Sur le phénomène des «jobs à la con».

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Voici la traduction ( Merci Lapa) d’un article de David Graeber qui fait énormément de bruit en ce moment. L’original en  est ici. César.
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Sur le phénomène des  « emplois-bidons » par David Graeber.

En l’an 1930, John Maynard Keynes a prédit que, d’ici la fin du siècle, la technologie aurait tellement avancé que des pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis auraient obtenu une semaine de travail de 15 heures. Il ya toutes les raisons de croire qu’il avait vu juste. Sur le plan technologique, nous en sommes capables. Et pourtant, cela ne s’est pas produit. Au lieu de cela, la technologie a été ordonnancé, pour le moins,  afin d’imaginer des façons de nous faire travailler d’avantage. Pour ce faire, des emplois ont dû être créés qui sont, en fait, inutile. Des pans entiers de personnes, particulièrement en Europe et en Amérique du Nord, passent leur vie professionnelle entière à exécuter des tâches qu’ils croient secrètement n’avoir pas besoin d’être exécutées. Les dégâts moraux et spirituels qui viennent de cette situation sont importants. C’est une cicatrice profonde sur notre âme collective. Pourtant, pratiquement personne n’en a vraiment parlé jusqu’à présent.

Pourquoi l’utopie promise par Keynes – depuis toujours attendue pour les années 60 – ne s’est jamais concrétisée? La ligne officielle aujourd’hui c’est qu’il n’avait pas tenu compte de l’augmentation massive de la consommation. Entre moins d’heures de travail et plus de jouets et de plaisirs, nous aurions collectivement choisi la deuxième option. Cela présente un joli conte moral, mais un simple instant de réflexion montre qu’il ne peut pas être vrai. Oui, nous avons assisté à la création d’une variété infinie de nouveaux emplois et d’industries depuis les années 20 mais  très peu d’entre eux ont quelque chose à voir avec la production et la distribution de sushi, d’iPhones, ou de baskets fantaisies

Alors, quels sont ces nouveaux emplois, précisément? Un récent rapport comparant l’emploi aux Etats-Unis entre 1910 et 2000 nous donne une image claire (et je constate, à peu près identique à celle du  Royaume-Uni). Au cours du siècle dernier, le nombre de travailleurs employés comme domestiques, dans l’industrie et dans le secteur de production s’est effondré de manière spectaculaire. Dans le même temps, « les directions des ventes, bureaux, professionnels et industrie de service »ont  triplé, passant « d’un quart à trois quarts de l’emploi total. » En d’autres termes, les emplois productifs ont, comme prévu, été largement automatisés (même si vous comptez les travailleurs de l’industrie au niveau mondial, y compris les masses laborieuses en Inde et en Chine, ces travailleurs ne sont pas un si grand pourcentage de la population mondiale comme ont pourrait le croire).

Mais plutôt que de permettre une réduction massive du temps de travail afin de libérer la population et qu’elle poursuivre ses propres projets, plaisirs, suive ses  visions et ses idées, nous avons vu grossir la bulle du secteur « service » et du secteur administratif, y compris jusqu’à la création d’industries entièrement nouvelles comme les services financiers ou le télémarketing, ou l’expansion sans précédent des secteurs tels que le droit des sociétés, des universités et de l’administration de la santé, les ressources humaines et les relations publiques. Et ces chiffres ne comprennent pas tous ces gens dont le métier est de fournir un soutien administratif, technique ou support de sécurité pour ces industries, ni d’ailleurs toute l’armée des industries auxiliaires (toilettage et pizza 24/24) qui ne existent que parce que tout le monde passe énormément de temps  au travail et ne peut le faire soit même.

Ce sont ce que je propose d’appeler les «emplois bidons »(NDLR: « Jobs à la con  » est la traduction par Libé, Lapa préfère « Emplois-bidons » en transformant « bidon » en adjectif ». Il a bien raisons, Libé est d’une vulgarité… Pouah !)

C’est comme si quelqu’un créait des emplois inutiles juste pour le plaisir de nous garder tous au travail. Et ici, précisément, réside le mystère. Dans le capitalisme, c’est précisément ce qui n’est pas censé se produire. Bien sûr, dans les anciens pays socialistes inefficaces, comme l’Union soviétique, où l’emploi a été considéré à la fois comme un droit et un devoir sacré, le système constituait autant d’emplois qu’il devait (c’est pourquoi dans les grands magasins soviétiques il fallait trois commis pour vendre un morceau de viande). Mais, c’est justement le genre de concurrence très problématique que le marché est censé corriger. Selon la théorie économique, au moins, la dernière chose que cherche une entreprise qui fait du profit , c’est de payer des travailleurs qu’elle n’a pas vraiment besoin d’employer. Pourtant, d’une certaine manière, c’est ce qui se passe.

