Entretien avec Jean-Pierre Grand

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Nous avons la chance en Languedoc-Roussillon d’avoir quelques personnalités politiques un peu atypiques, et deux d’entre elles m’intéressaient particulièrement. L’une est Georges Frèche que j’aurais aimé interviewer sur son côté « bâtisseur »  particulièrement passionnant, hélas, c’est désormais trop tard.
L’autre est Jean-Pierre Grand qui a en commun avec le précédent de se trouver parfois en délicatesse avec sa famille politique et son parti.
Ce député de l’Hérault, se réclamant du gaullisme social, villepiniste inconditionnel et fidèle prend régulièrement et avec fracas ses distances vis à vis de  la politique sarkozyste, refusant de voter certaines de ses réformes emblématiques, critiquant ouvertement telle ou telle orientation, au point même d’avoir été suspendu temporairement de l’UMP en 2007  et toujours sous la menace de l’être à nouveau.

Député de l’Hérault depuis 2002, c’est à la mairie de Castelnau-le-Lez, (banlieue de Montpellier qui doit sa notoriété soudaine  à l’affaire Bissonnet ) dont il est le premier magistrat depuis 1983 qu’il m’a reçu pour une heure d’entretien.

Sa vie d’homme politique.

Né à Montpellier, âgé aujourd’hui de 60 ans il a commencé sa vie politique très tôt en entrant au cabinet d’André Bord  en 1975, puis au service de Jacques Chaban-Delmas auprès duquel il travaillera jusqu’à sa mort en 2000. Elu une première fois au conseil municipal de La Cavalerie, une commune du Larzac, il sera également conseiller général et régional. À cause de la loi sur le cumul des mandats en 2002 il n’est plus « que » député de l’Hérault et maire de Castelnau, mais en ajoutant à cela son rôle très actif auprès de Dominique de Villepin, son emploi du temps est, comme je l’imagine pour beaucoup d’hommes politiques, très chargé.

À ma demande, il me montre comme exemple celui de la semaine en cours. Il est deux jours pleins à Paris, du lundi soir au mercredi soir. Les journées y sont très chargées, commencent généralement à 8 heures et se terminent à minuit passé, le mercredi matin étant systématiquement consacré à une rencontre d’une heure au moins avec Dominique de Villepin.

À l’évidence, une bonne condition physique est indispensable pour tenir un rythme pareil et ce vendredi après-midi, Jean-Pierre Grand m’a paru un peu fatigué, à moins que ce ne soit l’effet de mes questions oiseuses…

Lorsque je lui demande, de tous ces mandats qu’il a exercés, quel est celui qui est le plus intéressant, il me répond sans hésitation, celui de Maire. C’est la fonction dit-il, la plus variée et celle où l’on a un pouvoir d’action réel et immédiat. Il me montre ainsi, avec fierté, sur une étagère, les volumes reliées de toutes ses réalisations sur la commune. S’il me confirme qu’il y a des obligations ennuyeuses aussi, il me dit que, même lorsque c’est le cas, il rencontre du monde et éprouve du plaisir à être au contact des gens.

