Le Sénat a refusé les « Maisons de naissance »

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À cause de la pantalonnade du remaniement, une information pourtant intéressante et autrement plus importante est totalement passée à la trappe.

Samedi donc, avant-hier, le Sénat a refusé de voter, dans la loi relative au budget de la sécurité sociale pour 2011, la demande de Roselyne Bachelot d’expérimenter en France les « maisons de naissance  ».

De quoi s’agit-il ?

Depuis presque trente ans déjà, en France, la médicalisation de l’accouchement est apparue comme le meilleur moyen d’améliorer la sécurité de la mère et de l’enfant, tendance encore renforcée par des chiffres plutôt mauvais de la mortalité néonatale  comparé à nos principaux voisins. ( La mortalité maternelle également, en France, se situe aux alentours de 11 pour 100 000 contre entre 5 et  7 pour nos voisins européens.
Cela s’est traduit notamment par la fermeture d’un grand nombre de petites maternités et leur regroupement en trois catégories, du niveau 1 pour les accouchements a priori sans problème, au niveau 3 hypermédicalisé avec un service de réanimation néonatale. Globalement la philosophie repose sur l’idée partagée quasiment par tous les obstétriciens que l’accouchement est toujours risqué et que les complications, même les plus graves, sont imprévisibles.

Cette tendance s’est traduite, même dans les cas sans problème particulier, par  des techniques de plus en plus envahissantes comme  les échographies, les outils de diagnostic prénatal, les analyses biologiques pendant la grossesse; le monitoring en continu du rythme cardiaque fœtal, la perfusion d’hormones accélérant l’accouchement, l’analgésie péridurale, l’épisiotomie…  À peine né, le bébé est enlevé très vite des bras de sa mère et soumis à toute une batterie de gestes et de tests dont certains sont assez invasifs.

En réaction à cela s’est  développée , notamment dans d’autres pays européens comme la Hollande, mais aussi au Québec, par exemple, l’idée que la grossesse n’étant pas une maladie et l’accouchement un acte naturel, il n’y avait pas lieu de les médicaliser à outrance .

En Hollande, par exemple, l’organisation y est très différente et postule que l’on peut séparer sans ambiguïté les situations normales des situations à risque et que donc, pour les premières, rien ne s’oppose à ce que les accouchements se déroulent dans un lieu peu ou pas médicalisé, dans des maisons de naissance ou même à domicile. Ils se déroulent, en outre, sous la responsabilité d’une sage-femme au statut revalorisé et non d’un obstétricien. Enfin, dès l’accouchement et pendant plusieurs semaines, une assistante maternelle spécialisée vient aider tous les jours les parents dans tous leurs contacts avec le bébé : allaitement, soins corporels etc…

Ce mouvement en faveur d’une moindre médicalisation de l’accouchement trouve son origine d’abord dans des associations d’usagers qui estiment que cette médicalisation à outrance perturbe un événement d’abord familial et nuit à l’établissement de relations précoces, naturelles avec le bébé, qu’elle a même tendance à traumatiser beaucoup de femmes physiquement et psychologiquement sans que les avantages pour la santé de la mère et de l’enfant soient évidents.

Ce mouvement trouve aussi, on s’en doute, une oreille favorable auprès des politiques en charge de la gestion du budget de la sécurité sociale qui préféreraient évidemment que l’on diminue le recours aux coûteuses journées d’hôpital au profit de structures beaucoup moins techniques et médicalisées.

L’ouverture de ces « maisons de naissance» avait déjà été préconisée dans la loi Kouchner de 2002 sans aucun effet. Roselyne Bachelot, cela a probablement été son dernier acte en tant que Ministre de la santé, a tenté avant-hier d’un introduire l’expérimentation.

Sa proposition été repoussée au Sénat avec une belle unanimité politique sur la base de quelques arguments difficilement contestables : les mauvais chiffres français en la matière et aussi l’exigence d’une certaine logique, on ne ferme pas des petits maternités d’un côté pour rouvrir des « maisons de naissance » qui y ressemblent comme deux gouttes d’eau…

19 comments to Le Sénat a refusé les « Maisons de naissance »

  • Ph. Renève

    Comme deux gouttes d’eau mais sans l’environnement médical des maternités, et c’est bien là le problème.

    La médecine dit qu’il n’y a pas de grossesse ni d’accouchement sans risque. Allons-nous alors prendre le risque de ne pas mettre à disposition de toutes les femmes l’ensemble des compétences et des ressources médicales ? A-t-on le droit d’instituer des accouchements moins sécurisés ? Si un grave problème survient, combien de temps faudra-t-il pour qu’un obstétricien intervienne et prodigue les soins appropriés ?

