Le Clergé au XIè siècle. Combien de divisions?

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Pourquoi l’île Bouchard ? C’est vrai que vous pourriez vous poser la question. Coincé entre l’Anjou et le Poitou j’y ai trouvé une Belle Dame en en cherchant une autre. Nous y viendrons. On connaît Furtif, il ne se distingue pas tellement par sa culture des apparitions et des images pieuses. Vous auriez tout à fait raison. C’est tout autre chose. Une véritable histoire de fesses aux conséquences gigantesques . J’avais abordé la question et il me restait un sentiment de pas fini, d’inachevé, comme on dit, dont l’intro d’un Nartic paru il y a un an vous donnera une idée

Et puis,  il y a la requête, une presque commande de Xavier

L’an dernier , article et commentaires avaient , un peu, éclairé la question du POURQUOI, mais ils laissaient en plan celle autrement épineuse du COMMENT.Comment une bande « d’ enchasublés tonsurés » pouvaient-ils contraindre des professionnels de la castagne spécialiste du pillage et du découpage en fines lamelles. Comment tous ces curés ont-ils pu imaginer et réussi parfois de mettre au pas tous ces manieurs de fer. C’est la vieille question toujours brûlante 9 siècles plus tard : Comment le Pape a-t-il pu contraindre l’empereur allemand Henri IV à venir dans la neige , pieds nus, en chemise implorer son pardon à Canossa.( 1076-1077)

Elle en rappelle un autre de Staline rabâchée avec morgue par tous les accommodateurs d’ici et d’ailleurs.

Alors cette question ?

Le Pape combien de divisions ?

L’objet de cet article est de tenter d’y répondre.

À la faveur des troubles qui ravagèrent l’occident à la fin du 9è siècle et au début du 10è siècle, les comtes et marquis parvinrent à rendre leur office non seulement viager mais héréditaire. Ils transformèrent ainsi en un lien de plus en plus virtuel l’hommage qu’ils devaient au Roi. Mais ce mouvement qu’ils avaient eux même initié, bon gré mal gré rognait  en retour leur propre puissance en raison  la tradition franque des partages successoraux. Ce système de morcellement pourtant connu depuis des siècles produisit encore sa moisson de brouilles , rivalités , affrontements sans fin.

L’Eglise en ce Moyen âge médian se retrouve largement bénéficiaire de ce partage des domaines mais libérée des successions Elle dispose d’un maîtrise permanente de son Patrimoine . Ayant reçu ces domaines elle a les moyens de collecter la taxe, et comme les laïcs d’élever son mode de vie et de payer ceux qui la protègeront. Le clergé a ses troupes recrutées non seulement parmi ses membres mais aussi celles qu’il stipendie voire celles qu’il contraint. Il faut rappeler les querelles incessantes pour obliger au titre de la corvée les paysans serfs à assurer la garde aux châteaux et maisons fortes. Tout comme un seigneur laïc le grand dignitaire ecclésiastique perçoit tous les droits féodaux: Impôts douanes intérieures, usage du four banal…etc Sur ses terres , il est le Droit , il est la Justice , il est la Force. À la tête de domaines immenses , il en perçoit les revenus eux aussi immenses . IL faut se rappeler le début du film Kingdom of Heaven .Une troupe de croisés, est attaquée par les hommes de l’évêque lancés à la poursuite de Balian.Les titres de Godefroy d’Ibelin ne leur font aucun effet.
Cette petite scène d’exposition en dit beaucoup sur les rapports de force en ce milieu du Moyen âge .Si un Vicomte peut peut prendre des libertés avec son suzerain éloigné Duc ou Comte . Il ne se risquera pas aux même privautés avec un évêque. De plus , si le Duc et sa colère peuvent être apaisée , la vengeance du clergé , archivée et conservée sera conservée et portée jusqu’ a son terme . La jacquerie d’un simple village sera poursuivie jusqu’à sa réduction ultime car le droit , la Justice et Dieu le veulent. Le Seigneur laïc lui peut toujours se montrer d’humeur changeante ou avoir envie d’autre chose.

Possédant la terre , le Clergé en possède les revenus et donc les moyens de la violence guerrière. Mais aussi, sous le masque de sa  prétendue mission d’encadrement et d’apostolat, elle élabore tout un tout un argumentaire justifiant la violence . la bonne violence, la sienne.  Le clergé s’affiche comme la congrégation des bergers, il lui est facile de démontrer que tous ceux qui lui feraient obstacle se compteraient au nombre des agresseurs de cet ordre voulu par Dieu. Ne connaissons nous pas des individus qui de nos jours identifient comme un agression humiliante et raciste la non observance de leurs rites. On observe alors que les gens d’églises sont tout à fait capables de répondre à la provocation voire de prendre l’initiative de lancer les défis afin d’imposer  leur volonté.

