« Le complexe d’Orphée », de Jean-Claude Michéa

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J’avais promis de vous parler du dernier livre de Jean-Claude Michéa, « Le complexe d’Orphée »

Malgré deux relectures j’avoue une certaine difficulté à en rendre compte d’une manière satisfaisante. Cela tient d’une part à la richesse du contenu, mais aussi à sa forme, assez particulière : le livre est construit comme des réponses à dix questions qui ont été posées à l’auteur par Stephane Vibert professeur au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Ottawa pour un ouvrage collectif consacré à George Orwell.
Mais la structure, déjà expérimentée dans ses livres précédents, en est complexe : du texte d’abord, avec des notes parfois volumineuses, puis des « scolies » qui sont autant d’appendices comportant elles-mêmes des notes et parfois des sous-notes…
Cela ne me gêne pas du point de vue de la lecture, en ce que cela correspond assez bien a mon tempérament personnel qui s’accommode d’incises, digressions, a parte ; mais pour en faire un résumé, c’est évidemment une toute autre affaire !
Bref, vous avez compris, je vais me la jouer modeste et me limiterai à ce qui m’a particulièrement frappé et intéressé, plus dans l’idée de susciter un intérêt  pour ce livre que de prétendre en faire un compte-rendu exhaustif.

Au fond, cet essai, à mon avis difficile a comprendre si l’on n’a pas lu son précédent, « L’empire du moindre mal » tourne autour de trois thèmes principaux.

1) Le progrès

D’abord, il tord le cou à l’idéologie du progressisme, l’un des mythes fondateurs de la gauche qui a fini par faire du mouvement en tant que tel, et indépendamment des buts poursuivis, une obligation. (« Désirs d’avenir », « Parti du changement »). Idéologie funeste en ce qu’elle considère toute référence au passé, tout enracinement dans un territoire, une tradition ou une culture comme, en soi, condamnable ou méprisable (le plouc, le beauf caricaturés par les Dechiens sur Canal Plus, étant un bon exemple de cette tendance). Ainsi cette gauche libérale n’admettra jamais que, dans le passé, quelque chose pouvait « être mieux », qu’il s’agisse de la qualité de la nourriture, de conditions de travail, de la civilité, du niveau des élèves, ou des émissions de télévision:
« Distinguer entre les bonnes et les mauvaises variétés du conservatisme (Orwell), représentait donc une tache politique prioritaire pour les partisans du socialisme. En revanche, du point de vue d’une gauche progressiste, libérale et « contestataire », un tel travail critique ne pouvait avoir aucune sens puisque c’est précisément tout le passé en tant que tel qui devait être refusé dans sa totalité. »
Ce que démontre Michéa , c’est qu’en épousant sans discernement cette idéologie du progrès et du « sens de l’Histoire » qui, comme Orphée, lui interdit de regarder en arrière, la gauche se rend, en réalité complice de l’extension du capitalisme, lequel a besoin de détruire tous ces enracinements qui constituent autant d’obstacles a son développement.

De ne pas avoir compris cela, la gauche s’expose a des contradictions logiques et philosophiques innombrables:

« On songe à la célèbre définition de Dominique Strauss-Kahn :  » Le socialisme, c’est l’espoir, l’avenir et l’innovation » (déclaration du 20 février 2011). Le lecteur aura, bien sur rectifié de lui-même. Ce que DSK définit ainsi, ce n’est nullement le socialisme (notion dont il ne doit même plus avoir le moindre souvenir). C’est seulement l’imaginaire de la gauche moderne ( ou, ce qui revient à peu près au même- celui du Fonds Monétaire International). »

Michéa ironise sur l’individu « Attalien » qui fait du cosmopolitisme, de l’agitation et du déplacement continuel un mode de vie, coincé entre deux avions et relié à une vie virtuelle par le fil tenu d’un ordinateur (ce qu’il appelle « la gauche-kérosène »). Il s’amuse, au passage, que cette gauche prenne à ce point fait et cause pour les Roms en faisant soigneusement abstraction qu’il y ait, chez eux, tout ce que cette même gauche critique ailleurs au nom du « progrès »: l’archaïsme d’une société patriarcale, clanique, machiste…

2)Le peuple

L’autre grand thème de ce livre (qui rejoint le premier, on le verra plus loin), est celui du peuple, des « gens ordinaires », ceux qui seraient porteurs de cette common decency orwellienne dont l’auteur s’efforce de préciser les contours.