Alors que les entreprises engagent  des réductions d’effectifs impitoyables, les licenciements et la demande de performance tombent invariablement sur cette catégorie de personnes qui, effectivement, se déplacent, réparent et entretiennent les choses, et, par une étrange alchimie qu’on ne peut expliquer, le nombre de salariés gratte-papier semble en fin de compte se développer, ainsi de plus en plus d’employés se retrouvent, un peu comme les travailleurs soviétiques en fait, à travailler 40 ou même 50 heures par semaine sur le papier, mais  efficacement 15 heures comme Keynes avait prévu, puisque le reste de leur temps est consacré à l’organisation ou la participation à des séminaires de motivation, des mises à jour de leur profil Facebook ou des téléchargement de séries TV.

La réponse est clairement non économique: c’est moral et politique. La classe dirigeante a compris qu’une population heureuse et productive avec du temps libre pour elle  est un danger mortel (pensez à ce qui à s’est produit quand cela a commencé à arriver, dans les années 60). Et, d’autre part, le sentiment que le travail est une valeur morale en soi, et ainsi que tous ceux qui ne sont pas prêts à se soumettre à une sorte de discipline de travail intense pour la plupart de leurs journées ne méritent rien, est extrêmement commode pour eux.

Une fois, lorsque j’ai pris conscience de la croissance apparemment sans fin des responsabilités administratives dans les départements universitaires britanniques, je suis venu avec une vision possible de l’enfer. L’enfer est une collection d’individus qui passent l’essentiel de leur temps de travail sur une tâche qu’ils n’aiment pas et pour laquelle ils ne sont pas particulièrement bons. Ils diront qu’ils ont été embauchés parce qu’ils étaient excellents ébénistes, puis découvrent qu’ils sont censés consacrer une grande partie de leur temps à fouetter d’autres chats (NDLR :difficile à traduire, l’expression frying fish est l’équivalent d’avoir des chats à fouetter mais l’auteur va utiliser des tournures expressives qui n’existent pas en français). Peu importe que la tâche n’ait pas vraiment besoin d’être faite – au moins, il y a seulement un nombre très limité de chats qui ont besoin d’être fouettés. Et pourtant, ils sont tous devenus tellement obsédés par le ressentiment à l’idée que certains de leurs collègues pourrait passer plus de temps à faire des armoires, et ne font pas leur juste part de  « chats à fouetter », qu’avant longtemps, il y a des tas interminables et inutiles de chats mal fouettés qui s’accumulent partout dans l’atelier et c’est tout ce que tout le monde fait vraiment (NDLR :ouais j’ai du mal sur ce passage, je comprends en gros mais vachement dur à traduire)

Je pense que c’est une description assez juste de la dynamique morale de notre propre économie.

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Maintenant, je me rends compte que notre argument va se heurter à des objections immédiates: «Qui es-tu pour dire quels sont les emplois vraiment« nécessaires »? Comment les définir de toute façon? Vous êtes un professeur d’anthropologie, quelle est l’utilité de cela? « (Et en effet, beaucoup de lecteurs de tabloïds prendraient l’existence de mon travail comme la définition même des dépenses sociales inutiles.) Et d’une certaine façon, c’est une évidence. Il ne peut y avoir de mesure objective de la valeur sociale.

Je n’oserais pas dire à quelqu’un qui est convaincu d’apporter une contribution significative au monde qu’en réalité, il ne servent à rien. Mais que dire de ces gens qui sont eux-mêmes convaincus que leur emploi n’a pas de sens? Il n’y a pas longtemps, je suis rentré en contact avec un ami d’école qui je n’avais pas vu depuis mes 12 ans. J’ai été étonné de découvrir que, dans l’intervalle, il était devenu d’abord un poète, puis leader d’un groupe de rock indie. J’ai entendu certaines de ses chansons à la radio n’ayant aucune idée que le chanteur était quelqu’un que je connaissais vraiment. Il était évidemment talentueux, novateur, et son travail a incontestablement illuminé et amélioré la vie de gens partout dans le monde. Pourtant, après quelques albums infructueux, il avait perdu son contrat, et en proie à des dettes, avec une fille nouvelle-née, a fini, comme il le dit, par «prendre le choix par défaut de tant de gens sans direction: L’école de droit » Maintenant, il est un avocat d’affaires travaillant dans un cabinet de renom à New York. Il a été le premier à admettre que son travail était tout à fait dénué de sens, n’a contribué à rien pour le monde, et, à ses propres yeux, ne devrait pas exister vraiment.

