Abus d’Internet: les leçons d’un piège monté par un enseignant

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En raison de notre pause, l’article vient un peu tard car pas mal de journaux ont déjà parlé de cette histoire. Mais cela vaut la peine d’y revenir car elle met en lumière plusieurs problèmes éducatifs et pédagogiques importants.

Si la triche des élèves et des étudiants a toujours existé, je l’ai vue, moi, se développer d’une manière exponentielle à partir des années 80 (donc avant le Web et la massification d’internet).

Cela s’est produit dans un certain contexte politique, social et moral dont il n’est pas possible de passer le rôle sous silence. C’est la période du déferlement de l’idéologie ultra-libérale, des années Tapie, de la gauche-caviar, de la fin des utopies sociales avec l’effondrement du mur de Berlin. Plus rien n’avait d’importance à part la réussite à tout prix. C’était flagrant. Il suffisait de parler de la triche avec les élèves et les étudiants de cette époque-là. Elle était considérée comme tout à fait normale et se faire prendre, rien d’autre que les « risques du métier». Aucun scrupule vis à vis de ceux qui ne trichaient pas, aucun doute sur le  mensonge à l’égard du prof, aucune réflexion sur sa morale individuelle et même pas de compréhension des limites du genre. Probablement pensaient-ils qu’en toutes les circonstance de la vie, y compris dans l’emploi, un tel comportement était possible avec aussi peu de risques qu’au sein de l’école.

Evidemment, avec l’avènement d’internet et des smartphones on est passé du stade artisanal du point des vue des moyens, à un niveau quasi-industriel. Les structures éducatives n’étaient absolument pas préparées à affronter cela, et ne le sont d’ailleurs toujours pas. Une première alerte, pourtant, avait déjà eu lieu avec les calculatrices qui, en se perfectionnant, avaient bien embarrassé tout le monde…
Je me souviens que lors de mes dernières années d’enseignement, avant toute correction d’un devoir j’étais obligé de passer plusieurs heures à chercher ce qu’il y avait sur le net pour vérifier la réalité du travail des étudiants.

Il faut avoir également à l’esprit que dans certaines disciplines, pour les profs, inventer leurs propres sujets de contrôles peut être long et fastidieux. Et surtout, dans les classes d’examens, ils aiment bien poser des sujet déjà tombés, puisés dans les annales, car ils sont sûrs d’être dans le vrai du point de vue des thèmes, de la difficulté, de la longueur etc. Comme, de plus, dans certaines disciplines (Economie-Droit, par exemple) , les programmes changent peu, à force, ce sont toujours les mêmes sujets qui reviennent sous des formes différentes. Bref, pour ces sujets d’annales, c’est encore plus facile de trouver des corrigés de toute sortes, gratuits ou pour des sommes dérisoires, sur Internet.

Alors venons-en au piège qu’a monté ce prof de lettres.  Je vous le résume ici, mais il est raconté en détail sur son blog.

Pendant son congé d’été, il a été chercher un poème baroque totalement inconnu et a commencé à truffer le Web de faux commentaires à son sujet, il a modifié l’article de Wikipedia consacré à l’auteur, fait lui-même les questions et les réponses sur des forums d’étudiants et a été jusqu’à soumettre de faux corrigés à deux sites payants , Oodoc.com et Oboulo.com, qui les ont pris sans sourciller.

Et, évidemment, à la rentrée il a posé son sujet, en devoir à faire à la maison, et attendu les copies.

Le résultat est accablant : sur 65 élèves, 51, soit plus des 75 % avaient pompé peu ou prou ce qu’ils avaient trouvé sur le net, recopiant parfois les interprétations les plus farfelues glissées volontairement.

Mais le procédé soulève quelques questions et les conclusions qu’en tire cet enseignant méritent d’être approfondies.