Jean-Claude Michéa rappelle d’abord que la fusion entre le mouvement ouvrier et la bourgeoise libérale progressiste, pour constituer la « gauche » française n’est pas « naturelle », ne va pas de soi, qu’elle a une origine historique et un point de départ en France avec l’affaire Dreyfus. De ce constat on peut raisonnablement comprendre aussi que, donc, elle n’a pas obligatoirement vocation a durer éternellement… ( La justesse de cette prédiction peut se mesurer à l’aune du rapport de Terra Nova sur la nouvelle clientèle électorale du PS, ainsi que la montée d’une expression politique populaire qui abandonne le PS pour se réfugier dans l’abstention ou ces fameux « votes protestataires ». )

Par exemple :

« Invité a formuler les trois grands reproches historiques que l’on devrait adresser au quinquennat libéral de Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy (saint patron, avec Michel Faoucault, de la gauche moderne et toutes le associations citoyennes et sans frontieristes ) propose ainsi de retenir, avant tout, la « stigmatisation des Roms, la déchéance de la nationalité et l’emploi du mot « guerre »a propos de la lutte contre la délinquance (le Monde,du 4 aout 2010). Sans être un marxiste forcené, on peut penser que même un Jules Moch ou un Guy Mollet auraient su trouver des griefs plus radicaux contre la politique des patrons du CAC 40. »

( J.C. Michéa rappelle, au fond, une donnée essentielle de la compréhension marxiste de la politique: les intérêts du peuple (défini bien au-delà des seuls ouvriers de l’industrie, comme des « gens de peu », ceux qui ne sont pas intéressés par la conquête du pouvoir ou de la richesse) ne sauraient être confondus avec ceux de la bourgeoisie libérale qui se revendique d’une gauche mondialiste, immigrationniste, antiraciste, droitdel’hommiste, celle que l’on qualifie parfois de « bobos », parfois de « gauche-caviar », de « gauche quantique» sur Disons ou « gauche-kérosène » chez Michéa.)

Le rapport avec le thème précédent, celui de l’enracinement, est que la morale populaire, la décence, celle qui fonctionne sur le principe maussien, universel, du don et du contre-don, fondateur de toute société civilisée, a besoin de relations de face à face et donc d’une certaine stabilité, d’un enracinement dans un lieu, un voisinage, un métier, une entreprise, une culture et que les politiques du mouvement et de destructions propres au capitalisme ont pour conséquence de les détruire. L’insécurité est, en effet, une composante essentielle du mouvement capitaliste, même Madame Parisot l’admet, elle qui ne voit pas pourquoi l’emploi devrait être durable alors que tout est « précaire », y compris les relations amoureuses ( «La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi? » Le Figaro, 30 août 2005.).

Mais J.C. Michéa fait remarquer:  « Notons au passage, que si l’insécurité perpétuelle constitue bien l’un des traits les plus fondamentaux de l’ordre capitaliste, il devient difficile de présenter  » l’idéologie sécuritaire » comme le cœur même d’une politique libérale. »

L’auteur rappelle Castoriadis qui faisait remarquer que le capitalisme n’a pu se développer que grâce a des modèles anthropologiques qui lui sont totalement étrangers et qu’il est même incapable de produire : le fonctionnaire incorruptible, le commerçant honnête, l’ouvrier consciencieux, l’instituteur dévoué… Pire, même, le développement du capitalisme libéral a tendance à détruire ces modèles sans lesquels il ne pourra absolument pas fonctionner à moins de tomber dans un système de criminalité généralisée. (On peut imaginer ainsi la nécessite de mettre un policier derrière chaque citoyen puis de policiers pour surveiller les premiers policiers et ainsi de suite, ce ne sera que la marque d’une aporie, une impasse logique à laquelle le capitalisme sera conduit. )

3)L’infantilisation libérale

La partie sans doute la plus intéressante, mais peut-être pas la plus aboutie du livre, à mon avis,  est celle où l’auteur suggère quel type humain, infantilisé et régressif, le libéralisme fabrique (sous les applaudissements de sa gauche) en diffusant comme modèle culturel « progressiste », l’abolition de toutes les limites (qu’elles soient morales, institutionnelles ou écologiques).