Il ya beaucoup de questions que l’on peut se poser ici, à commencer par : que dire sur notre société qui semble générer une demande extrêmement limitée en poètes-musiciens talentueux mais une demande apparemment infinie en spécialistes en droit des sociétés? (Réponse: si 1% de la population contrôle la majorité de la richesse disponible, ce que nous appelons «le marché» reflète ce qu’ils  jugent, eux,  utile ou important, pas quelqu’un d’autre). Mais plus encore, cela montre que la plupart des personnes qui occupent ces emplois sont en fin de compte courant. En fait, je ne suis pas sûr d’avoir jamais rencontré un avocat d’affaires qui ne pense pas que son travail soit une connerie. La même chose vaut pour presque toutes les nouvelles industries susmentionnées. Il y a toute une catégorie de salariés qui, si vous les rencontrez lors des fêtes, admettent que vous faites quelque chose qui pourrait être considéré comme intéressant (un anthropologue, par exemple), mais voudront éviter même de discuter de manière approfondie de leur job. Donnez-leur quelques verres, et ils vont se lancer dans des tirades sur la futilité et l’inutilité véritable de leur boulot.

Il s’agit ici d’une violence psychologique inouïe. Comment peut-on seulement commencer à parler de la dignité dans le travail quand on sent secrètement que son emploi ne devrait pas exister? Comment cela ne peut-il pas créer un sentiment de colère et de ressentiment profond? Pourtant, c’est le génie de notre société que ses dirigeants aient  trouvé un moyen, comme dans le cas des fouetteurs de chats, de s’assurer que la rage soit dirigée précisément contre ceux qui ont à faire un travail utile. Par exemple: dans notre société, il semble, en règle générale que, plus  le travail est utile à la société, moins on est payé en retour. Encore une fois, une mesure objective est difficile à trouver, mais un moyen facile de se faire une idée est de se demander ce qui se passerait si cette  catégorie de personnes disparaissait? Dites ce que vous voulez sur les infirmières, les éboueurs, ou les mécaniciens, il est évident que s’ils devaient disparaître dans un nuage de fumée, les résultats seraient immédiats et catastrophiques. Un monde sans enseignants ou dockers seraient bientôt en difficulté, et même, avec un degré moindre, s’il était  sans écrivains de science-fiction ou musiciens ska. Ce n’est pas du tout sûr que  l’humanité subisse autant de torts dans le cas où tous les chefs d’entreprise privées, les lobbyistes, les chercheurs en relations publiques, les actuaires, les télévendeurs, les huissiers ou les consultants juridiques venaient à disparaître de façon similaire. (Beaucoup soupçonnent qu’elle pourrait nettement s’améliorer.) Pourtant, mis à part une poignée d’exceptions souvent vantées (médecins), la règle est étonnamment juste.

Encore plus pervers, il semble y avoir consensus que c’est la façon dont les choses devraient être. C’est l’une des forces secrètes du populisme de droite. Vous pouvez le voir quand les tabloïds jouent sur le ressentiment contre les travailleurs du métro qui paralysent Londres pendant les conflits sociaux: le fait que les travailleurs du métro puissent paralyser Londres montre que leur travail est réellement nécessaire, mais cela semble être précisément ce qui agace les gens. C’est encore plus clair aux États-Unis, où les républicains ont eu un succès remarquable en mobilisant le ressentiment contre les enseignants ou les travailleurs de l’automobile (et non pas, de manière significative, contre les administrateurs de l’école ou les gestionnaires de l’industrie automobile qui sont en fait la source des problèmes) pour leurs salaires et leurs avantages supposés gonflés. C’est comme si on leur disait « mais vous avez un salaire pour enseigner aux enfants! Ou faire des voitures! Vous arrivez à avoir de vrais emplois! Et en plus de cela vous avez le culot d’attendre aussi les pensions de la classe moyenne et les soins de santé?  »