Il a, certes, retiré auprès de ses élèves un grand prestige pour les avoir ainsi blousés. Mais il y a quelque chose, là, qui me gène dans le principe : en montant cette supercherie, cet enseignant de 36 ans se déplace exactement sur leur terrain et répond à leurs tricheries par une autre tricherie. Il apparaît ainsi, simplement, comme un tricheur plus fort qu’eux…  A aucun moment la tricherie n’est condamnée en tant que telle, seule son utilité est remise en question car cette manip est supposée leur démontrer qu’internet n’est pas fiable…

Autre objection : à partir du moment où il choisit un auteur très marginal et un poème inconnu, cela veut dire que l’information disponible est elle-même très rare, que ce soit sur Internet ou ailleurs et donc je ne vois pas comment les élèves auraient pu vérifier, recouper quoi que ce soit, sauf à relever des incohérences internes à ce qu’avait semé le prof sur le Web. Si on a bien compris, le devoir était infaisable et donc il ne faut pas s’étonner que les élèves aient cherché un moyen de s’en sortir. Ce n’est donc pas tout à fait probant…

En revanche je partage, mais partiellement seulement, sa conclusion sur l’efficacité éducative, ou pédagogique, plutôt…  :

« Les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l’égard d’internet va même à l’encontre de l’autonomie de pensée et de la culture personnelle que l’école est supposée leur donner ».

Pour montrer la limite de cette conclusion, il suffit d’aller sur un site de geeks sans doute fréquenté par des jeunes:

Apprendre à apprendre….

L’article qui y rapporte cette supercherie, se termine ainsi :

« Peut-être vaut-il mieux accepter que l’accès des élèves au numérique est désormais une donnée, et composer avec cette nouvelle donne. Si l’on dit aux élèves qu’ils peuvent recopier ce qu’ils trouvent sur Internet, car ça n’est pas l’exactitude des informations qu’ils trouvent qui est notée, mais la qualité du raisonnement qu’ils déploient grâce à ces informations, l’école aura certainement fait un grand progrès. Il faut que l’école serve à « apprendre à apprendre ».

J’ai entendu ça des millions de fois par des élèves qui renâclaient à « apprendre par cœur » ou même apprendre tout court, mettre en jeu et faire fonctionner leur mémoire.

Qu’on m’explique comment on peut « apprendre à apprendre »… sans jamais apprendre ? L’intelligence (ou le raisonnement, pour rester dans des termes plus précis) ne peut fonctionner dans le vide, c’est comme si on espérait se muscler en soulevant du vent ou apprendre à jouer de la guitare en faisant de «l’air guitar» (pratique imbécile qui consiste à mimer un guitariste de rock, pour laquelle on organise même des concours !)
Par exemple, lorsque l’on pense, on le fait avec des mots. Des mots qu’on a appris et qui restent en mémoire. Sans eux aucune pensée, aucun raisonnement ne sont possibles et espérer s’en remettre à des mémoires externes pour éviter de mettre en œuvre sa mémoire « interne » est un leurre et une impasse, aussi sûr que 2 et 2 font 4.( Au passage, on ne dira jamais les ravages de la pensée qui ont été la conséquence de l’utilisation du « blanc » qui permettait d’effacer ce que l’on venait d’écrire dans une copie… )

Le principal défaut de ce pillage perpétuel sur internet est de permettre, sous l’inclinaison d’une paresse naturelle, d’éviter cet effort. Vous n’imaginez pas à quel point les enseignants sont parfois obligés de ramer pour leur faire perdre cette habitude du « sampling ». Elle est à ce point ancrée chez eux qu’ils ne comprennent même pas qu’on mette 01 /20 à une devoir de ce genre ( pour l’encre, le papier et l’effort de recopiage) : « Mais M’sieur, j’ai passé une heure sur internet à chercher… ».  J’ai même eu des parents qui sont venus me chercher des noises parce qu’ils trouvaient que j’exagérais et ne récompensais pas « l’effort de recherche » de leur fille, élève de terminale, qui s’était contentée de recopier, en alternant, les paragraphes de deux corrigés différents d’un même sujet.

Même si j’ai des objections sur la méthode et les conclusions, au  moins faut-il remercier chaleureusement ce prof de lettres d’avoir porté sur la place publique ce fléau.