Au fond l’homme libéral tel qu’il est en train d’apparaître et de se multiplier, est une sorte de bébé capricieux, narcissique et jouisseur dans l’immédiateté, qui n’a aucune considération ni conscience d’autrui, aucune limite, et dont l’horizon philosophique consiste à vouloir consommer tout de suite des objets dont le système programme l’obsolescence, au nom d’un soi-disant  « progrès ».

Le symptôme le plus évident en est la difficulté de plus en plus grande à exercer quelque forme d’autorité que ce soit par ceux dont cela devrait être normalement le rôle. Problème qui frappe, par exemple, les enseignants et les parents. (Il suffit de voir à quelles pressions sont soumis ces derniers par leurs enfants au moment de l’achat des fournitures scolaires pour comprendre à quel point les jeunes sont devenus des prescripteurs de consommations… )
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Voilà, me semble-t-il quelques thèmes importants de ce livre qui, comme tous ceux de J.C. Michéa, a le mérite d’être inclassable et très stimulant sur le plan intellectuel. Je suis un fan de la première heure en ce qu’il met des mots sur beaucoup de mes malaises et interrogations sur le sens que l’on peut donner au combat politique.

J’ai à titre personnel encore des incompréhensions sur un certain nombre de ses positions, j’espère pouvoir en discuter avec lui.

Je conseille bien évidemment ce livre tant il fourmille d’idées mais aussi de remarques, parfois assez drôles, sur des sujets que l’on imaginerait a priori très éloignés de ses préoccupations philosophiques.

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Petit florilège de citations trouvées dans ce livre:

« On connaît la plaisanterie de Jamel Debouzze.« Un électeur du Front National, c’est un ancien électeur communiste qui a été cambriolé trois fois » D’un point de vue orwellien, il y a sans doute plus d’intelligence et de vérité dans cette boutade que dans l’ensemble des travaux de la politologie universitaire. »
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« « Ah, que la vie était belle contre Franco! » Tel est, de nos jours, l’un des slogans anticapitalistes les plus populaires en Espagne. Voilà une formule qui témoigne d’une compréhension dialectique des rapports au passé, devenue assez rare de ce côté-ci des Pyrénées. »

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Les termes de « conservateur » (celui qui voudrait conserver les conditions existantes) et « réactionnaire » (celui qui voudrait » revenir en arrière ») ne peuvent évidemment définir des crimes de la pensée que si l’on adhère, au préalable, à une théorie du progrès et du sens de l’histoire. »

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« La science est le seul domaine intellectuel où les Modernes sont fondés à faire la leçon aux Anciens. »
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« C’est […] l’incapacité pathétique d’assumer cette dimension conservatrice de la critique anticapitaliste [….] qui explique, pour une large part, le profond désarroi idéologique (pour ne pas dire son coma intellectuel dépassé) dans lequel l’ensemble de la gauche moderne est aujourd’hui plongée. »

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«  Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance a leur club en termes de compétence ; mon expérience de dix-huit ans m’a convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre: la tolérance personnelle a la fraude »
(Paul Jorion)
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« La richesse-c’est a dire le privilège de pouvoir dépenser sans compter- finit toujours par corrompre le sens des réalités, puisque les caprices du riche, par définition, ne peuvent jamais buter sur les limites qui s’imposent a l’humanité ordinaire. »

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« Du point de vue d’une association libérale de défense des sans papiers, aucune différence ne peut (ni ne doit) etre faite entre des Tunisiens qui fient la dictature de Ben Ali et ceux qui fuient le renversement de la dictature de ben Ali »
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« Rappelons que pour Marx  » le lumpenproletriat dans toutes les grandes villes, constitue une masse nettement distincte du prolétariat industriel; pépinière de voleurs et de criminels de toute espèce, vivant des déchets de la société, individus sans métier avoué, rôdeurs, gens sans aveu et sans feu différents selon le degré de culture de la nation a laquelle ils appartiennent, (….) capables des actes de banditisme les plus crapuleux et de la vénalité la plus infâme » ( Les luttes des classes en France,1850). Je précise, à l’intention des universitaires de gauche que Marx ne se livre pas ici à un éloge. »

