Internats d’excellence. Une mesure sarkozyste à sauver…

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Trouver du positif dans le bilan de Sarkozy est difficile.  Mais j’ai tout de même trouvé trois bonnes mesures, d’importances très inégales, toutefois.

  • La gratuité dans les musées nationaux pour les jeunes de moins de 26 ans, qui a concerné, il faut le savoir, plus de 30 % des entrées  en 2011. Si seulement cette mesure pouvait être étendue aux salles de concert subventionnées comme les Opéras !
  • La suppression de la pub le soir sur les chaînes de télévision publiques. Un vrai bonheur, au point de rendre absolument insupportables les chaînes privées. Enfin, encore plus qu’avant…
  • Mais surtout, la création de ces internats d’excellence : une vraie réussite.
Il prouvent si besoin était que ce n’est pas en restant dans la complaisance ou le respect de ces soi-disant «cultures jeunes», «cultures urbaines» ou « cultures des banlieues » que l’on peut lutter contre les inégalités ou les discriminations et faire progresser ces enfants «défavorisés». Au contraire il s’agit de rompre avec l’environnement délétère dans lequel ils baignaient, leurs barres HLM, les grands frères, les imams moyennâgeux, les classes surchargées, les parents dépassés, les bandes, la télé-réalité et les consoles de jeux.
Rupture même avec cet aspect odieux de la tyrannie des « marques » puisqu’à la surprise un peu de tout le monde, les parents de l’un de ces internats (publics, il faut le rappeler !) ont voté massivement ( 73 %) en faveur d’un uniforme pour les élèves…

Ne nous y trompons pas, l’ensemble constitue une vraie révolution éducative. Enfin !  Et qui n’est pas sans rappeler l’expérience des voraces qui, elle aussi, avait choisi de rompre avec la médiocrité culturelle dans laquelle baignaient les jeunes de ces « quartiers ».

Le système est cher. On estime le coût par élève entre 3500 et 12 000 euros par an, suivant le niveau de classe, ce qui est à peu près le double de la scolarité traditionnelle. Le système n’est pas non plus généralisable, car il suppose non seulement des jeunes motivés mais aussi des parents concernés, et en outre il s’adresse à des élèves qui, au pire, sont « moyens » mais pas à des cancres pour lesquels ces structures et cet enseignement ne sont pas adaptés.

Actuellement 10 000 élèves sont concernés sur un total d’environ 12 millions, du primaire au prépas.

C’est donc coûteux, certes, mais n’est-ce pas là vraiment une cause nationale ? Peut-être la plus importante de toutes ? Une cause qui conditionne et la promotion sociale de ces catégories dites « défavorisées », et une future  main d’oeuvre qualifiée favorable à l’ensemble de l’économie, et une cohésion sociale et nationale retrouvée au détriment des communautarismes ?

Ne pourrait-on pas proposer ce deal-là aux très riches, mais aussi aux entreprises, histoire de leur faire passer la pilule d’impôts supplémentaires et soi-disant « confiscatoires »  ? Leur assurer que ce qu’ils paieraient en plus, irait à généraliser au maximum ces internats d’excellence ?  Ne pourrait-on pas rompre pour une fois avec le principe de non-affectation des recettes publiques qui oblige à mettre dans un pot commun toutes les ressources de l’Etat pour l’ensemble des dépenses ?
( Photo: Le Parisien)

18 comments to Internats d’excellence. Une mesure sarkozyste à sauver…

  • D. Furtif

    C’est bien là le problème . D’une main Sarko promettait à tous la lutte contre la culture de l’impunité mais de l’autre il distribuait tout ce qu’il pouvait aux copains de sa bande

  • Lapa

    Ne pourrait-on pas rompre pour une fois avec le principe de non-affectation des recettes publiques qui oblige à mettre dans un pot commun toutes les ressources de l’Etat pour l’ensemble des dépenses

    ce principe est déjà partiellement rompu par les crédits d’impôts. Néanmoins ce serait une erreur de revenir dessus.

  • COLRE

    Ces internats d’excellence ont été critiqués parce que ces expériences coûtent TRÈS cher, et que les établissements par ailleurs qui accueillent des centaines de milliers d’élèves sont quant à eux privés de tout.

    Mais, personnellement, ces institutions sont bien la PREUVE que le malheur et la délinquance sont bel et bien la conséquence de la pauvreté, de la misère culturelle dans certains foyers, de l’impossibilité pour des jeunes de s’isoler, de travailler chez eux, sur un coin de table de cuisine ou d’être laissés à eux-mêmes.
    Ces expériences sont la preuve absolue que les petits voyous auraient pu être préservés si la société avait fait plus d’efforts.