Mais encore faudrait-il  réfléchir en quoi internet est spécialement concerné… Autrement dit si mon élève en question avait recopié sur des corrigés « papier » et non fait des copiés-collés de pages web, qu’est ce que cela aurait changé ?  A mon avis deux choses : si l’on prend le pari que l’élève est mû par une loi du moindre effort, sa paresse devant un texte papier l’incite à le lire, à essayer d’en comprendre le sens et à le résumer à sa manière pour que se copie manuelle soit la plus simple possible. Alors que devant une page web, c’est le copier-coller, qui ne l’oblige pas nécessairement à cet effort de réinterprétation, qui est le plus facile. Autrement dit, l’étape de mémorisation-structuration, celle qui me semble essentielle, est sautée. La fameuse « prise de tête » dont ils ont horreur…

Je serais très intéressé de savoir comment les élèves de ce professeur se comportent depuis.

17 comments to Abus d’Internet: les leçons d’un piège monté par un enseignant

  • D. Furtif

    Comment faire la leçon aux élèves quand on voit les requêtes scandaleuses d’étudiants bien plus âgés se prétendant en recherche de mémoires voire de thèses s’invitant sur des forums spécialisés et posant des questions si basiques qu’elles dévoilent leur ignorance totale du sujet.Ils n’en connaissent pas les premiers rudiments.
    Nous connaissons tous , des gens qui se prétendent professeurs d’une matière dont ils n’ont même pas franchi la porte des amphis.
    Ces gens là vivent dans un monde de l’esbroufe et du bling bling , ils l’importent dans des lieux que l’on pourrait croire protégés.Ils ne comprennent pas que la réponse est souvent sans grand intérêt mais que la recherche , elle , quand elle est bien conduite , apporte des enrichissements et des attitudes de travail profitables sur la durée.
    Mais ……
    Mais qui pourrait leur en faire le reproche.Qui pourrait objecter quand on voit le succès consternant de plagiaires reconnus .Il parait même que la récompense ultime lui serait décernée.
    Ce besoin de faire comme si cette obsession de remplir l’écran conduit au plus furieux délire .
    .
    Mais que peut faire un pédagogue devant la connivence des fraudeurs avec ceux qui continuent à leur dérouler le tapis rouge.

  • D. Furtif

    Pour ma part , j’ai dès les années 70 inventé une méthode éradiquant complètement la bidoche.
    J’invitais mes élèves, le jour de l’épreuve, à amener leurs manuels et leurs classeurs d’histoire geo et posait des sujets forcément de synthèse.La difficulté pour eux était d’aller les chercher et donc d’avoir au minimum une idée sur le chapitre où était inscrite la réponse en toutes lettres.
    Évidemment la correction était plus laborieuse. Mais ça c’était mon problème
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    L’exemple était venu d’en haut avec la fameuse pédagogie du document voulue par le Ministère qui de proche en proche a contaminé les épreuves d’examen qui sous l’apparence du sérieux et d’un attirail de photocopies nombreuses et rébarbatives masquait la vérité prosaïque d’un travail de tri et de recopiage
    Toutes les réponses était offertes dans les documents .
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    On peut peut-être conduire une réflexion sur la tendance des élèves à rendre des fac-similés de devoir.Ne faut-il pas voir dans l’évolution de la pédagogie et de ses prétentions technicistes et imparables ( donc adoptable et transposable dans les classes, telles quelles dans tous les cas) l’invitation , la proposition aux élèves à s’adapter à une telle pratique en rendant un travail correspondant à ce niveau d’individualisation « zero »