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« Le lumpen ( ou caillera) n’est rien d’autre que l’aristocratie financière des bas-fonds de la société libérale ou, si l’on préfère, la version cagoulée des traders de wall street. Sous leur opposition apparente, c’est donc bien le même type de comportement humain que célèbrent, chacun a leur manière, économistes de droite et sociologues de gauche. C’est ce que j’appelle « l’unité du libéralisme » »
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« Les partis de gauche ne semblent toujours pas avoir saisi l’essence de la stratégie du chiffon rouge que la droite libérale utilise méthodiquement contre eux. Les différentes provocations ( minutieusement calculées ) auxquelles cette droite se livre (….) visent en réalité a agir sur cet électorat (populaire) de manière indirecte c’est a dire en tablant machiavéliquement sur le caractère totalement abstrait (et de surcroît souvent grotesque) de la réaction politiquement correcte qu’elles ne manqueront pas de susciter mécaniquement chez les élites (…) et donc dans le petit monde incroyable et merveilleux du showbiz et des médias. En d’autre termes la droite libérale compte en permanence sur les réflexes pavloviens de la bourgeoisie de gauche pour provoquer la colère de l’électorat populaire ( qui, lui, est évidemment confronté à la réalité quotidienne) et de maintenir ainsi son emprise idéologique sur lui. »

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« Le célèbre théorème d’Orwell : quand l’extrême-droite progresse chez les gens ordinaires (classes moyennes incluses) , c’est d’abord sur elle-meme que la gauche devrait s’interroger. »
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J.C. Michea semble remettre en question le primat  materialiste de l’économie dans la détermination des comportements, qui constitue le paradigme essentiel de la sociologie de gauche.

« Dans tous les travaux que la sociologie politiquement correcte consacre habituellement aux populations « issues de l’immigration » , la communauté asiatique (malgré son importance numérique et le fait qu’elle doive affronter, en raison d’une évident distance culturelle, des problèmes d’intégration beaucoup plus importants ) est, en général , la grande oubliée. Il faut dire que la prise en compte des spécificités culturelles de cette communauté […] conduirait a remettre en cause bon nombre d’analyses sur lesquelles repose la bonne conscience (et le plan de carrière) d’une bonne partie des universitaires de gauche. »
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La logique libérale d’une égalité de principe entre l’enfant et l’adulte doit normalement aboutir a ne plus considérer la pédophilie comme une pratique condamnable.

« On retrouve de nos jours régulièrement cette revendication (en faveur la pédophilie) dissimulée sous l’appel récurrent de certains politiciens de gauche a ramener la majorité civique a 16 ans , afin de pouvoir abaisser mécaniquement l’âge de la majorité sexuelle a12 ou 13 ans. »
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La common decency même dans le foot ! ( le une-deux étant une excellente métaphore du don et contre – don maussien)

« Il est philosophiquement intéressant de noter que dans l’Angleterre,de la fin du XIXe siècle, les clubs de l’élite aristocratique et bourgeoise ( qui, a l’origine dominaient ce nouveau sport) pratiquaient le dribbling gamme ( jeu fonde uniquement sur le dribble et l’exploit individuel) . Ce sont les premiers clubs ouvriers qui inventèrent le passing gamme ( jeu fondé, à l’inverse sur l’art de la passe et le primat de l’organisation collective). Le 31 mars 1883 autrement dit, pour les amateurs de coïncidences, quelques jours seulement après la mort de Karl Marx,) la victoire en finale de la Cup, du Blackburn Olympic ( le club des ouvriers du textile et de la métallurgie) sur les Old Etonians (le club des élites libérales) constitue, de ce point de vue, une date symbolique, aussi bien dans la mémoire du prolétariat anglais que dans l’histoire tactique du football. »
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J.C.Michéa à France-Culture (Video, 48 mn)


19 comments to « Le complexe d’Orphée », de Jean-Claude Michéa

  • Vox.

    Vous êtes modeste, Léon, votre article est très intéressant et donne envie d’explorer cet essai. En commençant par « Le moindre mal », d’ailleurs.

    Déjà, la définition sur la couverture (« L’inclassable »), est extrêmement attirante, car c’est une caractéristique d’un nombre croissant, et certainement important, de citoyens, qui ne supportent plus d’être « classés » droite/gauche/néocecicela à partir de listes artificielles de caractéristiques qui ne rendent compte d’aucune homogénéité. (Effets-ravages des classification à l’américaine où, qd on donne à l’ordinateur « au moins 5 caractéristiques » d’un comportement, il vous crache « paranoïaque »… et c’est censé être un diagnostic.