Le gaullisme

Dans une deuxième partie de l’entretien, j’ai essayé de dire à J.P. Grand mais aussi à destination de D. de Villepin que le gaullisme, s’ils s’en réclamaient l’un et l’autre était devenu un concept assez flou et qu’il avait certainement besoin d’être réaffirmé. En dehors d’une certaine « posture » sur le plan international, plus grand monde ne sait vraiment ce que c’est, surtout lorsque des gens comme N. Sarkozy prétendent s’en approprier l’héritage, ce qui brouille considérablement le message.
Pour avoir étudié en son temps, d’assez près, le gaullisme, j’avais ma petite idée sur son contenu. Mais lorsque j’ai essayé de la développer j’ai senti, chez Jean-Pierre Grand  une certaine réticence que j’ai comprise plus tard : c’est la crainte de faire référence à une définition archaïque et dépassée d’un « gaullisme de papa » qui le ferait apparaître comme passéiste dans un contexte devenu différent et mondialisé.
J’ai tenté d’exprimer mon désaccord, que si de Gaulle et le gaullisme étaient si populaires c’était au contraire dans ses fondamentaux comme l’unité nationale au-delà des origines et des clivages sociaux, religieux ou communautaires  ou dans cette « certaine idée de la France » et de sa grandeur et de son indépendance. Jean-Pierre Grand  semble plutôt insister sur les vertus morales attachées au gaullisme comme le souci du bien public, le courage, l’honnêteté en politique, les valeurs républicaines, bien que je lui fasse la remarque qu’un tel « programme » n’avait rien de bien spécifiquement gaulliste. François Bayrou, par exemple,  pouvait très bien s’y reconnaître.

Pourtant, en entrant dans les détails, le gaullisme réapparaissait bien : par exemple, JP Grand trouve absolument aberrant cette volonté d’alignement économique de la France sur l’Allemagne, qui  équivaut à s’imposer des contraintes monétaires et budgétaires qui n’arrangent que l’Allemagne et plombent, au contraire, la croissance française.  Il réapparaît aussi lorsque le député de l’Hérault fustige le débat sur l’identité nationale  qui a monté certains Français contre d’autres ou l’hystérie concernant les roms.

Lorsque je le supplie de transmettre à D. de Villepin de réaffirmer les garde-fous républicains comme la laïcité, il en est d’accord également. Lorsque je lui rappelle la « participation » comme idée gaulliste pour faire cesser les antagonismes de classes (même si j’aurais à dire sur la question) il est enthousiaste.  Il semble d’accord également que « l’unité nationale » ne puisse se concevoir sans un certain égalitarisme et donc des mécanismes correctifs des inégalités primaires.
Je ne sais si j’ai convaincu JP Grand de transmettre à D. de Villepin le message d’abandonner ces hésitations et ces pudeurs pour réaffirmer ces fondamentaux-là du gaullisme (et d’autres comme l’Etat fort, au contraire du message libéral). On verra bien…

La politique politicienne

Dans une dernière partie de notre entretien nous avons abordé quelques questions plus « politiciennes » .
D’abord je lui ai demandé s’il serait d’accord avec mon interprétation du remaniement, à savoir que son très fort contenu RPR me semblait très dirigé contre  Dominique de Villepin, un moyen de le priver des gaullistes susceptibles de soutenir sa candidature ( dont je signale, même si ce n’est pas un scoop, qu’au vu de notre entretien elle me semble certaine…).  Il m’a répondu que cela ne faisait aucun doute. ( Je ne crois pas pourtant avoir lu cette interprétation quelque part..). Mais il a ajouté que cela ne serait efficace que marginalement si, d’aventure, les sondages restaient, le moment venu, défavorables à Sarkozy.

En fin d’entretien nous avons évoqué l’affaire de Karachi. Même s’il avoue ne pas la connaître dans ses moindres détails, pour JP Grand l’existence des rétro-commissions est quasi-certaine et leurs destinataires une sorte de secret de polichinelle. En revanche, il est très sceptique sur le lien entre l’arrêt de leurs versement et l’attentat. Le délai entre les deux lui semble trop long ( 7 ans) . De plus, dans sa déclaration sur TF1 hier soir (dont le principe a été semble-t-il décidé au téléphone alors que j’étais présent dans le bureau de JP Grand ) D. de Villepin a indiqué que seules les rétro-commissions avaient été suspendues par Chirac, pas les commissions aux généraux et intermédiaires pakistanais, c’est-à-dire à ceux qui auraient été susceptibles de se « venger », ce qui rend la relation de cause à effet moins plausible. Pourtant, selon les journalistes de Mediapart qui ont mené l’enquête il y aurait des témoignages directs  qui le confirmeraient…