  • D. Furtif

    Euhhhh encore

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    La question n’est pas faut-il laisser l’élève piocher dans internet pour trouver des réponses?
    Bien évidemment que oui , il faut.
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    La seule question pour l’élève et par conséquent pour le professeur qui va le corriger, est = ➡ La réponse est-elle bonne , oui ou non.
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    Car , …là je vous parle encore d’une de mes pratiques peu orthodoxes.
    Le jour de l’épreuve , les élèves ne disposaient pas seulement de cahiers et de livres mais encore de la totale liberté de « se renseigner »
    C’est ainsi que je pouvais voir des élèves affichant habituellement un désintérêt poli pour la Conquête de l’Ouest, protester et se traiter de ridicule au « marché de la bonne réponse » . Les questions qui n’avaient pas soulevé une grande émotion pendant les cours revenaient à l’ordre du jour , mais cette fois ci : entre eux .
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    – » Mais enfin M’sieur dites lui que c’est idiot ce qu’il raconte »!
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    Ce jour là, hélas pour interpellateur, le prof, si bavard d’habitude, mimait la bouche cousue .
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    Une expérience de 35 ans m’a amené à proposer , puis certifier cette hypothèse.
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    Sur un marché libre et sans contrainte de la réponse.= La bonne n’a aucune chance
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    C’est un fait . Quand une bonne réponse est inscrite sur une copie , elle n’a aucune chance d’intéresser le voisin. En revanche le succès des mauvaises est ahurissant.Je l’ai vu se vérifier jusqu’à la veille de ma retraite. Il y a de la contamination la dedans. En circulant entre les tables , jetant un regard de ci de là , je pouvais voir éclore des bonnes réponse puis les voir disparaitre sous la pression des mauvaises.
    Une année j’ai vu une rangée entière de « Le climat allemand est japonais et syndiqué »
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    Si vous connaissez des adolescents vous savez combien ils aiment à jouer des personnages.
    L’intérêt de cette apparence de laxisme est de dévoiler une variété particulièrement pernicieuse de potache.Le petit saint
    Il n’en est pas un, évidemment , et c’est un plaisir pour tous de lui faire admettre.
    En même temps , le rebelle , le bordélique, est tout surpris et tout confus de voir que son caractère de cochon lui a fait conserver l’autonomie de ses neurones.C’est fou ce qu’une bonne réponse peut briser une réputation!
    J’ai connu, je connais bien des adultes qui en sont toujours incapables

    • COLRE

      Amusant, Furtif, j’ai testé les mêmes pratiques peu orthodoxes que toi : leur laisser toutes leurs notes le jour de l’exam. Mais je les prévenais : si vous n’apprenez pas vos cours, vous ne pourrez pas les consulter sans une perte de temps phénoménale et ce sera la cata.

      Et bingo ! j’ai eu là les plus mauvaises copies, car évidemment ils ne révisaient jamais suffisamment leurs cours… (comme disait Alphonse Allais, « pourquoi apprendre ce qu’il y a dans les livres puisque ça y est »… 😉 )
      J’ai préféré la solution de parler un peu avec eux avant qu’ils ne se lancent. Ça marche pas mal pour les étudiants moyens ou les mauvais. Ils sont plus détendus et n’ont pas peur de partir dans la mauvaise direction. Au final, la hiérarchie des talents est toujours respectée dans les résultats, mais les copies sont meilleures.

  • Lapa

    Voilà un sujet absolument passionnant et très vaste!

    Intéressé par le thème et alléché par l’histoire je m’en suis parti lire les liens. J’ai été un peu déçu. le constat initial du professeur est pourtant intéressant et accablant, cela concerne la triche pendant les examens. Cependant, le piège qu’il monte (avec grand plaisir ce qui personnellement me gène car on a l’impression qu’il « se la raconte » ) possède deux défauts majeurs:
    1- il s’effectue sur du travail documentaire à la maison, à partir de là, l’utilisation des ressources internet n’ont pas grand chose de blâmable (on va y revenir) et c’est idiot de l’amalgamer à de la triche (comme lors d’un examen surveillé par exemple).
    2- le sujet est tellement anodin et pointu à la fois que de toute façon, mis à part les informations, fausses, qu’il avait mises sur le net, il ne devait exister nul part aucune autre information disponible, ce qui réduit d’autant la porté de sa démonstration (pour démêler le vrai du faux, encore faut-il que le vrai existe!).

    Toutes les conditions étaient donc réunies pour que le piège fonctionne à grande échelle, ce qui en soit le rend finalement plus très intéressant.

    Internet comme ressource pour le travail personnel.

    Je vois pas comment on peut s’imaginer qu’internet puisse être confiné pour tout travail personnel. Car enfin, en admettant que ce réseau n’existe pas, le travail personnel consiste à se servir de ses connaissances, d’accord, mais surtout (parce qu’en première on n’est pas supposé être un spécialiste de la poésie médiévale), à se renseigner et chercher de la documentation pour l’intégrer à notre devoir. De mon temps on faisait quoi? bah on allait à la bibliothèque, on prenait l’encyclopédie Universalis ou Britianicae, on cherchait des œuvres, des illustrations…etc… bref, on repompait déjà ce qui était disponible le plus facilement. Évidemment notre participation consistait à extraire ce qu’on avait compris et remettre en forme dans une structure composée par notre idée sur la question.
    A partir du moment où on laisse 2 semaines pour faire un travail personnel, il est évident que les élèves vont aller chercher sur internet (c’est d’ailleurs ce qu’on leur a appris…), si l’info sur internet se limites aux quelques lignes truandées par le prof, il est évident qu’elles y seront, les infos contradictoires plus complètes étant hors de porté.