    Il y aurait à dire sur les trois points que vous soulevez, je choisis le 1er point sur le progressisme parce que justement hier soir en regardant « La Maison France 5 », j’ai bien ri : une « designer en fonctionnalité d’objets » (!) ns ventait les nouveaux canapés où on peut s’asseoir, s’étendre etc.. et je me suis dit (les divans, ça parle aux psychanalystes) que quand même, même si les jeunes ont oublié que les romains s’étendaient sur des lits dans les salles .. à manger, notre culture nous imprègne profondément, et que nous réussissons à la transmettre de façon bien camouflée parfois.
    Dans la même veine, dans le catalogue Picard, l’article d’une « designer en goûts alimentaires » m’avait plongée dans des abîmes de plaisir, exactement comme les meilleurs mots d’esprit !
    Bon, je vais relire l’article plus attentivement.

  • Léon

    Je m’en veux un peu de m’être dégonflé pour la séance de signatures d’hier soir, mais la météo était vraiment exécrable sur Montpellier et je ne suis même pas sûr qu’elle ait été maintenue.
    Ce que vous me dites est gentil Vox, mais c’est par rapport au livre lui-même qu’il faut mesurer mon entreprise d’essayer d’en rendre compte.

  • D. Furtif

    Bonjour vous deux bonjour à tous
    Il y a longtemps que je n’avais pris un tel plaisir . C’est une sensation rare que cette joie « intellectuelle »

  • D. Furtif

    Au Lycée Balzac de la Porte Clichy
    J’avais 4h de Gym inscrites dans un emploi du temps, sur une semaine se terminant le samedi à 17h.Ce lieu et ce temps ont permis au mauvais élève que j’étais de vous fréquenter aujourd’hui.Merci à mes maitres.
    Je suis donc un réactionnaire de vouloir pour les enfants du 3è millénaire ce que la France épuisée et en reconstruction offrait aux siens.

  • D. Furtif

    Le capitaliste accepte de jouer
    .
    « C’est […] l’incapacité pathétique d’assumer cette dimension conservatrice de la critique anticapitaliste……son coma intellectuel dépassé….. »
    .
    Ce qui veut dire qu’il accepte de perdre. La bourse et son fonctionnement en sont une image parfaite.Le profit des uns est forcément la perte des autres.
    .
    =========
    Le travailleur lui n’a pas d’autre capital que lui même , il est amené à refuser ce jeu, ce que ne peuvent pas comprendre les bobos Terra Nova qui cherchent.
    le progrès pour eux dans l’intégration à cette société qui détruit et produit en même temps ( la concurrence- le marché)
    La libre circulation du capital apatride sans aucune contrainte___ le modernisme à la Delors ___ conduit à fermer les usines et les réinstaller ailleurs, voire à les fermer. Le but n’est pas de produire mais de conserver la marge de profit.Ces profits deviennent de plus en plus faibles si l’équipement en biens de production ( usines de haute technologie et travailleurs qualifiés) deviennent la règle.
    .
    Alors de temps en temps , il faut fermer les usines, ou les détruire en gros( la guerre)pour recommencer en jouant la même farce sinistre.

    .
    Les Terra Nova veulent à toute force faire avaler l’idée d’un monde de Bisounours où tout le monde ( entendre eux) serait gagnant.Ce n’est même plus du réformisme, ce n’est même pas de la collaboration avec le capital, ils se proposent d’être les meilleurs gestionnaires de ce capital.
    Combien de fois n’avons nous pas entendu cette affirmation?
    .
    Ils ne veulent plus changer de société, au contraire , ils se proposent de verrouiller et annihiler toutes les forces qui pourraient s’en charger. Le seul parti qui ose affirmer la pérennité du capitalisme aujourd’hui c’est Terra Nova.

  • Lapa

    très intéressante restitution. vais voir si je peux le trouver ce bouquin.

