Bref séjour chez les culs nus du Cap d’Agde

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J’ai un vieux copain qui vit dans le nord le la France et que je ne vois que l’été lorsqu’il vient séjourner au Cap d’Agde. Faut vous dire qu’il pratique le naturisme depuis toujours et, après avoir essayé toutes sortes de lieux comme Montalivet, il a jeté son dévolu, pour des raisons climatiques, dit-il, sur le Cap.

L’été dernier il nous propose, plutôt que de venir nous rendre visite à Montpellier, que ce soit nous qui allions le voir, nous expliquant qu’à l’intérieur du camp le nudisme n’est pas obligatoire,  qu’il ne l’est que sur la plage. Par curiosité  et pour essayer d’en savoir plus sur la sulfureuse réputation de cet endroit abondamment décrit par Houellebecq, la Léonne et moi décidons d’accepter l’invitation. Rendez-vous est pris pour midi à l’entrée du camp, le copain doit venir nous chercher car il faut montrer patte blanche pour  pénétrer.

Lorsque nous arrivons, nous sommes d’abord surpris par l’aspect quasi-concentrationnaire des lieux : barrières, vigiles, guérites de gardes, hauts grillages interdisant l’entrée…

En attendant le copain prévenu par téléphone de notre arrivée, nous avons le premier contact visuel avec des « nudistes » se baladant derrière l’enceinte. Je mets « nudiste » entre guillemets car la première personne que nous voyons passer est une sorte de bombe de nature incontestablement féminine, pas nue mais avec très très peu de « vêtements » ( ce qu’il faut là aussi mettre entre guillemets) et d’un érotisme torride, du genre que l’on ne trouve que dans des boutiques très spécialisées.

Ce sont des situations toujours fort embarrassantes lorsque vous êtes en compagnie de votre épouse et qui vous obligent à une extrême prudence si vous ne voulez pas faire les frais d’une scène de ménage. Il convient, de préférence, de faire le mec blasé qui a à peine remarqué la chose.  Si vraiment c’est trop flagrant, un commentaire du genre : « elle a de la cellulite », « quelle vulgarité ! »  ou « ce n’est pas une vraie blonde » s’impose au minimum…

Je choisis de faire style je n’ai rien vu, ou si peu…  Opportunément, une diversion se présente sous forme d’un un mec en vélo, à poil, les choses, en quelque sorte, en large représentation sur la selle, un bob sur la tête et des baskets aux pieds, mais avec un air si sérieux qu’il déclenche chez nous un début de fou-rire.
Enfin le copain arrive, normalement vêtu, et nous fait traverser le gigantesque camp jusqu’à sa location, ce qui nous permet de constater qu’il y a plus de sex-shops que d’épiceries, mais comme il dit  : « ce qu’il y a de bien ici, c’est que tu peux passer un mois sans sortir du camp, il y a tout sur place ».

Ce qui nous frappe surtout c’est le mauvais état de ces immeubles, mal entretenus : un environnement assez sordide finalement, une ville dans la ville qui ne cadre pas trop avec la vison du naturisme tel que nous le concevions, au contact d’une nature belle, préservée et dans des lieux plutôt sauvages.

Au cours du déjeuner, le copain nous explique que l’état de relatif délabrement de ces gigantesques copropriétés tient à la difficulté de gérer des propriétaires dispersés aux quatre coins de l’Europe et que, tout récemment, des opérations importantes de divisions en ensembles plus petits ont été réalisées, ce qui devrait améliorer le fonctionnement et l’entretien du parc immobilier.

C’est alors que nous étions toujours à table qu’une violente altercation éclate juste à côté. On va voir et un groupe de quelques personnes à poil mené par une énorme bonne femme à la Dubout, cent kilos de graisse minimum sur des cannes d’oiseau et les seins sur les genoux mais, suprême élégance, tenant un bichon en laisse, s’engueule avec un type et une bimbo sobrement vêtue d’un paréo fabriqué à partir d’un filet de pêcheur à leur balcon. Nous apprendrons que c’est une histoire de tapage nocturne et de représailles  sur la moto du type en question. Les flics d’ailleurs finissent par être appelés, mais comme cela dure nous retournons à notre déjeuner.