    L’accessibilité contre la profondeur?

    On peut regretter que certaines élèves (mais on ne saura pas exactement les proportions, dommage) recopient intégralement des corrigés payant. La grande majorité a également utilisé les données internet comme on utilise les plats préparés pour faire la cuisine: on ne se contente plus d’y chercher l’information comme on le faisait dans un livre, on recopie les idées tel quel. pourquoi?

    D’abord sans doute parce que le thème n’intéresse pas les élèves. Il est évident que quand le sujet n’est pas intéressant, on n’a pas envie de s’impliquer et les informations qu’on trouve n’éveillent en nous aucun écho qui motiverait une prise en main personnel sur le sujet. (il faut reconnaître que le prof a choisit le sujet sciemment)
    Ensuite, parce qu’effectivement, cette facilité d’accès à du « prédigéré » déjà mis en forme comble bien souvent la demande scolaire d’un devoir. Et c’est sans doute là que les enseignants devront faire preuve d’innovation.
    Enfin n’est-ce finalement pas un syndrome sociétal profond dont de jeunes élèves ne peuvent échapper? En effet leur environnement n’est-il pas fait que de simultanéité, de répétitions, de recopies? sans aucune profondeur? Les journalistes ne se content-ils plus la plupart du temps de recopier purement une dépêche AFP ou le collègue? L’info n’est-elle pas répétée à foison avant d’être rapidement zappée? Comment reprocher aux élèves une attitude qui a pignon sur rue parmi nos « élites »?

    C’est cependant à mon avis la problématique la plus importante et intéressante de ceci. Comment échapper à la simple recopie? Comment conserver des mécanismes d’apprentissage quand tout semble disponible 24/24? Comment structurer des idées ou un raisonnement si on n’est jamais forcé à utiliser son esprit?

    le « danger » d’internet ne vient pas du fait que la qualité des infos soit sujettes à caution (même par exemple dans le domaine de l’orgue, wikipedia n’est pas franchement encyclopédique…). A mon sens le danger d’internet vient du fait qu’il induit, consciemment ou non, la facilité du prêt à penser, la facilité de la réponse immédiate, l’externalisation des connaissances et des ressources, bref un vernis qui ne comblera jamais aucune lacune personnelle si, dans notre esprit, on n’a pas été habitué à mettre nous-même les blocs en place.

    Enfin je viendrai bien sur un autre danger d’internet qui est l’impression (fausse) que le savoir universel est accessible à tous, et donc que chacun a l’intelligence et l’expérience pour tel ou tel sujet. Or l’information sans la compréhension et le raisonnement n’est pas la connaissance.

  • COLRE

    Sujet inépuisable…
    Dans le désordre :

    La triche et la recopie n’impliquent pas une mauvaise instruction de l’élève. D’abord parce qu’il ne triche pas « tout le temps » mais sur les sujets qui ne l’intéressent pas ou pour se débarrasser assez vite d’un travail pour faire autre chose de plus amusant.
    La question est alors : ce qu’il fait à la place (n’importe quelle activité d’ado : sportive, ludique, culturelle, intellectuelle, relationnelle…) est-il plus instructif que de faire une dissert sur un obscur poéte médiéval parce que le prof le demande ?
    Ça se discute… Et on voit bien que le problème n’est pas un pb d’instruction, mais d’éducation à l’effort, à l’obéissance, à l’autorité, à la discipline, à la hiérarchie…

    Ainsi, « la tête bien faite plutôt que bien pleine »… Il faudrait aller relire Montaigne mais, de mémoire, il n’oppose pas le vide au plein ni l’intelligence à la bêtise, mais plutôt la sottise et le pédantisme de l’autorité des Savants à la liberté de l’individu et de la pensée.
    Il vaut toujours mieux avoir une tête bien faite, parce qu’elle se remplit très facilement de ce qu’ll y a de meilleur. L’inverse n’est pas vrai.