  • COLRE

    Oh là là… quel article ! merci Léon de ce décryptage intelligent et très clair.
    Je pourrai désormais me plonger dans ce livre avec des bonnes clefs qui m’en faciliteront la lecture.
    J’ai envie d’ores et déjà de te répondre sur un certain nombre de points, mais les idées se bousculent un peu…
    Autant je suis très en phase avec les 2 premiers points, autant je trouve le dernier plus discutable…

    Pour le premier point : j’adhère absolument à cette critique profonde du « progressisme ». Moi qui suis si facilement (et professionnellement) plongée dans le (lointain…) passé, je suis très sensible à l’inscription historique des idées, et à la comparaison entre présent et passé qui est loin d’être défavorable à ce dernier !
    Je me surveille néanmoins, par risque d’une tentation nostalgique pouvant conduire à une tentation réactionnaire… Bref : je me soigne.

    Deuxième point :
    Le déni schizophrénique de valeurs contradictoires ! c’est toute la gauche « quantique » qui en prend pour son grade ! ce que nous savons tous si bien, ici, sur Disons, sans doute est-ce même le ciment commun entre nous tous, au-delà de toutes nos différences.
    La référence aux sociétés roms est évidente, mais les cultures de cités sont tout aussi inacceptables pour des valeurs dites « de gauche » (culture de la soumission, du caïd, du « grand frère », de la chosification des femmes, de la « marque »)…

  • COLRE

    Le troisième point est plus équivoque : je suis apparemment d’accord sur la construction du « bébé narcissique, capricieux et jouisseur »… et pourtant, ne pourrait-on pas dire exactement l’inverse ? que derrière cette apparente satisfaction des besoins immédiats, du « jouissons sans entrave » bien connu, se cache en fait une mise au pas des individus, un bornage de toutes leurs libertés, un formatage de leurs comportements et de leurs modes de pensée autorisés (et puissamment recommandés !) ? Que mai 68 avec ses slogans libertaires est agité comme un chiffon rouge bien pratique pour mettre au pas la société qui serait tentée d’y rêver et de sortir des clous ? (68, c’est il y a plus de 40 ans !!!)
    La fausse liberté offerte dans les vitrines, les publicités, la high tech et tous les gadgets de consommation moderne est quand même un gros trompe-l’oeil, une grosse arnaque…

    Ce que je vois, au contraire, c’est qu’on a de moins en moins de liberté(s), de souplesse règlementaire, d’interlocuteur humain pour discuter et négocier face à face ou au téléphone sur les actes de la vie les plus banals, que la sous-traitance à tout-va dilue les responsabilités et les compétences et multiple les écrans au dialogue, à la discussion, au libre-arbitre…
    L’individu, dans notre société, loin d’être le bébé capricieux qu’on voudrait le convaincre qu’il est, pour mieux le culpabiliser et le contrôler, est au contraire un individu clivé, malheureux, frustré, appauvri, domestiqué, soumis aux diktats des hiérarchies, des DRH, aux intimidations des institutions opaques, au chômage ou menaces de chômage, aux entretiens d’embauche sadiques, à la déshumanisation de tout le tissu social…

  • Lapa

    la liberté individuelle est poussée à l’extrême, à tel point que des contraintes sociétales pourtant basiques font maintenant froid dans le dos à certains.
    Mais effectivement il faut y ajouter deux nuances:
    la liberté de jouir, mais uniquement de ce qui aura été normalisé et standardisé par le merchandising. même les trucs « hors normes » sont totalement cadrés
    enfin cette folle liberté individuelle en réalité a isolé et affaibli l’individu, qui de fait n’a peut être jamais eu autant dans sa vie d’arguments de type: « pas le choix ».

    à ce propos j’en reviens à un truc qui va me valoir d’être incendié par tous les féministes hystériques de ce forum 😉 si on prend l’exemple de la contraception. C’est indubitablement un progrès énorme et une liberté donnée indiscutable. Et pourtant quand on discute avec de nombreux couples, beaucoup n’ont pas d’enfants bien qu’ils le souhaiterait car « ce n’est pas le moment » « on n’a pas le choix » « on va attendre d’avoir 4 ans dans la boîte »..etc.. ce qui revient à dire que la contraception n’a pas seulement apporté la liberté d’avoir un enfant ou pas quand on veut, mais elle a apporté la contrainte de ne pas avoir d’enfant quand la norme du marché considère que ce n’est pas le moment.
    On est passé à avoir un enfant quand je veux à avoir un enfant quand on me l’autorise. Évidemment c’est une perversion subtile.

    l’outil en lui-même n’est pas en cause, mais sa corruption par une pensée sociétale qui finalement prive du choix premier des individus, et de fait n’exhaussant pas leur désirs profonds m’apparaît significatif.