C’est là que notre ami  nous explique qu’il y a deux clientèles qui fréquentent le camp naturiste du Cap d’Agde et qui ne se supportent pas : d’un côté les naturistes purs et durs, « traditionnels » qui viennent souvent en famille et de l’autre les « libertins » qui viennent ici draguer, partouzer, faire la fête et se livrer à toutes les galipettes possibles et imaginables. Prostitution et circulation de drogues y sont paraît-il également développées et l’ensemble du camp est  de plus en plus sous surveillance policière.

En principe, ces deux catégories d’utilisateurs qui n’ont ni les mêmes horaires ni le même mode de vie fréquentent  des quartiers différents, des plages distinctes, mais la séparation n’a rien d’officiel ni même d’officieux et n’est pas toujours stricte : il y a des mélanges, des points de contact et des frictions fréquentes. Nous venions d’assister à l’une d’elles.
Après le déjeuner, notre pote et sa compagne nous amènent jusqu’à l’entrée de la plage : un amoncellement quasi-industriel, à perte de vue, de chairs avachies dans des transats collés les uns aux autres, c’est le seul endroit où le nudisme est obligatoire.
Et en croisant sur le chemin ces tableaux souvent ahurissants de corps multiformes, de sexes pendouillants et de nudités à la fois exhibées et indifférentes, je ne pus m’empêcher de penser à cette phrase de A. Finkielkraut : « La discrétion, l’ambiguïté, l’indétermination, la pudeur ne sont pas, comme on le croit souvent, des vestiges d’un ordre répressif ou des marques d’inhibition, mais des formes indispensables de tout art de vivre ».

Nous avons quitté cette usine à touristes très particulière, vaguement écœurés, bien décidés à ne plus jamais y remettre les pieds.

32 comments to Bref séjour chez les culs nus du Cap d’Agde

  • rocla

    Hé Léon ….

    Le nu fait pendre …. 😛

  • L'enfoiré

    Salut Léon,
    Je connais Cap d’Agde par y être allé deux fois.
    Toujours en dehors de la haute saison (début juin ou mi septembre).
    L’hôtel face à l’île pour situer. Etant dans ma liste de news mensuelles, ils reçoivent encore mes bafouilles.
    Jamais eu de problèmes de nudisme.
    J’aime assez courir entre les îles le matin quand tout le monde est encore endormi.
    Beaucoup de magasins sont même fermés. Cela parait parfois désert le soir.
    Je me souviens avoir vu un documentaire sur la ville pendant le mois d’août.
    Là, je n’envisagerais jamais de vivre ce cauchemar. Il ne faut pas chercher les problèmes ou les erreurs d’aiguillages.
    Je reviens de vacances. Vous découvrirez l’endroit la semaine prochaine.
    Là bas, cela a été l’inverse. Une seule poitrine dénudée découverte pendant toutes mes vacances.
    Ce n’était pas la France, évidemment.

  • Castor

    Très peu pour moi, merci bien.
    Imaginer Léon là-bas, je sais pas vous, mais ça me rend tout chose !

  • L'enfoiré

    « L’hôtel face à l’île pour situer. »
    Un peu imprécis. Sans faire de la pub, il s’agit du Capao.
    On y mange très bien, aussi.

  • Castor

    Après ça, je verrais bien un article sur la Grande Motte.

    • Castor

      Merci Captain.
      Mon circuit idéal pour les vacances : Choisy-Le-Roi, Bourg-La-Reine et Jouy-En-Josas. Tout un programme !

  • Castor

    Je retiens une chose de cette expérience nudiste : les moeurs étranges de ces autochtones. Montrer patte blanche pour pénétrer, que voilà une drôle de façon de préliminer.

    • Lorenzo

      Castor,

      j’ai aussi adoré le « montrer patte blanche pour pénétrer »:lol:

      l’expériece de Léon ne donne aucune envie d’aller se parquer dans ce camp.
      Au sud de Lisbonne il y a des plages de sable fin oú la vue se perd á l’infini sans constructions pour défigurer le littoral et ou le nudisme se pratique de maniére sauvage,
      sans organisation,ni structures ni flicage, au gré de chacun dans une belle liberté.Les dizaines de kilométres de plage quasiment vierges.
      Alors pourquoi pas envahies comme le sud de l’Andalousie et ses côtes bétonnées immondes ? la réponse est sans doute dans l’Atlantique qui se jette de front face á ces plages
      et falaises abruptes fraîchemement revigorant, écartant ainsi de milliers de touristes qui cherchent de l’eau á 30º.
      Ça et lá quelques bars- restaurants isolés, connus de quelques curieux, et parfois la vision fugitive d’une jeune femme nue livrant son corps á l’écume des vagues.