    Mon expérience personnelle : de mon temps, et c’était avant les années 80 et le libéralisme, ça trichait un max. C’était à la fois un jeu, un sentiment de gagner contre l’autorité (jugée « stupide »… et qui l’était souvent !) et une organisation efficace de son travail. Ainsi, moi je faisais pour la classe les antisèches en math où j’excellais, et on me fournissait les infos en Histoire qui, à l’époque, m’ennuyait à mourir et dont je ne retenais rien. A la fac, ça continuait, bien sûr, on s’échangeait les exposés ou les dossiers d’une année sur l’autre…
    Bon. Je dis cela pour relativiser la fameuse « décadence » de l’instruction et pour rappeler qu’on peut faire ensuite de bonnes et longues études quand on travaille sur des sujets qui plaisent et que l’on a mûri.

    Ensuite, je pense que les jeunes ont des capacités de mémoire fantastiques, et qu’il faut juste l’entraîner un peu avec des exercices spécifiques (mais qui n’ont pas de rapport avec la matière apprise par coeur). L’important : entraîner les facultés de raisonnement (math, philo), captiver l’attention (car quand on n’écoute pas on n’apprend rien). Je dis souvent par provocation : il n’y a pas de mauvais élèves, il n’y a que des mauvais profs. Ce n’est évidemment pas toujours vrai, mais souvent…

    Enfin, je dirais qu’il y a absolument les mêmes pb à l’université qu’au collège / lycée. Il faut intéresser, fournir des méthodes, faire de gros efforts didactiques… et puis se rappeler que c’est bien avant que tout se joue, le milieu parental et le primaire. Et là, il faut les profs les plus intelligents possibles et les moins formatés… et c’est pas gagné !

  • D. Furtif

    Vain dieu vive Disons!
    J’ai toujours craint et à juste titre sur le Net cet absence de réflexion constructive en commun .
    Et puis vous voilà tous les deux ( Lapa et Colre) vous lançant sans filet dans ce que vous avez de plus personnel voire de plus intime de vos reflexions.
    J’aime retrouver sous vos doigts cette question qui remet en cause les recettes à la va vite de la pédagogie conjuguée à la sauce hierarchique.
    L’important n’est-il pas de savoir où trouver la réponse plutôt que de pouvoir la ressortir sans réflexion.
    L’important n’est-il pas la formation de l’esprit plutôt que le bachotage ?
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    Le malheur veut que jusqu’à un niveau élevé de la formation universitaire , la connaissance des éventuelles questions « à la mode  » supplante l’authentique recherche.En gros le joueur de poker supplante le chercheur.
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    Je m’inquiète de savoir ce qu’aurait attendu ce prof.
    Peut-être n’ai-je pas lu l’article avec suffisamment d’attention mais …faut se mouiller et ne pas faire semblant quand on s’expose sur l’espace public.
    J’eusse aimé la publication d’un corrigé.

  • D. Furtif

    euhhhhh…
    Je pourrais être mal compris par LOYS .Il ne faut pas voir dans ma demande de corrigé un défi .
    Mais il doit bien reconnaitre que le pastiche qu’il a commis sur les sites spécialisés ne le dédouane pas d’avoir à en produire un.
    Affirmerait-il pouvoir en bâtir un qui serait exempt du formalisme et de l’esprit scolastique qu’il a su dévoiler chez ses élèves.
    Il doit être le premier à savoir qu’une question bateau ne peut entrainer qu’une réponse bateau.
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    De collègue à collègue
    Est-il justifié d’attendre d’un élève du secondaire la production systématique d’inventions personnelles avant d’avoir fait montre d’acquisition des modèles et de capacité à les reproduire?
    Répondre à cette question au Lycée permettrait sans doute de la poser enfin à la fac.