    • D. Furtif

      Nabsolument bien vu Lapa
      Est-ce que le mieux le demeure s’il est devenu sournoisement obligatoire?

    • Léon

      Je vais te répondre Lapa, en citant Michéa lui-même :  » Le problème, c’est que le marché ne peut émanciper les être humains que selon ses propres lois […] . Ce qui signifie que chacune de ces « libérations » particulières demeure structurellement soumise aux lois générales de l’aliénation capitaliste( « La femme, qui se libère de la tyrannie de la tradition que pour se plier à celle de la mode », écrivait par exemple Chistopher Lash)[…].Seul un long travail critique, destiné à extraire ces formes d’émancipation partielles de leur gangue libérale, pourrait par conséquent, assurer à celles-ci la base véritablement humaine qu’exige une société décente.( p 214)

    • COLRE

      Les féministes hystériques ont souvent bcp mieux à faire que de répondre aux machos bourrins 😉 , mais en l’oc, elles te répondraient que pour faire un enfant, jusqu’à preuve du contraire, faut être 2, mais que pour l’élever, il faut aussi être 2, ce que tend à oublier notre société exclusivement organisée sur des règles patriarcales.

      Les femmes sous-payées (car elles risquent de tomber enceintes), les femmes freinées dans leurs carrières professionnelles (interrompues par les grossesses), les femmes au temps partiel (pour avoir le temps de leur troisième journée ménagère et familiale…), les femmes au chômage (car vieilles, c’est-à-dire au-dessus de 45 ans 🙄 , elles sont moins baisables/présentables encore que les « vieux ») et je ne parle pas des petites retraites de merde que la majorité des femmes subissent pour toutes ces raisons, et notamment les annuités manquantes passées à élever les gosses et les empêchant d’atteindre une retraite à taux plein…

      Voilà, je crois, ce qu’elles pourrait répondre à ta plainte sur les effets pervers de la contraception… 😆

  • Léon

    Tu as raison, je crois, Colre. En même temps, je l’ai écrit, si je sens quelque chose de fondamentalement vrai dans ce 3e point, c’est celui qui me semble le moins abouti de son livre du point de vue de l’explication. Mais il y a peut-être un début de réponse lorsqu’il fait remarquer que la logique de l’abolition de la frontière entre l’adulte et l’enfant doit conduire à ne plus considérer la pédophilie comme un crime. Pourtant, il observe dans son livre que la pédophilie devient le crime absolu, comme si la société libérale prenait peur tout à coup de sa propre logique. Peut-être cette observation peut-elle s’appliquer à ce que tu dis.

    • Lapa

      pour la pédophilie c’est effectivement assez étrange. D’un côté la tendance pédophile est sournoisement encouragée :
      canons de beauté se rapprochant de l’enfant (peu de volume mamaire, silouhette longiligne sans formes, minorité de pas mal de mannequins, épilation complète…), sexualisation précoce des addos et pré ados (vétements, attitudes, discours, modèles…)
      de l’autre c’est peut être un des seuls tabous restant avec le cannibalisme qui ne soit pas en train de tomber « dans le domaine public ». Pour ainsi dire, la révulsion est profonde et la société beaucoup moins conciliante.
      Certes les bons bourgeois de Paris ne vont pas se faire les petits rats à l’opéra, certes les affaires qui sortent suscitent l’indignation, certes on ne trouve plus en vente libre des revues vantant la sexualité enfantine, et Balthus ou Hamilton auraient du mouron à se faire.
      mais pour autant on ne peut dire que cet étouffoir annihile l’attirance de la pédophile, même light chez de nombreuses personnes. je reste persuadé que c’est une perversion bien plus développée qu’on ne le pense; évidemment elle ne donne pas lieu systématiquement à des abus ou des passages à l’acte. mais c’est quelque chose de beaucoup plus ancré dans la nature humaine, cette noire attirance de l’enfance, qu’une simple maladie d’une très petite minorité de personnes. et le merchandising joue là dessus sans nul doute.

    • COLRE

      Léon, c’est l’un des pbs que j’ai avec le concept de libéralisme qui est tellement mis à toutes les sauces qu’il a fini par se vider de sa substance sémantique… C’est un peu le croque-mitaine de toutes les explications, et qui marche à tous les coups !

