La circoncision des enfants aux États-Unis (exposé video)N°1

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Bonjour à tous.
Le responsable du blog Droit au Corps continue à nous faire l’honneur de trouver convenable et utile la publication des ses articles sur DISONS

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Ryan McAllister est chercheur en biophysique à l’Université de Georgetown.

En 2011, il présente un exposé intitulé Child Circumcision : An Elephant in the Hospital, dans lequel il parle de la circoncision des nouveau-nés aux États-Unis et des différents problèmes posés par la pratique.

Nous avions déjà publié cette vidéo l’année dernière sur notre chaîne youtube, mais cette nouvelle version possède des sous-titres de meilleure qualité :

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La Transcription

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Présentation

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Moi c’est Ryan, un ami de Lizzie. Je suis chercheur en biophysique à l’université de Georgetown et je supervise aussi deux associations soutenant les familles et les gens dans leurs relations. Voici ma famille. Donc mon but dans la vie revient en fait à aider les gens à vivre ensemble, et pour cela j’organise beaucoup d’ateliers avec des familles et j’aide aussi ces familles à comprendre les problèmes d’ordre médical.
Je vais donc vous parler de la circoncision, que j’appelle « l’éléphant dans l’hôpital » car il s’agit d’une chose extrêmement répandue dans notre culture, pour autant que je sache, et pourtant on n’en parle très peu. Entre 500 000 et 1 000 000 de circoncisions sont effectuées chaque année aux États-Unis et presque toutes concernent des nouveau-nés dans les 3 premiers jours de la vie, ce qui est tout à fait inutile et comme mes recherches l’indiquent, totalement nuisible pour les enfants.
Donc nous allons passer en revue aussi vite que je le pourrais la représentation de cette pratique chez l’enfant, en quoi celle-ci affecte la vie adulte des victimes, comment on parvient à obtenir l’accord des parents, ce qu’ils comprennent, et comment on arrive à pousser les praticiens à opérer.
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Sondage de l’audience

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Mais avant cela, j’aimerais juste avoir un aperçu de la salle pour qu’on puisse se voir les uns les autres. Je vais donc vous poser quelques questions et nous allons utiliser cette technique pour faire un petit sondage d’opinion. Je vais vous demander, si vous le voulez bien, de pointer du doigt la direction que vous choisissez : vers ce mur pour tout ce qui est bénéfique, vers le plafond si vous avez un avis neutre, et vers l’autre mur pour tout ce qui est nuisible.
Donc, que pensez-vous du bandage des pieds ? Vu que vous êtes anthropologues, vous devriez en avoir entendu parler. Comment le qualifieriez-vous ? Bon, tous ceux qui on répondu pensent que c’est nuisible. Bien ! Je suis heureux de cette réponse.
Et les mutilations génitales féminines ? Ok, parfait, tout le monde pense que c’est nuisible.
Et que diriez-vous si pour mettre fin au cancer du sein et sauver la vie de centaines de milliers de femmes par an nous pratiquions une ablation préventive des tétons chez tous les bébés ? Bénéfique ? Nuisible ? Neutre ? Quelques avis neutres et quelques-uns pensent que cela est nuisible.
Et que pensez-vous de couper les tissus qui ne sont pas essentiels chez l’enfant ? Disons que nous coupons les lobes d’oreille de tous les enfants parce que nous pensons qu’ils sont sales ou laids. Ok, nuisible.
Et qu’en est-il de la circoncision ? Sur quelles bases partons-nous ? On a toutes les réponses. C’est bien, on a un public diversifié.
Quelques questions supplémentaires, juste pour voir qui nous sommes. Qui ici pense avoir un prépuce ? Personne ? Qui ici pense avoir un prépuce ? C’est-à-dire la partie qui est retirée lors de la circoncision.
Bon, c’est une question piège : les hommes comme les femmes, mâles et femelles, naissent tous deux avec un prépuce : c’est tout simplement le nom d’une partie du clitoris ou du pénis, et donc probablement que la plupart des femmes ici présentes en possèdent encore un, et peut-être certains hommes également.
Qui ici vient d’une culture où l’excision est une norme sociale ? Personne, ok. Qui ici vient d’une culture où la circoncision est une norme sociale ? Bon, tout le monde. Ou en tout cas la plupart d’entre nous à ce que je vois. Et qui connaît une personne dont les parties génitales ont été altérées durant l’enfance ? Ça pourrait être vous, un ami, vos parents ou un enfant. La plupart d’entre nous en fait, très bien.
Donc tout ça pour illustrer que c’est quelque chose qui a marqué nos vies d’une manière ou d’une autre.
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Le cycle d’une chirurgie sociale