    Tout cela s’inscrit dans la volonté des pouvoirs publics de diminuer le coût de la santé pour la collectivité, c’est-à-dire d’attaquer la solidarité qui est la base de notre système de santé, à seule fin de diminuer les impôts. Veut-on à terme se retrouver dans la situation de l’Angleterre ou des USA ?

    Et attention aux dérives à venir: après les maternités au rabais, pourquoi pas les blocs opératoires simplifiés et les ordonnances établies par les infirmiers ?

    • Ph. Renève

      On nous dit aussi que la « médicalisation à outrance (…) a même tendance à traumatiser beaucoup de femmes physiquement et psychologiquement ». Mais parlons aussi du stress d’une femme accouchant sans la présence d’un médecin ni d’un plateau technique proche…

      • Fantomette

        Ce stress, c’est si ce n’est PAS son choix.
        J’ai longtemps vécu à la campagne, et l’ambulancier du bourg se flattait lors de son pot de retraite d’avoir accouché bon nombre des enfants de la commune!

    • Fantomette

      Flûte!
      Je croyais être la première!
      Les petites maternités de proximités n’étaient pas si mal… c’est de les fermer pour tout concentrer en CHU qui a été une sottise! N’oublions pas que certaines régions de France ont des campagnes (ou des montagnes) à plus d’une heures du CHU!
      En fait le risque zéro n’existe pas, mais il y a beaucoup de grossesses sans aucun problème qui n’on tpas besoin d’un CHU.
      Pour LE gros problème (souffrance foetale aigûe, hémorragie de la délivrance) qui survient, il est presque impossible de le prévoir, et même en CHU il est parfois impossible de le juguler…

  • Fantomette

    C’est moi qui m’y colle pour le premier commentaire?
    Très bien tombé, ce nartic de Léon : merci d’y avoir pensé.
    J’ai beau être toubib, je fais partie de ceux & celles qui trouvent qu’on pourrait « dé-médicaliser » certains moments de la vie, comme l’accouchement et la naissance (qui vont de pair). Il y a 20 ans tout juste j’étais interne dans un (tout petit) service de gynéco-maternité de province : 200 à 230 accouchements par an seulement. Si ce service existait encore, c’est que l’hôpital en question et à 60 km du CHU, 60 km du CH départemental, et à minimum 45 minutes du SAMU (allez, 35 minutes si l’hélico venait). Alors les femmes accouchaient encore pas trop loin de chez elles, la famille n’était pas loin, et avec pas tout à fait 1 accoucheemnt par jour, elle pouvait être certaine d’avoir la sage-femme ET l’interne rien que pour elles, et parfois le gynéco. Mais pas l’anesthésite (il n’y en avait que 2 pour les 30 lits de chirurgie, donc toujours occupés, donc pas de péridurale) mais elles étaient prévenues. Si un quelconque problème apparaissait lors du suivi de grossesse, on les orientait vers le CHU. Pendant mes 6 mois de stage, il y a eu en gros 150 à 160 accouchements, une vingtaine de césariennes et un décès pour un petit jumeau, qui n’aurait sans doute pas vécu même s’il était né au CHU. Certains jours il y avait 2 accouchements en même temps, la sage-femme prenait le plus difficile et moi le plus facile…
    J’ai adoré ce stage, ce n’était que du bonheur! Loin des usines à bébés de certains CHU, mais avec une présence médicale quand même, et on ne mettait pas les mamans dehors 2 jours après…
    Il est vrai que de médicaliser à outrance les suivis de grossesse et les naissances semble permettre d’éliminer le plus de risque (mais pas tous) mais à quel prix? Accoucher loin de sa famille, ne pas connaître la SF qui vous accouche, être dehors le surlendemain, c’est stressant au possible! Je crois qu’on aloupé une bonne occasion de réfléchir à « comment faire autrement ». On connaît les facteurs de risque,on peut diriger les grossesses à « haut potentiel » de problèmes en CHU, mais 96% des accouchements sont sans problème…
    Vaste sujet, tout comme l’actuelle concentration des jours de naissance entre le mardi et le vendredi 😉 alors qu’auparavant on accouchait tous le sjours de la semaine, quans c’était le bon moment…
    Juste une précision : je ne remets pas en question l’accouchement au CHU dans de grands services si il y a le plus petit doute, si le risque dépasse l’acceptable, mais que toutes les femmes aillent en centre de classe 3 (avec réa néo-natale intégrée) : non.

    • Ph. Renève

      Bonjour Fantomette
      Le premier c’était moi, désolé ! 😉

      Voilà le débat lancé. Le problème à mon sens est beaucoup plus haut que les considérations pratiques: c’est de savoir si on doit en matière de santé, pour dépenser moins, accepter une moindre qualité de soins et en conséquence des risques sur la santé et la vie des personnes.