    Bien sûr, tant mieux pour ces qques jeunes qui ont été sauvés du pire et mis sur de bons rails pour leur vie future. Dommage pour les autres car l’esbrouffe sarkozyenne, comme toujours, fait de la com.

    Chiche ! que la gauche élargisse le procédé à bien davantage d’élèves en perdition.

    Comme disait S. Royal hier soir, au meeting de Rennes :
    « Certes l’éducation a un coût, mais l’éducation ça n’a pas de prix ».
    C’est exactement ce que je pense.

    • Lapa

      la délinquance conséquence de la pauvreté? bein faudra dire ça à Madoff, Sirven (celui du XXè hein pas celui du XVIIIè), de nombreux élus et pas mal de puissants en ce monde…

      la délinquance est une faillite morale avant tout et elle touche tous les milieux, d’autant plus quand le modèle de société est consumériste et sans repère.

      • COLRE

        « une faillite morale » de qui ? d’une prédestination quasi biologique du délinquant ? tu penses donc qu’un délinquant n’est pas amendable ? que son destin psychologique le conduit inéluctablement à la « faillite morale » ? et à la récidive ?

      • D. Furtif

        J’irais plutôt dans ton sens Lapa.
        Sans me faire trop d’illusion je crois que cette faillite morale est liée aux capacités d’impunité qui sont offerte dans tous les milieux et aux conséquences de cette impunité sur la formation psychologique des jeunes.
        Cette impunité a un prix quand elle est offerte à l’enfant puis à l’adolescent.
        Il m’est arrivé de voir des ados stupéfaits de voir telle ou telle conduite sanctionnée( en toute sincérité)en revanche j’ai vu des parents furieux d’être dévoilés dans leur complaisance.
        .
        Pour ce qui est des possibilités de rachat COLRE, sauf à rééducation du milieu dans lequel vit le jeune et de tout son système de références je ne vois guère d’espoir hormis une vigilance et une contention absentes auparavant.
        Peu de certitude tu vois.
        Du haut en bas de l’échelle sociale la délinquance se rencontre essentiellement se rencontre quand les moyens et l’opportunité trouvent le créneau du possible= l’impunité.
        Il faut oser affirmer contre tous les psychopedago de pacotille que la contrainte et l’obstacle et voire même la frustration à la satisfaction immédiate sont formateurs psychologiques et intellectuels.
        .
        Il est des milieux par absence de l’autorité parentale ,absence par contrainte ou par choix, où cette autorité valide la transgression voire elle s’en réjouit .

        • COLRE

          Si l’on veut faire une analyse de la délinquance, et prendre en compte les facteurs financiers, biologiques, familiaux, urbanistiques, géographiques, sexuels, ethniques… c’est pratiquement impossible, et il faut y aller avec doigté et humilité.

          Là, ce que je voulais juste pointer par une toute petite fenêtre vers la délinquance (les « internats d’excellence »), c’est qu’il y a une part TRÈS importante de l’environnent familial qui joue sur la réussite scolaire des enfants et sur leur aptitude à se construire raisonnablement dans la société.

          C’est d’ailleurs une telle banalité que mon but n’était pas de le souligner mais de rappeler à quel point la pauvreté appelle la pauvreté et à quel point tout cela est, comme très souvent, une affaire de moyens.
          Comme la société doit faire des choix, il faut juste savoir où elle place le curseur des moyens qu’elle est prête à dépenser pour l’éducation et l’instruction de ses jeunes.
          À ce moment-là, il y a deux réactions idéologiques :

          – la réaction plutôt de droite consiste à dire que la faute des échecs scolaires et de la délinquance en revient aux individus, aux familles ou à la perte des repères de moralité. C’est la sanction plutôt que la prévention (qui ne sert à rien puisqu’elle ne change pas les individus).

          – la réaction plutôt de gauche consiste à l’inverse à croire davantage dans l’instruction, dans le poids du milieu (familial, social, etc), dans les possibilités de construction morale de l’individu, dans l’évitement de la délinquance (police de proximité, plans sociaux, mixité de l’habitat social, éducation aidée…) plutôt que sa seule sanction.
          Sans aller jusqu’à prendre au pied de la lettre la formule de SR que je citais, oui, c’est en effet typiquement une réaction de gauche, de croire en l’individu et dans le progrès par l’instruction.