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Je parle donc de ce sujet qui est important et dont personne ne parle vraiment. Il faut que je vous explique pourquoi je pense cela. Je crois que le discours qui existe dans notre culture à ce sujet sert en fait à occulter la véritable nature du procédé de la circoncision. Vous avez certainement déjà entendu des choses du genre « ça rend le pénis plus propre », vous avez sûrement entendu dire que « tout le monde le fait »,  »je suis circoncis et je vais bien »,  »c’est trois fois rien »,  »ça retire juste un bout de peau inutile » ou ce genre de langage banalisant.
Nous avons tous entendu ces choses et je vais vous demander de mettre ces idées reçues de côté, malgré tout ce qu’on vous a dit, et d’approcher la question sous un angle nouveau, qui n’intégrera pas dans votre façon de penser ces arguments illogiques.
Je vais donc avancer que la circoncision est un procédé cyclique dans notre culture, que nous infligeons aux enfants, des victimes qui vont devenir adultes, dont certains deviendront parents, et les médecins les convaincront de réaliser cette opération sur leurs enfants, opération qui au sein des hôpitaux américains est la seule à retirer une partie saine d’un organe à l’exception des opérations de changement de sexe qui y ressemblent beaucoup au passage.
La circoncision retire donc une partie saine du corps. Elle n’est pas utilisée comme un traitement : les médecins ne pensent pas qu’ils soignent les enfants, ils savent qu’ils effectuent une opération imposée par une norme sociale. Elle engendre de sérieuses complications, elle est pratiquée sur des mineurs qui ne peuvent donner leur consentement. C’est une pratique illégale et c’est même un crime fédéral de l’effectuer sur des filles. Celle-ci est pourtant encouragée et répandue chez les garçons. Il en résulte des dysfonctionnements permanents et les morceaux de peau retirés sont utilisés à des fins commerciales.
Voilà pour le contexte. Je vous entends, croyez-moi, et je vais vous en apporter les preuves. Je ne lancerais pas d’affirmations aussi radicales sans les prouver.
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La circoncision dans le monde

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Finissons juste notre présentation du contexte par un peu de géographie et d’histoire.
Voici une carte du monde. Comme vous pouvez le voir, les pays verts représentent les endroits où la circoncision n’est généralement pas pratiquée.
Les plus rares pays en jaune, au nord, sont les endroits où l’on commence à en questionner la légalité.
La circoncision est à présent rare au Canada, en Angleterre et en Australie où l’on a arrêté de la pratiquer sur des bébés dans les années 50, après la publication d’un article montrant que la circoncision tuait 14 enfants par an en Angleterre, ce qui a mis fin à la pratique là-bas.
Et dans les autres endroits, en dehors des États-Unis où elle est pratiquée sur des bébés, dans les autres régions elle est le plus souvent effectuée sur des adolescents, en Afrique subsaharienne et dans les pays musulmans.
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Histoire de la circoncision aux États-Unis

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Comment en est-on arrivé là ?
C’est devenu une pratique médicale, plus que tribale ou culturelle. Et c’est arrivé à la fin du XIXème siècle, lorsque les gens n’avaient pas la théorie microbienne et pensaient que les maladies provenaient de l’excitation nerveuse. Et il y avait également la morale victorienne, donc la plupart du temps les gens ne voyaient que ce qu’ils s’attendaient à voir.
On peut donc trouver de nombreuses publications médicales affirmant que la circoncision guérissait de la paralysie, de l’épilepsie, des pathologies de la hanche, et bien d’autres choses qui nous sembleraient absurdes aujourd’hui.
Les gens à l’époque considéraient la pratique comme nuisible et l’intention était bien de porter atteinte aux parties génitales des enfants. Ils pensaient que cela aiderait sur le long terme, car la circoncision était censée les empêcher d’avoir une libido trop forte, puisque le modèle victorien la considérait comme la plus dangereuse des envies existantes.
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La circoncision et l’enfant