Si quelqu’un avait voulu concevoir un régime de travail parfaitement adapté à maintenir le pouvoir du capital financier, il n’aurait sans doute pas pu faire mieux. En réalité, les travailleurs productifs sont sans cesse pressés et exploités. Le reste est divisé entre une strate terrorisée et universellement vilipendée, au chômage, et une plus grande strate de gens qui sont essentiellement payés à ne rien faire, dans des positions visant à favoriser les points de vue et les sensibilités de la classe dirigeante (gestionnaires, administrateurs, etc) – et en particulier ses avatars financiers – et, en même temps, à  favoriser un ressentiment frémissant contre quelqu’un dont le travail a une valeur sociale claire et incontestable. De toute évidence, le système n’a jamais été consciemment conçu. Il est ressorti de presque un siècle de tâtonnements. Mais c’est la seule explication pour laquelle, malgré  nos capacités technologiques, nous ne sommes pas tous avec des journées de 3-4 heures de travail.

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David Graeber est un professeur d’anthropologie à la London School of Economics. Son plus récent livre, The Democracy Project: une histoire, une crise, un mouvement , est publié par Spiegel & Grau

25 comments to Sur le phénomène des «jobs à la con».

  • Lapa

    Très intéressant et très juste. Ca me rappelle une discussion que j’ai eu avec des collègue au début de ma carrière. Bon, je vais voir pour la traduction. Je promets rien.

  • D. Furtif

    heuuuu….Il va falloir que je relise soigneusement et que j’aille peut-être sur l’original en anglais…..Quelle misère d’avoir été un mauvais Nélève
    Mais…….
    Tout de suite au premier abord je vois beaucoup d’idéologie dans ce texte .
    On y voit une analyse qui confine à des processus techniques un raisonnement qui devrait être ouvert aux processus humains.
    .
    Tout semble baigner dans une déception de l’avenir qui ne s’est pas passé comme prévu avec au bout de la chaine des causes et conséquences une déception des masses qui ne se seraient pas soulevées comme prévu.
    Comme si les travailleurs avaient obligatoirement à mettre en oeuvre une capacité insurrectionnelle quasi génétique tellement elle est inscrite en eux, dans la vision du monde de tous ces plans et projets qui auraient dû se réaliser c’est sûr..
    .
    Quoi??? La classe révolutionnaire ne serait-elle plus révolutionnaire?
    Mais c’est un scandale!
    Bin il se trouve que les travailleurs ont une condition d’existence matérielle et morale qui en fait la couche la plus conservatrice de la société….
    Il n’y a rien de plus rabat-joie de plus fermé au progrès , de plus gnan gnan conservateur qu’un ouvrier
    L’élévation du niveau intellectuel ne se rencontre que chez les rares qui acceptent de fournir ce travail supplémentaire de l’autoformation.
    Après le travail à l’usine aller passer des Heures à la bourse du travail fut un effort héroïque de nos anciens
    Cet effort s’est évanoui.
    Il s’est d’autant plus évanoui qu’une bande de petits margoulins issus de leurs rang est venu leur dire depuis 50 ans , => Ne vous inquiétez pas , ne vous dérangez plus , on s’occupe de tout, on vous fera choisir vos candidats à la télévision juste entre Lagaffe et Loana
    .
    Revenons à cette fameuse capacité révolutionnaire qui n’aurait pas fonctionné.

    C’est un peu, mais beaucoup aussi , très exactement ce que la BOBOÏTUDE n’a jamais pu comprendre , et sa succession Quantique tout pareil.
    .
    La Classe ouvrière considérée comme groupe d’individus produit une idéologie à son image , parcellisée et soumise comme le sont ses conditions économiques culturelles et morales.
    C’est dans son mouvement de résistance à l’exploitation qu’elle acquiert en la forgeant une nouvelle idéologie de résistance de solidarité et d’expérience.
    Il faut être un petit bourgeois BoBo pour ne rien savoir de ce que coût à une famille ouvrière une journée de grève et encore plus une semaine.
    Comment faire grève quand on est endetté?
    Dans ce mouvement de réunion et de discussion et de choix des méthodes il y a rupture avec leur vie habituelle.
    Cette expérience forme peu à peu comme chimiquement une sorte de précipité en terme d’organisation et d’expérience des luttes.
    Syndicats et partis, comités coordinations …etc… sont ce qui reste de cette expérience historique. Pas les discussion bla bla à la médiathèque ou à la MJC !.
    Les travailleurs dégagent de leur sein ce qu’ils ont de meilleur, leur propre avant garde en qui ils ont confiance.
    C’est le pronostic de Marx que reprendra Lénine.