          • Lapa

            je n’ai fait que tempérer une affirmation qui me semblait un peu grosse et pour laquelle d’ailleurs je suis en désaccord. Pour moi il n’y a aucune preuve que la délinquance est la conséquence de la pauvreté, c’est faire preuve de naïveté comme Jospin (on se souvient de ce passage qui lui a sûrement valu la défaite) que de le penser. C’est effectivement, en simplifiant sans dénaturer, une balance entre d’une part le sentiment d’impunité comme l’explique fort bien Furtif et d’autre part l’empathie que la personne peut avoir. On pourrait caricaturer en disant que la droite s’occupe plus de la partie impunité (répression) et la gauche de la partie empathie (connaître autrui, éducation…). Oui c’est moral, mais la morale n’a rien de génétique aux dernières nouvelles.
            Considérer que la délinquance est la conséquence de la pauvreté, c’est considérer l’immigré qui arrive sans rien comme un délinquant officiel a priori, c’est surtout n’avoir strictement aucune explication à la plupart des actes délictueux (un viol par exemple? le type était pauvre ou alors considérait-il cela comme naturel? ou pensait-il que le fille parlerait pas?, rare également sont les actes perpétrés pour survivre…) et puis c’est insultant pour les gens en difficulté dont la grande majorité reste honnête. Pour ma part la responsabilité individuelle prime avant toute chose. La personne est libre de ses actes et choix, l’amendement est ainsi parfaitement possible.

          • COLRE

            Lapa, tu interprètes au-delà de mon propos, tu me prends pour une gauchiste hallal 😉 … Je te dis que c’est une question d’idéologie. J’avais oublié de rappeler aussi la fameuse distinction « réalisme » (de droite) / « angélisme » (de gauche)… et bien sûr tu y plonges en évoquant Jospin (et ce n’est certainement pas cela qui lui a valu sa défaite).

            Je ne peux que te dire que je n’y crois pas. Le tout sécuritaire/sanction, ou le « tout prévention », c’est aussi inefficace l’un que l’autre. Il faut les 2, intelligemment additionnés et adaptés, car il n’y a qu’un seul objectif : éviter la récidive. A moins de laisser tout le monde en prison pendant toute leur vie, le risque de récidive est constant dès que la personne sort de prison.
            La politique de prévention n’est en aucune manière « naïve » et la preuve en est que, de l’avoir cru après le matraquage médiatico-politique depuis 2002, n’empêche pas la délinquance et la criminalité d’augmenter.
            Avoir coupé tous les liens avec les milieux sensibles à la délinquance par pure idéologie sécuritaire (puisque, tu le sais bien, les policiers n’ont pas à jouer au foot avec les djeunes…), le fait est que ces milieux se sont radicalisés et ont constitué des cités de non-droit où les caïds dominent et terrorisent. Même les flics n’y vont plus, ou alors, avec toute l’armée derrière !
            Cette solution fut une catastrophe.
            Il n’y a plus de réseau, d’information, de proximité avec la population qui est dans sa quasi-totalité honnête et dépassée… Les kalachs sont de sortie, on tire sur les flics comme à la foire, et la police ne sait rien et doit regarder ailleurs.

            Maintenant, tu peux en effet penser différemment, et rien ne pourra nous départager… 😉
            (car on ne refait pas l’histoire)

            PS : je n’ai jamais dit que « pauvre ➔ délinquant », bien au contraire ! Causette et moi avons toujours réagi à cette équation indigne pour tous les pauvres qui restent honnêtes. Je parlais de tout autre chose, je pense que tu l’as compris.

            • Lapa

              non je te prends pas pour une gauchiste halal, je pense qu’on est assez d’accord. C’est une question de balance comme je le dis, j’ai juste essayé de tempérer un propos qui pourrai coller à certains excités trouvant des excuses sociétales à tous les comportements et dont je te voyais mal ambassadrice. 😉

              après le débat sur comment doit bouger la balance…

              Pour la naïveté je me référais bien sûr aux propos de Jospin qui disait (de tête) qu’il avait été naïf de croire que la baisse du chômage entraînerait la baisse de la délinquance. Propos qui lui valurent alors un très beau tacle de Chirac comme quoi ce n’était pas de la naïveté mais une faute. A partir de là, Chirac reprendra du poil de la bête lors de cette campagne électorale de 2002. (la flemme de retrouver els images d’archives 😉 )

            • COLRE

              Pour les images d’archives, je peux t’aider 😉 certaines se sont gravées à jamais dans ma mémoire : tout a commencé au raout du 14 juillet 2001 à l’Elysée, Chirac s’est concocté un petit discours sécuritaire aux petits oignons. J’en étais un peu sur le cul car il n’y avait pas le feu en la demeure, mais, tout de suite, j’ai compris… Les journaux ont vu LE sujet de la campagne. Après, TOUT était sécuritaire ! on en a mangé jour et nuit, je me souviens des histogrammes sur les sujets traités par les JT : les petites histoires de délinquance occupaient plus de 55 % des thèmes sur TF1 !

