Histoire de l’orgue : 4, la route vers l’âge d’or (partie technique)

Nous avons vu précédemment, que, emporté par un mouvement de renouveau religieux, l’orgue avait conquis sa place d’instrument de premier plan. Posant les bases de la polyphonie vocale, instrument d ‘étude et d’apprentissage, il va également devenir le symbole même de la pompe religieuse. Mais son incroyable développement, en nombre, en dimension, en répertoire, il va le devoir aussi à un essor technique sans précédent qui aura pour départ l’invention d’un certain nombre de mécanismes et techniques permettant d’aller toujours plus loin.

Avertissement : le cheminement vers l’âge d’or, ou considéré tel, du XVIIIème est tellement dense que j’ai préféré le découper en trois parties thématiques. La première partie, que nous abordons aujourd’hui, concerne exclusivement la partie technique. La deuxième partie abordera la thématique des meubles et buffets. Enfin la dernière partie sera consacrée à l’évolution musicale du répertoire. Comme vous pourrez le comprendre, ces thèmes sont très fortement liés, mais il était impossible de les traiter ensemble de manière chronologique tout en gardant un fil intéressant à moins d’être romancier et historien hors pair ce que je ne suis.

Nous partons donc, aux XIIIè XIVè siècles d’un instrument assez rudimentaire mais néanmoins complexe. À tous ceux qui me demandent comment l’orgue a pu autant passionner ces âges par ses capacités techniques je serais tenté de répondre qu’il faut bien se remettre dans le contexte du très haut moyen-âge. À cette époque, le papier n’est pas connu, l’imprimerie, pas inventée, les lois de la physiques ou de la mécaniques des fluides sont étrangères et la mécanique elle même est totalement primitive. Il faut bien avoir cela en tête quand on étudie l’histoire de l’orgue, machine complexe ; fantasme d’ingénieurs, œuvre technique sortie de l’empirisme et du compagnonnage. Il faudra attendre l’horlogerie pour obtenir des mécanismes aussi complexes que ceux qui vont être mise en œuvre dans la conception et la réalisation des instruments.

La première chose qui va permettre l’agrandissement de l’étendue jouée sera l’invention, au XIIIème siècle, de l’abrégé.

Comme vous le savez maintenant, chaque marche, ou touche, abaissée fait parler directement le tuyau placé au dessus, ce qui a pour inconvénient de créer des claviers démesurément larges pour assurer un nombre important de notes dans la gamme (en pratique évidemment, on conserve un clavier étroit et donc une gamme peu étendue). Avec cette invention, de simples rouleaux en bois transmettant le mouvement de tirage, il est enfin possible que la soupape d’ouverture du tuyau ne soit pas à l’aplomb de la marche qui la commande. Et même plus : on peut désormais placer son tuyau presque n’importe où, sans ordre particulier imposé mécaniquement. Ce qui constituera un avantage certain pour les buffets comme on le verra plus tard.
Le mécanisme est donc le suivant : la touche enfoncée translate une vergette (lame de bois souple et fine en cèdre rouge) qui va actionner le rouleau de l’abrégé en bois aussi (bouleau, chêne) ou en fer par une équerre métallique. Ce rouleau, pivotant mais maintenu par des tourillons, va transmettre le mouvement à une autre vergette positionnée de manière à tirer directement la soupape correspondant à la gravure du tuyau sur le sommier. L’instrumentiste est donc directement relié à la soupape des tuyaux, la sensation d’enfoncement est uniquement liée au décollement de celle-ci. C’est le toucher si particulier de la mécanique dite « suspendue ».

Exemple d'abrégé simple

Il va de soi que la qualité de la transmission des notes est déterminée par la simplicité du chemin parcouru et par la précision de la mécanique. Par exemple, les éléments doivent être à l’équilibre stable en position de repos pour ne pas induire de poids supplémentaire, de même, chaque frottement doit être limité au maximum.

La deuxième invention, plus tardive car attestée que vers le XVIème siècle, sera celle du sommier à registres.

Vous vous souvenez que l’orgue réintroduit en occident avait perdu sa capacité initiale à différentier ses ensembles de jeux de tuyaux de sorte que