    Aie Aïe Aie Aïe
    La trahison de la SFIO puis du Stalinisme a fait de cette couche qui devait conduire,est devenue une couche parasite de gangsters exploiteurs pour les ex pays communistes et des gens qui envisagent froidement de rompre les liens organiques qui les reliaient à la classe ouvrière et son histoire : Terra Nova pour les descendants de la SFIO.
    .
    Donc plus d’expérience , plus d’actifs à la banque de la mémoire ouvrière, tout est à refaire.
    la première tâche reste depuis les années 50 d’éliminer la couche parasite qui parle en son nom et qui en vérité contribue à son exploitation.
    .
    Keynes faisait de l’économie et pas assez d’histoire.Pourtant ils encombrent les pages depuis des millénaires.
    Je parle des traitres bien entendu

  • Jean Saisrien

    Entre le lecteur de Causeur et de FdS et le « cher voisin » golfeur du dimanche absorbé par la gestion de son patrimoine, voilà une discours « marxiste » qui vaut son pesant de cacahuettes
    Tout est à refaire!…
    .
    NDLR
    Il est vrai qu’il est bien plus honorable de se mettre au service d’un petit margoulin qui magouille avec le ministère de l’intérieur.

    C’est se ranger dans le camp des valeurs comme on les aime au Vatican

  • Léon

    Euh…. D’accord, il est mal traduit, mais je me demande bien le rapport avec ce texte ! S’il fait un constat critique sur l’évolution de la nature de l’emploi, je ne vois pas dans cet article le moindre petit bout de début d’explication… En tous les cas rien qui cadre avec quoi que ce soit de l’explication marxiste de l’évolution économique du capitalisme. Spontanément, comme ça, j’aurais tendance à y voir un effet d’entropie : cette idée que la croissance capitaliste génère des effets délétères, négatifs, qui nécessitent de nouveaux emplois pour les contrecarrer. Je suppose par exemple qu’on peut dire qu’un DRH devient nécessaire lorsque la concentration créé des entreprises de grandes tailles, qu’il faut des éboueurs et des industries de recyclage à la mesure des déchets etc… Mais ça ne colle pas exactement avec l’idée des « emplois inutiles ».

    J’y reviendrai, ça nécessite un peu de réflexion.

    • D. Furtif

      Il évident que je n’ai voulu voir que ce qui accrochait mon regard et mon intérêt
      Mais l’évolution de la répartition du travail et de ses fruits c’est bien l’objet central de l’analyse marxiste.
      je t’accorde que rien dans ce texte n’y fait référence .

  • Léon

    Non, je crois que le débat relatif à ce texte porte sur ce terme « d’inutilité » de certains emplois.

  • Léon

    Euh, Lapa ? C’est encore ton Ipad qui fait des siennes, ou tu nous le traduit par bouts ?

  • Léon

    Pour revenir au fond du texte, j’ai l’impression que l’auteur met dans un même sac des emplois qui n’ont d’autre point commun que leur « inutilité ». Selon lui, elle se prouve par le peu de conséquences qui résulteraient de leur disparition. Cela ne me semble pas très rigoureux, mais en même temps correspond à certaines expériences vécues. Celle qui est connue de tous et qui m’a vraiment impressionné, c’est la Belgique, à l’époque où ce pays est resté très longtemps sans gouvernement… Le pays ne s’est pas effondré.
    Pour ce qui est des emplois administratifs cela a été analysé avec la fameuse loi de Parkinson dont la justesse est exceptionnelle.
    Je reviens aussi sur les emplois anti-entropiques, ceux qui sont destinés à réparer les inconvénients de la croissance et même du progrès. C’est un gisement d’emplois potentiellement énorme, mais peut-on vraiment les considérer comme « productifs » à défaut de ne pouvoir être classés comme inutiles ?
    Au fait, c’est Keynes qui a sans doute inventé ces jobs à la con, lorsqu’il proposait d’enterrer les billets usagés de la Banque d’Angleterre dans une mine désaffectée et de payer ensuite des chômeurs pour les déterrer…
    C’est bizarre, je subodore qu’un tel débat n’est possible que dans le monde pragmatique anglo-saxon, en France on est trop systémique pour ça.