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Oups, j’aurais du vous mettre en garde, toutes mes excuses. Il va y avoir quelques diapositives assez explicites et je comprendrais que vous détourniez le regard si ce que vous voyez vous met mal à l’aise. J’essaierai de vous prévenir le plus souvent possible de leur arrivée.
Je voudrais aussi vous prévenir que je suis sur le point d’utiliser de nouveaux termes. Je vais passer du mot « circoncision » au mot « mutilation génitale » car je pense que c’est un terme plus neutre, plus précis et plus approprié. Je pense que le mot « circoncision » banalise l’acte et nous amène à penser qu’il est légitime. Et je vais aussi remplacer le terme « non-circoncis » par « intact » car la première expression sous-entend que la circoncision est la norme et qu’il s’agit de personnes qui ne sont pas encore circoncises.
Pour illustrer cela, il serait étrange de qualifier les femmes qui ont des seins de « non-mastectomisées ». Ça serait un peu bizarre non ? De la même manière, j’espère vous sensibiliser à la gêne que provoque la dénomination « non-circoncis ».
Les prochaines diapos risquent de nous mettre mal à l’aise, et encore une fois vous êtes libres de ne pas regarder.
Donc ceci est la partie sur l’enfant. La procédure pour l’enfant : nous allons voir l’opération en image et ce sera certainement la partie la plus explicite visuellement avec celle des complications, et je veux que vous y pensiez puisque c’est trop souvent décrit du point de vue des parents, vous savez : « le droit des parents au choix ».
Je veux que vous remettiez en cause ce discours et que vous pensiez du point de vue de l’enfant. A qui appartient le corps de l’enfant ? Quel droit a-t-il ? Pourquoi fait-on subir cela seulement aux garçons ? Qu’est-ce que cela révèle sur notre vision du genre ? Etc.
Cette diapo nous montre trois représentations différentes de personnes durant le processus de mutilation génitale. Celle en haut à gauche montre une jeune fille étant circoncise en accord avec sa culture. A droite, la même chose avec un jeune garçon. Et en bas à droite, un nouveau-né masculin dans un hôpital. Je veux que vous regardiez leur visage. Regardez simplement leur visage, car je veux que vous pensiez à leur façon de vivre la pratique, et il me semble qu’elle est à chaque fois très similaire.
Et pourtant dans notre culture, où je nous crois tous assez impérialistes, on a vraiment tendance à pointer du doigt les choses et à s’écrier :  »Qu’est-ce que c’est horrible cette pratique de l’excision dans les autres pays », alors que nous ne disons rien quand il s’agit de mutilation génitale masculine que les enfants subissent avec les mêmes conditions d’hygiène et le même taux de mortalité dans ces pays. Et en fait, nous encourageons cette pratique chez les garçons dans notre pays.
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Vidéo d’une circoncision

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Comment s’effectue une circoncision ?
Les prochains passages vont être les plus imagés. Voici des sangles utilisées pour la circoncision avec lesquelles ils attachent le bébé puis opèrent, et je vais vous présenter un extrait vidéo de cette pratique. Il devrait y avoir du son si j’ai tout bien branché, et encore une fois vous êtes libre de ne pas regarder. Personnellement, cela me met mal à l’aise.
[Vidéo]
Bon, je vous invite à tous reprendre lentement votre souffle, si vous avez eu autant de difficulté que moi à respirer durant l’extrait. Ce qui doit être souligné selon moi, c’est le détachement et le calme qu’il y a dans la voix du médecin. Le médecin n’est pas du tout perturbé par cela. Et la façon dont le bébé pleure. Je perçois ces pleurs comme les pleurs d’un bébé soumis à des contraintes très violentes, rien à voir avec le « j’ai faim ».
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Complications

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Au-delà de la douleur de l’opération elle-même et la douleur des nombreux jours que prend la cicatrisation, il y a un certain nombre de complications qui peuvent menacer l’enfant.
On peut les diviser en deux catégories : les complications chirurgicales, qui peuvent être mineures comme la cicatrice que chaque homme circoncis possède.
Beaucoup d’hommes ignorent que l’anneau qu’il y a autour du pénis est une cicactrice de la circoncision ou alors l’apprennent en ce moment même. Cela arrive tout le temps.
En revanche, un certain nombre d’autres complications occasionnelles peuvent être problématiques, comme l’adhérence pénienne, lorsque le processus de cicatrisation tourne mal et que deux parties du pénis qui ne sont pas supposées être jointes finissent par l’être.
Ces tableaux nous montrent en haut à gauche un fistule, ce qui est similaire à un hypospadias engendré par l’opération, la ligne noire descendant est une sonde pénétrant le méat, l’entrée de l’urètre, et ressortant par l’ouverture supplémentaire engendrée par le médecin.
L’image B représente un gland quasiment amputé. L’image C : tellement de peau a été retirée que le corps caverneux et le gland se sont rétractés dans le scrotum. Et pour l’image D, le pénis a en fait été amputé entièrement par accident.
Un certain nombre de complications post-opératoires existent aussi, à commencer par une difficulté d’allaitement, ce qui est important car l’allaitement est essentiel pour les nouveau-nés.
Il y a aussi les saignements : et c’est un terme dédramatisant comme on le voit sur les formulaires. Vous savez du genre : « Oh un saignement. »
Mais il s’avère qu’un nouveau-né possède moins d’un litre de sang, donc quelques centilitres en moins pourraient entraîner la mort de l’enfant ou nécessiter une transfusion.
Un accroissement de la douleur. L’infection peut aussi être très dangereuse pour le nouveau-né.
Le meatitis, qui est une infection du méat, peut aussi être problématique car si elle est assez sérieuse pour que l’enfant ne puisse pas uriner, cela requerrait alors l’introduction d’un cathéter.
La nécrose, la perte permanente du pénis ou même la mort sont à envisager.
J’ai parlé à un pédiatre urologue, il est de ces personnes qui s’occupent de ces complications. Il m’a dit que sur deux ans, il a eu plus de 275 enfants à traiter, dont presque la moitié ont du passer par la chirurgie, ils ont donc été soumis à une chirurgie supplémentaire pour essayer de corriger les dégâts.
C’était presque toutes les images explicites, à l’exception des prochaines diapos qui montreront l’anatomie d’adultes, et vous pourrez aussi détourner le regard si vous le voulez.
Combien de personnes ici ont vu un pénis intact ? Le vôtre, celui d’un ami… Si vous n’en avez toujours pas vu, essayez de trouver un volontaire pour vous montrer.
J’ai parlé à des centaines d’hommes, circoncis ou non, et beaucoup de ceux qui ont été circoncis étaient en colère par rapport à ça. Ils étaient conscients ou sont devenus conscients qu’on leur avait retiré quelque chose, et que leur corps avait été soumis à quelque chose sans qu’ils aient eu le choix.
J’ai aussi entendu des parents exprimer des regrets vis-à-vis de la procédure.
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Le prépuce, qu’est-ce que c’est ?