C’est simple Pourquoi le feraient-ils ?. Bin parce qu’ils en ont les moyens.

Il ne faut pas oublier que les hommes et les instances ecclésiastiques sont issus du même moule et du même mode de pensée que la société laïque. Système de valeurs, structures , hiérarchies , solidarités les mettent dans une même attitude par rapport à la société paysanne . C’est pourquoi ils adoptent spontanément les mêmes conduites.

Roi Comte (1) Châtelain ou sire

(2)

Chevalier de village(3) Humble
Le premier de ses pairs (responsable du royaume, de la guerre et de la paix). Prince territorial de sang royal, à l’origine auxiliaire du roi, il est devenu indépendant au IXe siècle (responsable du comté). Cadet du comte, à l’origine auxiliaire de celui-ci, il est devenu indépendant au XIe siècle (responsable de la châtellenie). Combattant à cheval et auxiliaire du châtelain, il est chargé de maintenir le droit du ban à l’échelle locale (responsable d’une seigneurie). Il dépend d’un seigneur foncier, à qui il paye une redevance fixe (cens) pour sa tenure, et d’un seigneur du ban, à qui il paye des redevances arbitraires pour utiliser les outils vitaux (moulin, pressoir, four…).

Le recrutement du clergé se fait au sein des trois classes (1, 2 , 3) . Il y a amplement de quoi parmi les cadets , les puinés voire les bâtards .L’accès à la prêtrise est quasiment interdit au corps des Humbles sauf quand le seigneur fait bâtir l’église en tenant à conserver la main mise sur le sol , les paysans et tout ce qu’ils peuvent rapporter .

Les seigneurs laïques menacent et cognent. Les clercs , eux. À coups de remontrances morales, à coup de bénédictions, à coups de bâtons , à coups d’épée, tout revient au même :

«  il faut les faire bosser pour que rentrent les récoltes et nous soit versée « notre » part, celle que Dieu nous destine comme salaire de notre mission de guide du peuple chrétien » C’est la société idéale rurale que vous pouvez retrouver dans les fantasmes anti-productivistes de pas mal de Gugus qui se disent proche de la nature. Grâce à ce surplus détourné on pourra payer comme partout ailleurs forteresses et hommes d’armes  qui nous permettront de nous inscrire dans le grand jeu permanent de la guéguerre comme on l’aime à cette époque.Je te pique un village je te pique un pont , ou dix vaches….Tout est une question d’échelle.

Domaines capétien et Blois-Vermandois fin Xè siècle

C’est le jeu du pouvoir , le jeu de la puissance. Depuis le bas empire romain , alors que les puissances laïques mérovingiennes puis carolingiennes tombaient en déliquescence, l’Eglise n’a pas été la dernière à récupérer des biens des domaines et des terres par dotation, ou par spoliation. Quand une vallée ou un village venaient à manquer d’un manieur de sabre pour les protéger et leur imposer son racket , il se trouvait toujours un curé ou un abbé pour se déclarer seigneur de cette terre là.pour la plus grande gloire de Dieu évidemment.

Pas de terre sans seigneur, pas de troupeau sans berger

À une époque où on manquait gravement de notaires , les moinillons n’étaient pas les derniers à produire sans trop de difficultés les parchemins attestant de leur anciens droits. Ils pouvaient même en produire pour le racketteur d’à coté qui avait des difficultés avec ses paysans à lui . « Cette engeance là est toujours rétive et ne comprend rien au Grand plan de notre Seigneur ». Un bout de parchemin une larme d’eau bénite et roule Raoul te voilà seigneur. pas plus compliqué que la fabrication d’une sainte relique .Évidemment échange de bons procédés et solidarité de caste : « Cher Raoul on compte sur toi quand on en aura besoin »


Alors au XIè siècle l’Église combien de division.( voir tableau) ?

On sait la maigreur du domaine propre du Capétien , mais il est dit qu’il serait riche en biens ecclésiastiques . « Capet » viendrait de la cape des moines??? Euhh dit-on.  C’est vrai qu’il est bien pourvu en Évêchés et abbayes. Rien à voir , aucune commune mesure entre ce qu’il tient  et ce qu’il ne tient pas . Tout ce qui appartient aux autres , au Comte de Poitiers Duc d’Aquitaine, Au Duc de Normandie , …Si la puissance est conférée par la possession de la terre . Notre roitelet capétien arrive loin derrière ses concurrents.