  • D. Furtif

    Ne désespère pas Léon
    « Une fois, lorsque j’ai pris conscience de la croissance apparemment sans fin des responsabilités administratives dans les départements universitaires britanniques, je… »
    .
    C’est assez rigolo .
    Dans ma famille proche. Les moins qualifiées , Une belle soeur et une nièce ( 60 et 40 ans) ont trouvé un emploi au rectorat.

  • Léon

    Ca y est j’ai remplacé la partie du texte corrigée par Lapa. On espère la suite… 😀

  • D. Furtif

    C’est marrant , il y a un type qui cause un ^peu comme le Nartic

    • Lapa

      L’info est de taille. Il a travaillé trois mois. Putain avec ca, il a de quoi disserter sur le monde du travail le mec.

      • D. Furtif

        Je m’amuse beaucoup à lire combien il s’est tenu à l’écart de cette agitation sociale dont il tient à préciser qu’elle n’a rien à voir avec ses préoccupations profondes.
        Qui sait ? Ces vilains ouvriers allaient lui gagner un supplément de pension…qu’il aurait dû refuser peut-être?
        .
        Ne pas oublier que ce type vit aux crochets de pensions et d’aides toutes obtenues par des luttes dont il dit ouvertement le mépris qu’elles lui inspirent

        • D. Furtif

          Qui sait , il y en qui ne savent peut-être pas ouvrir des liens
          Alors
          Aidons les
          .

        • ranta

          Ah oui, ça c’est assez énorme. 😆

          Le type qui cause des luttes sociales mais qui se garde bien d’y participer. 😆 Trop fort ça ! La lopette type quoi.

          Des fois que le patron lui aurait fait les gros yeux :mrgreen:

  • Asinus

    bonsoir , yep cela semble bien cérébral non ? vos propos .Si j’ai bien compris vos discours j’appartiendrais à une espèce
    de dinosaures dont le sort à été scellé dans les années trente. L’espèce chargée de me succéder ayant été crée par l’intelligence et le capital le troisième larron le politique a signifié aux deux autres qu’a part m’envoyer m’étriper dans
    deux guerres mondiale il faudrait patienter pour me voir disparaître.Bon à l’orée du 21 e reconnaissons que les masses laborieuses ne pèsent plus guère sauf a compter dans leurs rangs l’armée du chômage mais à eux a force de leur répéter « circulez rien a voir »….
    Le concept de l’inutilité de mon emploi je prie pour qu’il ne vienne pas à l’esprit de ma patronne hein permettez à mon inutilité de perdurer jusqu’en 2017 apres naafoutre !!!
    Lapa qu’est bien plus malin que moi à pas réussit à décrypter l’article vous ferez donc grâce à l’âne d’avoir juste essayé d’interpréter ce qui le concernait au premier chef.
    Me demande si Rachid quand demain sous la trémie* couverte de graisse me réclameras la clé de 32 apprécieras que j’évoque
    l’inutilité de nos emplois m’enverra aux fraises oui et il passera la matinée à jurer bon faut dire que c’est juste un prolo en voie de disparition 🙄

    *message perso
    c’est lui qui si colle pas parce qu’il arabe hein Morice juste parce qu’il a 25 ans de moins »

    • Léon

      Asinus, le principal problème posé par cet article, selon moi, est précisément qu’on ne sait pas trop quels sont les emplois iutiles. Alors il n’y est dit nulle part que le votre et celui de Rachid entrent dans cette catégorie…

  • Léon

    Super, Lapa, merci. Ca a une autre gueule maintenant.

  • Lapa

    Bon voilà, j’ai lu et relu le texte. Je lui trouve parfois une certaine justesse mais il y a aussi beaucoup d’idéologie.

    commençons par ce qui touche juste.