              Bien avant Papy Voise, tous les jours, tous les jours, son cambriolage, sa mamie attaquée, sa voiture brûlée, son buraliste braqué, ses témoignages de vieux, de peur… dingue ! C’est dans ce contexte que Jospin (trop con) a baissé la garde, avec son honnêteté de parpaillot, qui « avoue » une forme d’angélisme… quel con ! tu penses… les journaux en ont fait leurs choux gras, comme le président « usé et fatigué »… quelle manipulation !

              Et pour finir avec Jospin, il n’a perdu que de 190 000 voix ! (16,18 % au lieu de 16,86 pour Le Pen). Chirac n’en a eu que 19% et quelques.
              Il faut aller regarder les chiffres des soutiens de la Gauche plurielle en regard de ces 190.000 voix manquantes, c’est à désespérer :

              1 518 528 (Chevènement)
              1 495 724 (Mamère)
              1 630 045 (Arlette)
              960 480 (Hue)
              660 447 (Taubira)

              TOTAL : 6 265 224… 6,2 millions… 😯 😯 pour 190 000 manquants… Tu te rends compte ?!

              Enfin, j’aurais encore beaucoup à dire sur cette triste époque. On n’en serait pas là aujourd’hui si Jospin avait été moins orgueilleux (et moins con avec son crétin d’ami Allègre…) et un peu plus cynique ou un zeste plus politicien.

              ah là là… 🙄

  • Léon

    Nous sommes d’accord…

    • Léon

      JC Michéa a bien expliqué dans je ne sais plus quel livre, la proximité idéologique entre la délinquance des riches et celle des pauvres. En particulier, à quel point les « racailles » de banlieue sont les pires victimes de l’idéologie ultra-libérale. La pauvreté ou la richesse oriente la délinquance dans telle ou telle direction, mais dans les deux cas on est bien face à un phénomène culturel, éducatif. Vous avez tous les deux raison. D’ailleurs l’instruction obtenue grâce aux internats d’excellence ne garantit nullement la moralité de ceux qui en sortiront…

      • COLRE

        Oui, comme je viens de le répondre à Lapa et à Furtif ci-dessus, on a tous les 2 raison puisque c’est une simple question idéologique et je ne vois pas quels critères objectifs pourraient départager ces 2 analyses.

        On a, comme toujours, la vision noire et pessimiste de l’individu (plutôt de droite), et la version plus lumineuse et optimiste (plutôt de gauche). La version « biologisante » de la société (l’immoralité se retrouve partout quoi qu’on fasse) et la version « éducative » (de Jules Ferry à Ségolène Royal – même à la schlague ! 😉 )

  • COLRE

    Quant à la gratuité des musées nationaux ou la suppression de la pub, ce sont des questions d’un autre ordre pour lesquels il faut s’interroger : qui paye ?
    Car, derrière l’apparente « gratuité », nous payons, bien sûr…

    Pour la pub, il y a un truc très amusant : le président avait voulu faire un cadeau au frère Martin qui se plaignait de partager la manne publicitaire avec le service public. Aussitôt dit, aussitôt fait.
    Mauvaise pioche… L’ami Bouygues et TF1 ont vu aussitôt baisser leur audience de téléspectateurs qui préféraient ne pas subir la pub sur F2 ou F3…
    J’ai toujours adoré les arroseurs arrosés. 😆

  • Léon

    Pour ce qui est de la gratuité dans les musées nationaux, la mesure s’est révélée, à ce que j’ai lu, assez peu coûteuse et très efficace. Les musées ont perdu les recettes des jeunes qui y allaient déjà mais comme les parents y allaient plus souvent avec leurs mômes cela a bien compensé. Quant aux autres, ils ne seraient probablement pas venus sans cette mesure.

    • COLRE

      pas si simple, Léon, voici deux articles (malheureusement l’un d’eux renvoie à un nartic payant) qui expliquent que « l’opposition gratuit / payant n’est pas pertinente pour les musées et la gestion du patrimoine, où tout un spectre jouant entre gratuité et droits d’accès est déjà en place ».

      L’autre est assez intéressant et montre aussi les dangers d’une gratuité des collections permanentes qui sont des « produits d’appels » à une industrie artistique qui rapporte, avec les grandes expos, une dérive marchande, en qque sorte.

      Sujet compliqué, il faudrait y réfléchir davantage…

      • Lapa

        la culture et le pognon… y’a de quoi écrire des livres dessus! ce n’est pas simple effectivement sauf à aller dans une logique d’entertainment à l’américaine…