ses proportions bizarres. En réalité  le maçon a triché avec les perspectives et s’est débrouillé pour que son château miniature soit utilisable par des adultes normaux à condition qu’ils ne soient pas de trop grande taille.

En 1984, la mairie de Montpellier se porte acquéreur du terrain avec la maison et pose un clôture. Mais pendant près de 30 ans le lieu est resté mort. En réalité, on ne savait trop qu’en faire : le bâtiment était trop petit et pas du tout aux normes pour envisager un usage public quelconque. La mairie a donc décidé purement et simplement de le détruire.

C’est là qu’interviennent les époux Fressoz. Lui est un ancien fonctionnaire territorial et possède une galerie d’art au centre de Montpellier. Ayant eu vent du projet de démolition, il se présente à la mairie en se déclarant acquéreur éventuel du lieu. Après un moment de stupéfaction, la Mairie finit par conclure une cession du terrain et de la construction avec, à charge pour les nouveaux propriétaires, de restaurer, entretenir et animer les lieux.
Depuis, ce lieu étrange rebaptisé la « Villa des cent regards », a été nettoyé, restauré et sert à des manifestations culturelles diverses, expositions, ateliers artistiques, réunions…

5 comments to La Villa des Cent Regards à Montpellier

  • Léon

    J’ai oublié de donner l’adresse pour ceux qui seraient de passage à Montpellier :
    1000 rue de la Roqueturière, quartier des Aiguelongues, à Montpellier

  • COLRE

    Belle histoire ! Quand on trempe depuis 2 ou 3 jours dans l’étroitesse d’esprit des petits boutiquiers du net, on se régénère à ne pas oublier la fantaisie désintéressée de certains ! quelle folie sympathique… 🙂

  • maxim

    C’est beau le délire d’un personnage ordinaire quand il le concrétise, même un maçon peut rêver à la Belle au Bois Dormant !

  • D. Furtif

    Bonjour à tous
    Nous étions très heureux cet été d’aller voir ce jardin là, mais il est loin d’avoir répondu à nos espérances tant au niveau des choix esthétiques qu’à celui de l’authenticité de l’expérience humaine.

  • Aria

    Léon, ne pensez-vous pas que c’est plutôt Disneyland qui s’est inspiré de la maison du fada que le contraire ? C’est vrai qu’elle fait penser à Disneyland, du vrai faux qui joue aussi avec les perspectives pour donner l’illusion d’être à taille humaine. Beaucoup de réflexion pour concevoir les constructions de Disneyland et il y a fort à parier que les opérateurs avaient rassemblé dans leur documentation tout ce qui a pu exister de par le monde, en Europe en particulier,comme constructions de rêve, inspirées ou non de contes traditionnels retravaillés par Perrault, Grimm, Shott et cie.

    Heureusement que cette oeuvre imaginaire a pu être sauvée. Pourquoi les cents regards ? ceux qu’on jette depuis la construction ou sur la construction ?