Le Royaume est divisé en 10 provinces métropolitaines ( archevêchés)

Les métropoles sont les territoires sous la juridiction d’un archevêque métropolitain, appelées aussi provinces parce qu’elles sont issues des provinces romaines dont les premiers évêques ont assuré l’administration lors de la chute de l’Empire romain. Elles sont constituées des diocèses qui ont, selon le même processus, succédé aux anciennes « cités » gauloises romanisées, et qui en ont presque toujours conservé le nom. Les diocèses étaient composés des paroisses, ensembles d’habitants pouvant s’assembler dans une même église, dont les noms et les limites ont été conservées dans les 36 000 communes françaises.

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Les circonscriptions ecclésiastiques, en raison de leur statut de main-morte, sont les plus anciennes circonscriptions territoriales et les plus stables, depuis l’Antiquité préhistorique jusqu’à la refonte générale de 1802.

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Le Roi Capétien est absent des métropoles du Sud de la Loire , il n’est présent que dans 5 sur 10.

Il tient 20 évêchés sur 36 et seulement une abbaye sur dix . La possession de la terre condition première de la puissance lui est fortement contestée dans sa propre zone d’influence par les Blois Vermandois qui ne s’en privent pas

Quand Hugues Capet à la fin du Xè siècle est porté sur le trône par sa volonté mais aussi par celle de ses pairs et des décideurs de l’Église . C’est bien parce qu’en dessous de sa puissance on n’a pas les moyens de lui faire obstacle mais aussi parce que, à son niveau, et au dessus de lui, on n’y voit pas d’objection. Pour ceux qui en auraient eu les moyens,  faire obstacle à l’accession de Hugues Capet au trône aurait été peut-être risqué et très sûrement trop coûteux. Si les quasi principautés indépendantes de la Francia occidentalis démettent les Carolingiens c’est que ces derniers n’ont plus les moyens de s’imposer . Leur puissance est démembrée partout . Mais…Installer Hugues ne veut pas dire pour ces quasi Princes vraiment indépendants qu’ils veulent se redonner un chef qui serait plus fort qu’eux et aurait les moyens d’imposer sa volonté.

On pourrait dire bien au contraire.

Il y a un coté amusant dans cette fiction . Un coté «  Les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent, tant qu’ils ne se mêlent pas de mes affaires et ne m’empêchent pas de régler mes comptes. En même temps , ce système de suzerain qui tient dans sa main son vassal et a autorité sur lui : c’est très bon pour mes affaires à moi , chez moi . Je veux bien rendre un Hommage formel à ce Roi là parce que de toute notre bande il est bien le dernier à avoir les moyens de me contraindre. Par ailleurs  pour le contraindre lui le Roi et le faire marcher droit dans la paix du Seigneur , il y a l’Église. Toujours avec tout le monde contre tout le monde pourvu qu’ils en tirent un intérêt les curés. Et si le Capétien  a un peu trop d’idées de grandeur , on pourrait même filer un coup de main  au Pape qui est loin, très loin

La violence c’est l’ordre juste. La violence c’est la punition divine

Les prêtres, quel que soit le culte ont toujours assuré, même dans les sociétés les plus antiques, la notion d’ordre juste c’est la deuxième jambe du système. Le shaman a toujours été très proche du chef de guerre. L’un s’appuyant sur l’autre ils ont assuré leur mutuelle ascension. Avec cette aide le petit chef est devenu un roi voire un Dieu avec à chaque époque la cohorte des prêtres qui assure la bonne obéissance des multitudes… Puisque Dieu le veut.

Parfois le marchandage atteint certaines extrémités fâcheuses qui remettent en cause tout le système. L’hostilité des prêtres à Akhenaton ou du Pape à l’Empereur Romain Germanique ont été générés par des conflits du même ordre

Mais le système tient debout sur ses deux jambes .La force ne suffit pas

La contrainte n’est rien sans la conviction instillée et répétée que la souffrance est nécessaire , la misère le meilleur chemin vers le salut. Tout un édifice moral tient debout par autosuggestion. Il assure dit-on   la Paix sociale si chère à la Mosquée d’à coté et dans laquelle se retrouvent tous les pouvoirs religieux à travers le temps et l’espace. Il ne faut guère d’effort pour comprendre que l’échafaudage  moral et religieux est le meilleur soutien de l’édifice politique. L’idée même de souveraineté divine implique celle de la soumission à cette volonté.C’est grâce à cette géniale invention que la moindre rébellion contre l’oppression peut être lue comme une remise en cause de l’ordre divin et du meilleur état possible des choses voulu par Dieu pour le bien de tous.