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Qu’est-ce que le prépuce ?

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Le prépuce est cette sorte de construction sociale, mais c’est tout simplement une partie du pénis à laquelle on donne un nom distinct après l’avoir coupée.
En fait, beaucoup de listes de complications potentielles obtenues sur le formulaire d’information indiquent que la blessure du pénis est l’un des risques possibles.
Nous avons donc construit une réalité où couper une partie du pénis n’est pas une blessure, ça ne l’est que si on retire une partie par erreur.
Donc je veux vous montrer ce qu’est le prépuce, je veux passer un peu de temps là-dessus.
Le prépuce d’un homme adulte, la partie censée être retirée, est longue d’environ 80 à 100 cm² : la taille d’une petite fiche. C’est la zone la plus érogène de l’homme adulte : il contient 10 à 20 milliers de fines terminaisons nerveuses.
Et il rend aussi la peau du pénis mobile. C’est la différence lors d’une relation sexuelle ou assimilée, entre cette sorte d’interaction et une autre si vous pouvez imaginer une partie du corps qui peut se mouvoir en douceur, mes joues sont flasques alors je peux faire ça.
Et c’est en fait très pertinent car il y a une autre sorte de terminaison nerveuse appelée stretch receptor qui n’est stimulée qu’avec ce mouvement, et c’est la contribution masculine à la lubrification mécanique durant les rapports sexuels, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels.
Le prépuce peut être résumé en deux zones particulières : le frenulum est cette sorte de, ma main n’est pas assez longue, mais c’est la zone qui se déploie ici, et puis il y a la bande striée juste en dessous, où se trouvent la plupart des nerfs, puis le muscle dartos qui est un muscle cutané qui permet au prépuce de répondre au froid ou à la peur en entourant le pénis et en le tirant vers le corps.
En 2007 était réalisée la première étude visant à comprendre quelles parties du pénis sont sensibles. Ils ont alors choisi un groupe d’hommes intacts et un groupe d’hommes circoncis. Ce que vous voyez dans ce graphique est une répartition de la sensibilité selon les zones : le marron représente les plus sensibles et le violet les deuxièmes plus sensibles.
Si nous comparons cela à un pénis circoncis, vous voyez que la plus grande partie des zones sensibles a été retirée et qu’il reste juste cette zone autour de la cicatrice, et ce reste du frenulum est vraiment la partie la plus sensible des hommes circoncis. Vous pouvez les comparer de cette manière.
Mais vous n’avez pas à me croire sur parole : si vous avez un ami ou deux, l’un qui est circoncis et l’autre pas, ou bien vous-même, vous pouvez vérifier où est située la sensibilité.
Pour la plupart des hommes, c’est dans cette région du frenulum ou de sa cicatrice.
Donc pour que vous puissiez voir des vraies images, John qui est un photographe a pris le prépuce d’une personne en photo et a tracé ces lignes pour que vous puissiez voir la quantité de peau qui se rétracte.
L’autre différence que vous devriez remarquer, c’est que la paroi interne entoure généralement le pénis, donc en un sens il le protège et le garde humide.
Donc si vous comparez cela avec un pénis circoncis, le tissu a l’air plus doux, plus humide et plus chaud, en plus d’y être en plus grande quantité et sans cicatrice.
Ces flèches montrent la cicatrice, pour que vous puissiez la voir.
Je voulais vous inviter à me poser toutes les questions que vous voulez, car je donne beaucoup d’informations.

La suite de la transcription au N°2

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