      • Alors là, il y a une chanson qui s’impose et qu’il faut absolument écouter : un chef d’œuvre de bronzage bétonné. Rien à voir avec cette chanson-là !

      • COLRE

        Bonjour Lorenzo,
        Même expérience. Il en ressort une impression de liberté et de beauté naturelle qui est difficile à faire partager si l’on n’a pas ce tempérament-là…

      • Castor

        Bonjour, Lorenzo.
        En matière de modes de vie, la raison n’a pas droit de cité, c’est affaire de goûts.
        Je suis résolument hostile pour ma part. J’ai toujours considéré que l’homme nu est une abomination et que la femme se dénude, s’effeuille, et ne doit en aucun cas être présentée comme sur l’étal du boucher.
        Je m’excuse par avance auprès de Colre pour le côté cru de mes mots, mais il n’y a rien de plus beau qu’une femme habillée (ne serait-ce que légèrement) ou qu’une cuisse, un sein ou toute autre partie du corps que l’on devinerait par l’intervention divine d’une douce brise complice (en un mot pour les goujats).

        • Castor

          D’ailleurs, sur la dernière litho mise en ligne par Léon, les deux femmes au premier plan m’attirent bien plus efficacement que la troisième.

        • COLRE

          Mon ami Castor, je ne vois pas la crudité de tes propos ni même en quoi ils me dérangeraient spécifiquement ;-)… je les approuve, d’ailleurs.
          Le vêtement, d’abord, est une belle parure, et en plus, il est tellement inculqué dans nos codes sociaux, c’est comme les interdits alimentaires : la répulsion ou la signification est devenue sub-consciente…

          Je ne me vois pas (personnellement) aller au restau ou faire mes courses « à poil ». Mais, au bord de l’eau, sur la plage, c’est tellement normal et naturel quand le slip de bain, de toutes façons, n’est plus qu’un minuscule bout de tissu parfois réduit au string…

          Si tu parles d’érotisme, là c’est un tout autre sujet, et dans nos canons esthétiques, la complète nudité n’est pas attractive pour la libido qui a besoin de rêver et d’interdits.

          • Castor

            J’en suis bien là, effectivement : le nudisme plante la libido en ce qui me concerne.
            Quant au string, pourquoi pas, mais même s’il ne couvre que rien ou presque, il est quand même le dernier rempart à une exposition crue et je m’y accroche !

            • COLRE

              Eh oui… 8) la libido est un sacré machin mystérieux qu’il est impossible de mettre en équation, d’autant que chacun a la sienne !

        • Lorenzo

          Castor,

          … »et vous êtes passée demoiselle inconnue, á deux doigts d’être nue, sous le lin qui dansait … » Jacques Brel  » in « La ville s’endormait »

      • L'enfoiré

        Lorenzo,
        Anecdote pour anecdote.
        Puisque vous parlez du Portugal.
        Il y a bien longtemps, les seins nus apparaissaient tout doucettement.
        Pas sur les plages fréquentées au Portugal, encore.
        En Algarve, il y a de petites criques surplombées par des falaises.
        Je me baladais sur l’une d’entre elles.
        Que vois-je ?
        De jeunes Portugais, ventre au sol, avec la tête au dessus de la falaise.
        Aux gestes qu’ils faisaient, je n’avais pas besoin de m’approcher plus fort du précipice.
        Comme quoi, on n’arrête pas le progrès, mais s’y habitue vite.
        A Gran Canaria, dans les dunes, j’ai vu bien plus amusant encore.

  • Belle tronche de vit, Léon. D’ailleurs cet article devrait être dans cette lubrique ! Décidément, le cul rend souvent con. Ces nudistes sont vraiment imbitables et plutôt que d’être peinards se cherchent des zobs d’été pour s’occulculper. Mais comme disait l’autre, fesse que veut !

  • pascal

    Une chose est certaine, morice, lisant ceci, va être scandalisé.
    Ce sujet, trairte, endin, vous voyez… un peu de sexe quand même.

    Ne serait-il pas plus judicieux de retirer cet article imédiatement pour ne pas le choquer
    et éviter les emmerdes ?

    Cdlt,

    Pascal.