Allez vous vous décider à comprendre ? C’est pour votre bien, on se tue à vous le répéter.

On vous parle de paix sociale ! En clair l’esclave révolté ou le serf en fuite deviennent des ennemis de Dieu __ des agresseurs de l’Ordre et de la Paix  sociale tant révérée par la Mosquée d’à coté.

Issu de cette fusion d’un ordre voulu par le ciel et du pouvoir réel des Princes on est mis en présence d’un fantasme permanent qui remonte aux plus anciens pharaons. Une sorte d’identité entre l’ordre cosmique et l’ordre terrestre. Le Califat n’est pas le fruit d’une génération spontanée . C’est bien un sorte de califat chrétien qui a toujours été et reste un des fantasmes du Vatican. Il a dans cette intention produit une pure invention sans aucun rapport avec le dogme : le Sacre. Le sacre est une cérémonie religieuse conférant à un souverain un caractère sacré (parfois même divin), le distinguant ainsi des autres laïcs. Cette sacralisation la rend ainsi distincte du simple couronnement.

Les premiers Capétiens n’était pas de benêts, ils savaient très bien le chantage que l’Eglise faisait planer sur leurs espoirs dynastiques. Nouveau venus ils avaient toutes les raisons de se méfier . Ils  répondirent à cette menace  par le coup de force contre la tradition franque de désignation de fils ainé comme unique successeur officiel .

L’Eglise y répondit avec des menaces d’excommunication ou d’interdit sur le royaume . Elle multiplia aussi les conciles pour faire plier les rois ou les grands seigneurs obstinés( Nous y viendrons bientôt)

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La région parisienne appartient à l’archevêché de Sens

En dehors de la recherche habituelle sur Wikipédia.

Je vous invite à lire ou à consulter des livres qu’un miracle ,pour le premier, m’a fait conserver . Le second a été sauvé je ne sais plus comment du désastre des mes trois derniers déménagements.

5 comments to Le Clergé au XIè siècle. Combien de divisions?

  • Léon

    Faut que tu corriges ça, je n’arrive pas à deviner…
    L’Eglise en ce Moyen âge médian se retrouve largement bénéficiaire de ce partage des domaines mais libérée des successions il dispos d’un maîtrise permanente de son Patrimoine .

  • Léon

    A part ça, si tu poses une bonne question, la réponse me semble peu claire. Il y avait très peu de moines -guerriers, et ils semblent n’apparaître qu’avec les croisades pour des missions qui concernent surtout les lieux saints. Donc, on ne comprend pas très bien comment l’Eglise a pu mettre la main sur ce patrimoine foncier ( et humain puisqu’elle avait aussi ses serfs). A mon avis, son pouvoir, l’église le tire d’abord de son savoir dont les puissants ont absolument besoin, mais aussi de sa capacité « idéologique » à exercer un contrôle sur le populations, aptitude dont les puissants ont aussi très besoin.

  • D. Furtif

    En effet Léon je suis cette fois ci tombé dans le Charybde du manque de précisions tellement j’étais menacé par le Scylla de son excès.
    Au niveau local . Le clergé est bien une puissance militaire. Même si ce n’est pas une force de projection elle est assez puissante pour exercer la première tâche militaire de ce temps la soumission des paysans.
    Un conflit sur un pont , une ferme , un four, ….entre un curé et seigneur peut sembler facile pour le seigneur. Mais le prêtre, lui, appartient à un corps beaucoup plus solidaire.
    Le seigneur semble à première vue disposer de la force dont ne dispose pas le curé.
    Mais brutalement on change d’échelle quand l’évêque s’en mêle.Ce que manquera de faire , pour des raisons ,des calculs et des enjeux plus vastes et qui sont les siens ,Le Suzerain le vicomte ou le Comte voire le duc ou le Roi . Il aurait les moyens mais il est pour l’heure contraint et soumis par le besoin pressant de bonnes relations avec l’Église à un autre niveau

  • Lapa

    tout ça parce qu’un chef a vu un nuage en forme de croix! 😉

    • D. Furtif

      Des paroles authentiques de Constantin il y en a beaucoup moins que celles qu’on lui prête.
      Tellement moins qu’on peut se demander si….