    • COLRE

      Ce que je remarque le plus chez les étudiants à la fac, c’est la soumission aux règles, la réplication de ce qu’ils croient être le traitement demandé. Comme quoi, ils sont mieux dressés qu’instruits, finalement l’école a réussi à les plier. Il faut vraiment les pousser pour qu’ils se lâchent, pour susciter de la créativité, même dans les hauts niveaux d’étude.
      Curieusement, ce sont les plus mauvais qui sont les plus inventifs. Ils ont dû compenser leurs lacunes et leur paresse en y allant au flan, avec des comportements surprenants, originaux et amusants.
      Souvent, il m’arrive de leur dire à l’oral, quand c’est assez nul mais qu’ils ont des trucs de loustic : c’est mauvais, mais je vous fais confiance, vous n’aurez pas de mal à réussir qque chose dans la vie… En général, je leur mets pratiquement la moyenne et je les laisse partir.
      Je ne les revois plus, mais je suis sûre qu’lls s’en sortiront très bien… 8)

  • Lapa

    J’en reviens sur le rabâchage sans compréhension d’éléments de discours. cette facilité d’accès « aux idées » que permet internet joue un rôle également important dans la prépondérance accrue des matières mathématiques et physiques dans la sélection des élèves au détriment des matières littéraires. En effet, il est totalement impossible de résoudre des problèmes physiques ou mathématiques si on n’a pas compris ce qu’on faisait, il est de plus assez aisé de varier ces problèmes (rien que par les éléments calculatoires) et connaître par chœur la transformée de Fourrier d’une fonction ne vous assure pas de résoudre le problème en son entier… D’ailleurs c’est souvent à partir de lemmes ou théorèmes appris par chœur que l’étudiant doit développer la solution. S’embarquer dans des démonstrations mathématiques sans rien y comprendre ne peut mener qu’au zéro pointé et à la catastrophe, ce qui est bien plus délicat quand il s’agit de matières littéraires.
    Un élève qui n’a pas compris le principe de diffraction optique a de forte chances de se vautrer en beauté dans l’exercice associé même en essayant le mimétisme de ce qu’il aurait retenu des cours, par contre un élève qui n’a rien entravé de Baudelaire peut parfaitement fournir l’illusion copié-collé qu’il maîtrise les Fleurs du Mal.
    La encore, souvent l’oral est un bon moyen pour évaluer les connaissances d’un élève. Mais l’oral n’est développé qu’en classes préparatoires sous forme de « colles ». (et en rattrapage au bac)

  • Léon

    Passionnante discussion que j’attrape un peu tard. Je dois vous dire que j’ai peu de temps libre jusqu’à jeudi.

    On voit à quel point l’enseignement est une chose difficile et compliquée. Techniques différentes suivant les niveaux. Entièrement d’accord avec les réflexions de Lapa et je suis très content de voir que Colre partage ma conviction que c’est dans les petites classes que tout se joue et que c’est là qu’il faut les meilleurs profs, les mieux formés. Plus on a affaire à des petits plus il faut de technique, de professionnalisme. ( et pas de « connaissances », cela ne sert à rien de les recruter à bac +4) et plus on monte en âge plus il faut de charisme et de connaissances et plus on peu se bricoler ses techniques.

    Personnellement, j’ai triché une seule fois dans ma vie et je me suis fait prendre, c’était en 3e. J’ai recopié un devoir de maths d’un copain… qui était complètement faux !

    C’est curieux, personne ne veut aborder l’aspect moral de la question…

    • COLRE

      Moral ?! 😯 Quelle idée ! 😉 je pense avoir triché des tas de fois à l’école et un peu à la fac, pour moi ou pour les autres, et je n’ai pas le moindre souvenir d’avoir pensé que ce fut « mal ».
      Non, c’était normal, de bonne guerre…

    • Lapa

      C’est amusant, contrairement à COLRE :mrgreen:je n’ai triché qu’une seule fois, et encore c’était dans une matière secondaire (l’espagnol en école d’ingénieur, pour dire… 😉 ) avec des antisèches. Tout simplement parce que j’ai été éduqué dans le respect des règles et l’importance de l’honnêteté comme valeur morale et que c’est un principe intangible que j’ai essayé de respecter au mieux. Effectivement Leon, fait bien de lancer ça sur le tapis, je trouvais (et trouve toujours) immoral de tricher et je ne supporte pas la tricherie. Ce n’est pas pour me faire une belle âme car j’ai bien d’autres défauts (faut pas déconner non plus) mais j’ai toujours considéré la triche comme le début de l’injustice. Le seul attrait de la triche consiste pour moi à l’inventivité dont font preuve les tricheurs. Autre chose également, quand on est assez facile dans ses études, la nécessité de tricher n’apparaît pas forcément…
      voilà j’arrête de raconter ma vie.