    • pascal

      Il est odieux. Privé de zozos, il se comporte en petit chef, à l’instar de ce qu’il a pu faire chez cuk à mpon époque
      ou il nous aura bien fait **** avant qu’on arrive à s’en débarrasser.

      Il se fait detester, et grosso modo, décide qui peut s’exprimer, selon ses propres critères.

      Combien de temps Revelli va-t-il tolérer que Morice gouverne son site à sa place. Je suis curieux de voir
      ce que ca va donner. Parce quen l’état c’est momoland, un site ou Morice a le permis d’insulter, et l’utilise 50 fois
      par jours.

      Cordialement,

      PAscal.

      • L'enfoiré

        Pascal,
        Le zozo n’a pas encore compris à qui il s’adressait.
        Le pseudo « L’enfoiré », c’est moi qui l’ai, pas lui.
        Je crois qu’il l’apprend progressivement à ses dépends.
        Comme je l’ai dit à Poil Vache, je suis une véritable teigne.
        Contrairement, au Riz qui ne colle jamais, je colle toujours quand on m’excite ou m’incite (ce qui est la même chose) à le faire.
        Je me le réservais pour des jours « sans ».
        🙂

  • COLRE

    Ben mince alors… C’est plutôt sordo, finalement, j’imaginais un truc très « propre », à la scandinave, mais sous le soleil méditerranéen.

    C’est vrai que j’ai plutôt une expérience de nudisme sauvage à l’extrémité isolée des immenses plages un peu désertes de l’Atlantique…
    Le pénible, ce sont les voyeurs sur les dunes. Le super, c’est le bain de mer dans les vagues puis se sécher sur le sable quand le soleil te chauffe partout et embaume la peau…

    • Léon

      Colre, c’est ce que je m’imaginais aussi un peu. Je vous assure, rien à voir…

      • COLRE

        Eh oui, c’est assez tristounet. Je crois que le nudisme, faut être accro : après, la nudité, tu ne la vois plus.

        Sur l’extrémité nudiste de mes grandes plages atlantiques, ce qui m’a toujours frappée c’est le respect de l’autre : on ne regarde pas, on ne mate pas « ouvertement », ce qui n’est jamais le cas sur les plages « normales » où l’observation railleuse ou dragueuse des voisins et voisines occupe une bonne place des (pré)occupations…

  • yohan

    Rien de plus ridicule que de se balader à poil sur un vélo avec un bob sur la tête ou promener son caddie avec des poireaux dedans et un autre dehors. Faudra qu’on m’explique la valeur ajoutée du truc…

  • rocla

    Tu fais la descente de l’ Ardêche en canoé-kayak , à un des premiers rapides t’ es en face de gus , à loilpé , rigolards , la queue pendante s’ exhibant devant des vacanciers qui innocents arrivent de leur Picardie natale . Ils se bidonnent et ma foi , si j’ avais un électroencéphalogramme plat comme eux , si ça se trouve je ferais pareil . Je préfère néanmoins mettre ma bébête qui monte entre des mains savantes et expertes sachant au besoin me repomper le moral auxquelles je répondrai en prenant langue au moindre signe de dialogue constructif . Les plaisirs , les vrais sont dans le vivre caché pour vivre heureux …

    Chérie , tourne toi …. 😀

  • D. Furtif

    Pour moi les camps de nudistes c’est le monde culturel et imaginaire des années cinquante , des sous vêtements qui grattent et des baleines pour corset ,du gros grain, de l’extra fort, du tergal et des boutons pressions. Un monde où le vêtement était uniforme de contention . Le vêtement comme masque de honte .Rochefort qui raconte son maillot bain en laine qui lui entame les claouis .Le monde de la brillantine Roja et du Pento, des seins de Martine Carol dans Lucrèce Borgia, les ai-je vraiment vus?
    Ce monde un peu enfoui un peu honteux, celui de pudibonderie poisseuse . Un monde qui puait, où les 150 élèves de mon internat n’avaient pas une seule douche.
    Imaginez un peu les torrents provoqués par les quelques Paris Holywwod qui arrivaient à franchir la frontière des fouilles de casier.

    Aussi le Nudisme pouvait jouer en plein son rôle de libération, de conception d’un monde différent , même pour ceux qui n’y sont jamais allés
    C’est un vieux monde rêvé que Léon a piétiné comme les châteaux de sable que l’on bâtissait même très vieux.