Je ne puis que remercier Jean-Pierre Grand de m’avoir reçu si gentiment et simplement.
Allez savoir : supposez trente secondes que le deuxième tour de 2012 ce soit Sarkozy contre de Villepin. Je voudrais éviter d’avoir à m’abstenir, ce serait la première fois de ma vie…

11 comments to Entretien avec Jean-Pierre Grand

  • Monique Peyron

    Bonjour Léon,

    Sans être trop versée en politique, j’ai bien peur que De Villepin = Sarkozy, en plus policé. Wait and see, mais sans illusion pour la France d’en-bas.

  • Léon

    Il fait tout pour s’en démarquer, pourtant. Wait and see, effectivement….

  • Ph. Renève

    S’il advenait que Villepin fût élu président (libérons les imparfaits du subjonctif puisque même Casse-toi 1er en étale), J.P. Grand serait ministrable.
    Il semble être très proche de lui, est-ce bien le cas, Léon ?

  • Léon

    « Très proche de lui » semble faible…

  • Monique Peyron

    Pas bras gauche quand même!!

  • Causette

    Bonjour Léon, très bien ça d’aller à la rencontre des élus. Je ne connais pas Jean-Pierre Grand mais après recherche j’ai trouvé cet article où il est dit que Sarkozy a dénoncé lundi à Alger le système colonial et appelé à combattre à la fois le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie.

    Assez incroyable et mensonger, tout de même, de mettre le racisme et la critique des religions sur le même plan! Lorsque nous critiquons la religion catholique et les discours du pape, sommes-nous racistes? est-ce de la cathophobie? bien sûr que non, en tant que défenseurs de la laïcité, la majorité des français défendent la loi de Séparation et demandent aux politiques de la faire respecter afin de prévenir tous débordements.

    réaffirmer les garde-fous républicains comme la laïcité c’est une des questions les plus importantes que nous devons poser aux candidat(e)s qui se présenteront aux prochaines élections.

    Dernièrement, le pape a comparé la laïcité à une dictature comme le font depuis des années les islamistes.
    C’est le monde à l’envers, alors que la laïcité garantit la liberté de culte pour chacun(e) en demandant que les manifestations religieuses respectent l’ordre public.

    Sarkozy en allant s’agenouiller devant le pape et en acceptant de faire des discours devant des assemblées de musulmans où hommes et femmes sont strictement séparés bafouent la loi de Séparation et sème la zizanie dans tout le pays.

  • Monique Peyron

    Mais n’est-il pas soutenu par certains pour créer et entretenir cette zizanie. Diviser pour mieux régner, il sait faire. Tout mélanger, opposer, et marcher sur la laïcité, le pire est qu’il est soutenu et suivi.

  • Léon

    Bien d’accord, Causette. La confusion règne…

  • yohan

    Ce sont ces mêmes gens qui, à l’instar des socialistes, ont pratiqué une politique d’immigration désastreuse, pour les uns au nom des « besoins vitaux » de l’économie et pour les autres au nom des bons sentiments… Avec eux, on a connu cinq ans d’immobilisme, la seule chose de mobile étant justement l’immigration incontrôlée…alors, non merci….

    • Causette

      D’accord avec vous Yohan.

      Certains politiques aiment à nous amuser et nous mentir avec leur Histoire de l’immigration. Car comme nous pouvons le constater en lisant cette Histoire révisée à la sauce politicarde, les vraies intentions à ces flux migratoires sont absentes : la connivence des politiques avec les patrons des grosses entreprises, CNPF/MEDEF, qui depuis des décennies font venir des hommes et des femmes de pays sous-développés pour faire descendre les salaires des travailleurs français et ainsi faciliter de mieux en mieux les licenciements en tous genres. Les travailleurs étrangers n’y sont pour rien dans cette double trahison, aux politiques d’assumer ce que les Français n’ignorent plus de leur hypocrisie.