    beaucoup de personnes effectivement ont un regard de plus en plus distancié avec leur emploi. L’utilité de leur job est clairement devenu quelque chose de plus flou, lointain, vaporeux…je dirai, éthéré.
    le grossissement du secteur tertiaire dans les pays développés est évidemment une donnée qu’on ne peut nier
    le fait que des emplois n’existent que parce que l’organisation (mauvaise) de la société crée elle-même le besoin est un point important
    le fait également qu’on doive effectuer de plus en plus de tâches annexes qui n’ont pas de lien direct avec la définition de poste, si ce n’est suppléer aux nombreuses déficiences de l’organisation

    néanmoins j’émettrai quelques réserves sur la suite:

    d’abord il me semble voir une contradiction entre un projet sciemment ordonnancé comme ici:  » La classe dirigeante a compris qu’une population heureuse et productive avec du temps libre pour elle est un danger mortel (pensez à ce qui à s’est produit quand cela a commencé à arriver, dans les années 60).  » et ceci: « De toute évidence, le système n’a jamais été consciemment conçu ». Bon, de même parler de la classe dirigeante comme si ça pouvait représenter une entité parfaitement ordonnée, consciente, une classe omnipotente et unie avec objectif commun me fait quand même penser à un sacré raccourci simplificateur…

    ensuite je critiquerai son argumentation sur le classement de l’utilité des emplois (car c’est avec une certaine litote qu’il annonce qu’il est difficile ou impossible de déterminer cette fameuse utilité mais nous propose une truc tout simple pour le faire à sa sauce idéologique… bah tiens). Les employés du métro ne sont utiles que parce que la société s’est organisée pour concentrer 10 millions de péquenots dans la même région et qu’ils ne peuvent pas tous prendre la voiture. Mais réellement quand on est en province, la grève des employés du métro, on s’en tape. Donc je pourrai répondre que les employés du métro, c’est comme les livreurs de pizza 24/24, ils sont utiles uniquement à cause des travers de notre société (ou du moins ce sont les travers de notre société qui les rendent si « importants »). De même les éboueurs n’existent que parce qu’on n’a pas le temps d’aller nous même au centre de revalorisation tous les jours…etc… Bref, l’auteur semble confondre capacité de nuisance en cas d’arrêt de travail et utilité sociétale.

    En réalité, on peut proposer une autre échelle tout aussi idéologique: les métiers amenés à être automatisés le plus rapidement sont ceux qui sont le plus vide de sens: le métro automatisé est plus performant (on y vient d’ailleurs de plus en plus, à Paris notamment). Quel sentiment cela peut créer pour le conducteur? On peut ainsi créer une liste de métiers ayant disparus ou en voie de disparition (caissière, pompiste, conducteur de métro, pilote de chasse, préposé aux feuilles de soins de la sécu…) à cause de l’amélioration de performance que donne le remplacement de la personne par une simple machine.

    A l’opposé, ce n’est pas demain qu’on pourra remplacer un médecin, un spécialiste en relation internationale, un infirmier, un PDG , même par un automate…

    De même pourquoi pourquoi un PDG d’entreprise à capital privé est dans la liste, comme si le public ou l’administration n’avaient pas de nombreux exemples de hauts dirigeants dont le rôle est…. d’amener simplement un carnet d’adresse (et encore?). Tellement inutiles qu’on peut les changer de poste tous les 6 mois. (idem pour la classe politique tiens….)

    bref, de l’idéologie.

    Après vienne ces quelques questions:

    n’a-t-il pas simplement calqué son idéologie sur un simple effet Parkinson ?
    le mal être au travail relaté et le sentiment d’inutilité est-il uniquement dû à ce qu’il avance. N’y a-til pas d’autres paramètres à prendre en compte?
    L’Homme est-il réellement fait pour ne travailler que deux heures par jour? (va dire ça à un paysan ou un médecin tiens… j’en reviens donc à son assertion de début de texte: je ne crois pas qu’on ait la technologie pour ne travailler qu’aussi peu de temps. ne serait-ce qu’en capacité de formation et d’auto-formation…)


    je pense que son texte est juste un descriptif d’une situation qu’il analyse suivant un certain prisme. En aucun cas il ne décortique les mécanismes éventuels qui peuvent amener à cette situation.

    Pour ma part je pense que y’a pas mal de chose à dire sur l’entropie et l’autoalimentation par la société même d’emplois bidons. (on pourrait penser par exemple au secteur informatique qui est assez autogénérateur) mais c’est une autre histoire.

  • ranta

    Ah oui 😆 je me souviens, tu te définissais comme vibreur de femmes 😆

    Mais ce que j’ai jamais su, ue tu n’as jamais dit, c’est la marque de tes piles.

    Et puis arrête ton char de forfanteries au sujet des femmes. Ta seule activité c’est les sites pornos mon vieux.