      Ton exemple : le libéralisme « doit » conduire à la décriminalisation de la pédophilie. Or, on constate que ce n’est pas le cas. « Donc » c’est que le libéralisme prend peur et change son fusil d’épaule… A tous les coups on gagne 😉
      Car on pourrait dire tout aussi bien que la logique du libéralisme ne conduit pas plus que ça à l’autorisation de la pédophilie… Que les prémices étaient faux.

      Ce saussissonnage des causalités et des catégories nivelle les explications. « LE » libéralisme, en soi, n’existe pas… c’est juste un courant, une tendance, un aspect de la vie sociale, parmi d’autres… car les libéraux sont aussi des hommes comme les autres, des humains, avec femmes et enfants, avec des règles et des lois qui régissent leur vie, leur sécurité au coin de la rue, etc !
      Parler de LA logique du libéralisme me paraît aussi dénué de réalité et de pragmatisme que de parler DU marché et de ses « envies »… 😉
      C’est un peu des concepts attrape-tout…

      • Léon

        Colre, on ne peut pas dire que Michéa mette le libéralisme à toutes les sauces, il en a une définition très précise, d’ailleurs saluée par les libéraux eux-mêmes qui ont reconnu que son précédent livre, « L’empire du moindre mal » était l’une des réflexions les plus pointues sur la question, même si, évidemment ils en prennent plein la figure. La réaction anti-pédophile est ici analysée comme une réaction anti-libérale de la société qui sent plus ou moins confusément que le libéralisme la pousse dans un sens inacceptable. C’est un peu la même chose pour « le marché » : ici Michéa ne fait que reprendre les analyses des idéologues libéraux, ce sont eux qui en font un fourre-tout et le régulateur social universel, avec les droit et les tribunaux. Que le libéralisme n’ait pas réussi encore à s’imposer totalement est un fait, mais il commence déjà à produire un type anthropologique dont Michéa pense qu’il n’en est qu’à ses débuts. Nous ne sommes pas encore dans une société libérale, mais dans une société où plusieurs logiques s’affrontent.

  • COLRE

    Justement Léon, c’est pour ça que j’aime bien ses articles et interviews (puisque je n’ai pas lu ses livres) : il me semble avoir une appréciation assez simple du libéralisme et, en fait, j’aimerais vraiment comprendre ce que recouvre, pour lui, cette notion en 2011…

    Mon commentaire n’était pas une critique « en soi », mais l’aveu d’une incompréhension face à ce mot paraissant bon à tout faire, partout, tout le temps. Je finis par ne plus savoir en quoi il se distingue du capitalisme, du néo-libéralisme, du libertarisme.
    Bref : je ne suis pas intellectuellement satisfaite de l’usage d’un concept qui se contente souvent de condamner tout en faisant l’économie d’une analyse…

    C’est comme ça que je vois les choses, et c’est sans doute une insuffisance de ma part. Je ne dois pas être assez instruite sur ces questions historiques pour bien comprendre de quoi il retourne… Ce n’est pas mon domaine.
    Mais cette diabolisation du mot « liberté » me gêne, alors que c’est le capitalisme, caché derrière, qui me paraît vraiment toxique.

    Il me semble que le courant politique le plus dangereux, c’est d’abord le nationalisme. On finit par l’oublier après 70 ans de paix non stop sur le sol européen ! Alors que le capitalisme, qui n’est plus bridé par la régulation nationale, s’en donne à coeur joie et piétine l’individu qu’il exploite. Par réaction, un retour au national, gentiment rebaptisé « souverainisme », semble désormais une solution de rechange qui ne fait pas peur!
    Mais ne sommes-nous donc capables QUE de choisir la peste après le choléra ?
    Si j’ai apprécié le socialisme « décent » d’Orwell c’est qu’il est pratique, anti-théorique et anti-élitiste.
    Je pencherais à croire qu’il y a un libéralisme « décent » comme un socialisme « décent », alliés même, fondés justement sur l’échange et le commerce (le marché, l’innovation, la curiosité et l’aventure), la solidarité et la défense des faibles (l’empathie, le partage et la paix sociale).

    Je trouve donc dommage que le « libéralisme » soit jeté avec l’eau du bain capitaliste et la voracité libertaire et sans scrupule du toujours plus pour les plus forts.