      C’est le débat qui n’a jamais lieu, au moment même où les pouvoirs publics déclarent ouvertement vouloir réduire les dépenses de santé – et font ce qu’il faut pour ça.

      • Fantomette

        Le côté « vicieux » du truc, c’est que cette fermeture des petites maternités nes nous était pas présentée comme une économie MAIS comme une réduction du risque.
        Et que , en terme d’économies, les choses se dicutent (frais de transport, prix de la chambre de maternité-réa du CHU part rapport au prix de la chambre de maternité simple, etc.).

    • Ph. Renève

      Pour les accouchements en tous cas, la chose est claire: un gouvernement qui ferme des maternités de proximité sous prétexte qu’elles présentent des risques peut-il promouvoir des lieux d’accouchement moins bien équipés ?

  • Buster

    Moi qui, comme Philippe, ai une certaine expérience en ce domaine (mon accouchement s’est fort bien passé) je ne peux m’empêcher de penser à tous les autres pour lesquels l’aventure laissa des traces irréversibles.
    Si nous en croisons peu (ou même pas un seul) ici, j’ai souvenir dans une vie antérieure d’en avoir côtoyé un certain nombre, dont les mères accouchant certainement seules chez elles avaient du priver fort involontairement leur pauvre enfant de l’oxygène nécessaire pour l’irrigation du cerveau dans les première heures de leur vie.
    Certes ils survécurent…
    Mais, à voir leur comportement sur Avox ou ailleurs, j’imagine assez facilement le drame pour leur famille.
    La médicalisation parviendrait-elle enfin à éviter définitivement ces horreurs ?

  • Causette

    «Cette expérimentation est ni opportune, ni urgente. La mortalité infantile a été divisée par 3, nous n’entendons pas revenir en arrière», a plaidé Raymonde Le Texier (PS).
    Je suis plutôt d’accord avec Mme Le Texier.

    C’est quoi cette demande de Bachelot d’un vieux retour en arrière, où l’a t-elle mis au monde son petit Pierre? dans l’étable entre l’âne et le boeuf?

    Où se font-ils soigner nos ministres et ministresses? aux frais de la princesse!
    Les réformes et les économies ce n’est pas pour eux, les politicien(ne)s français qui mènent grand-train et exploitent tous les avantages! au nom de quoi en bénéficient-ils? pourquoi refusent-ils des réformes concernant leurs avantages en tous genres?

  • Léon

    Je suis content que Fantômette donne son avis autorisé. Personnellement je n’en ai pas, me déclarant incompétent dans ce domaine. Je voudrais toutefois dire deux choses :
    1) L’objectif de faire des économies dans le domaine de la santé là où c’est possible est selon moi un objectif louable, essentiel, même : le maintien de notre système en dépend. Je pense, par exemple, qu’il faut très vite créer des dispensaires ouverts 24>/24 et 365 jours par an tenus par des médecins généralistes pour désengorger les urgences, c’est à la fois un problème de coûts et d’efficacité pour les situations de réelles urgences. Donc l’argument « c’est juste pour faire des économies  » est pour moi un argument insuffisant.

    2)Le problème pour les partisans de la médicalisation poussée de l’accouchement c’est que la Hollande ( mais aussi d’autres pays) a de meilleurs résultats que la France en matière de mortalité néonatale et périnatale tout en ayant recours à des maisons de naissance. Mais aussi à des sages-femmes et des assistantes maternelles bien formées, il faut évidemment se méfier des corrélations, les bons résultats hollandais ont peut-être d’autres causes.

    3) Bien évidemment des mesures qui n’auraient d’autre but que de réaliser des économies, c’est-à-dire qui ne se préoccuperait pas d’éventuelles conséquences négatives sur la santé sont critiquables. On peut effectivement craindre que ce soit la seule logique de ce(s) gouvernement(s).

    • Ph. Renève

      Léon,

      Il semble que le classement médiocre de la France en matière de mortalité maternelle n’ait pas d’explication claire. Avant toute réforme dans ce domaine, il semblerait indispensable de déterminer quelles en sont les raisons…

  • Léon

    Il n’y a pas que la mortalité maternelle, il y aussi la mortalité néonatale et périnatale dont les chiffres ne sont pas terribles en France. Bien sûr il faudrait arriver à savoir pourquoi avant de faire quoi que ce soit.

    Un complément d’information :

    • Ph. Renève

      En matière de mortalité périnatale, sait-on si les pratiques de déclaration de décès sont les mêmes dans tous les pays, notamment pour la mortinatalité (enfants morts-nés) ?

  • Léon

    Evidemment non, surtout en raison des IVG. C’est pourquoi je crois que mortalité néonatale et infantile sont plus fiables. Mais je ne suis pas un spécialiste.