  • Léon

    J’ai reçu ces commentaires de Loys que je vous restitue:

    « Dites donc, vous m’étrillez bien en me présentant comme un tricheur : les vrais tricheurs ou vandales en réalité, ce sont les sites de corrigés ou Wikipédia qui publient n’importe quoi et sans expertise, mon expérience en est la preuve. Je n’ai pas plus triché que les prétendus « auteurs » des articles publiés en masse chaque jour sur ces sites. Moi je n’ai fait que les imiter : et mon but n’était pas de gagner de l’argent.

    Autre objection : à partir du moment où il choisit un auteur très marginal et un poème inconnu, cela veut dire que l’information disponible est elle-même très rare, que ce soit sur Internet ou ailleurs et donc je ne vois pas comment les élèves auraient pu vérifier, recouper quoi que ce soit, sauf à relever des incohérences internes à ce qu’avait semé le prof sur le Web. Si on a bien compris, le devoir était infaisable et donc il ne faut pas s’étonner que les élèves aient cherché un moyen de s’en sortir. Ce n’est donc pas tout à fait probant…

    Sur le choix d’une œuvre peu connue, le but était de localiser facilement, sans scanner tout le web ou la littérature critique, les ressources utilisées par les élèves. Avec mes différents es marqueurs, je savais sur quelles pages exactement chaque élève était allé : l’expérience aurait été impossible avec un auteur connu.

    Où vous trompez surtout, c’est qu’il n’y avait rien à rechercher pour cet exercice qui n’était donc pas infaisable. A la rigueur quelques informations biographiques, et encore ici peu utiles. Il fallait lire et comprendre le sonnet : aucun recours à un livre ou à internet n’est utile dans ce cas-là. Il fallait ensuite l’interpréter : les élèves sont passés directement à cette case en recopiant des passages de corrigés tout faits, et sans voir que le corrigé faisait de nombreux contresens faciles à détecter quand on avait lu le sonnet (ce n’est pas la femme aimée qui est comparée à un arc-en-ciel mais le poète lui-même par exemple).

    Votre raisonnement suppose que l’épreuve du bac (trois heures avec un texte et sans ressources documentaires) est infaisable.

    Je vous rassure : beaucoup de gens le pensent aujourd’hui, et ce n’est pas vraiment rassurant quant aux progrès de l’école. »

    Loys

  • Léon

    Ce à quoi je lui ai répondu qu’à la réflexion, c’était lui qui avait raison et moi tort sur les points qu’il a évoqués.
    Il m’a répondu ceci :

    « Je comprends votre erreur : en fait beaucoup de gens ne connaissent pas très bien l’exercice du commentaire, et la plupart des réactions négatives partaient de cette incompréhension. Effectivement, ça aurait été beaucoup plus pervers de ma part de leur demander de rechercher des informations et de pourrir les seules sources possibles.

    Pour les seules informations à proprement parler que j’ai mises en ligne, mon stratagème est plus subtil que ce que la plupart des commentateurs en ont compris.

    Même sur Wikipédia, où la recherche d’indices biographiques aurait pu être légitime (quoique Wikipédia…), je glissé une toute petite information d’une phrase :
    1) qu’ils n’auraient pas dû pouvoir utiliser (le poète amoureux de Melle de Beaunais à partir de 1636) puisque le sonnet est de date inconnue
    2) qui n’avait pas d’utilité : à quoi savoir que la femme aimée est Melle de Beaunais est-il utile à la compréhension du poème ? A rien.

    Trois erreurs méthodologiques en une, en quelque sorte : source non validée ni vérifiée, raccourci historique abusif, remplissage de copie.

    Mais comme je le dis dans l’article de départ, ce type d’erreur est véniel par rapport au copier-coller de corrigé.« 

    • ranta

      On trouve beaucoup de donneurs de leçons sur ce que devrait être Disons, on en trouve aussi pas mal qui l’ont catégorisé, mais je connais peu de site ou de blog où un des tauliers reconnaît publiquement avoir fait une erreur.

    • Lapa

      effectivement! ayant toujours zappé le commentaire composé pour favoriser la dissertation, j’avoue que j’avais mal compris les tenants de l’exercice demandé au début.