Les fromages de la République

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Il a été reproché à ce site de publier trop de billets consacrés à la gastronomie et pas assez à la politique politicienne franchouillarde qui doit, bien entendu, se déguster à toutes les sauces dans les cafés du commerce du ouèbe citoyen qui se respectent, aux comptoirs-forums desquels l’œuf dur-mayonnaise et le sandwich jambon-beurre ne sauraient se passer de côtoyer une harangue (et c’est ainsi que la harangue sort) anti-sarkozyste dénonçant les arrière-cuisines de cette République corrompue que le petit Président mène à la baguette. Tandis que les ténors de l’UMP, parti pour lequel les carottes semblent désormais cuites et en proie à de terribles luttes intestines, s’étripent dans le panier de crabes de leurs journées parlementaires à Biarritz, capitale de l’axoa de veau et de la piperade basque, il est grand temps de faire mentir ces fâcheux qui nous reprochent cette politique éditoriale manquant de talonnettes.

Avant de plonger avec répugnance dans cette infâme marmite sarkozyste où mijote l’ignoble brouet bling-bling autour duquel s’agitent les gâte-sauce du Fouquet’s afin de s’en mettre plein la panse avec les fromages de la République, faisons d’abord connaissance avec l’objet d’un des pires délits dont se soient rendus coupables les bouchers du social qui nous gouvernent depuis trois ans. N’en doutez plus : le lait qui bout dans la casserole du ras-le-bol citoyen est sur le point de déborder tandis que les médias aux ordres du Pouvoir, qui ne manquent pas d’estomac, nous tartinent des mensonges indigestes destinés à faire avaler n’importe quoi aux cochons de payants. Vraiment, ils nous gavent grave !

Tous à la Brie !

Ce scandale plonge ses racines dans le terroir d’une région à l’est du bassin parisien entre Marne et Seine : la Brie. C’est sur ses plateaux calcaires qu’est né l’incomparable pâte molle à croûte fleurie qui porte le même nom. Dès sa naissance, le brie a fait preuve de sa nature anti-républicaine, puisqu’il aurait vu le jour dans l’abbaye Notre-Dame-de-Jouarre. Desfontaines-Lavallée, écrivain et auteur dramatique français qui fut censeur royal avant la Révolution et qui pourtant lui survécut, essaya, en bon opportuniste tenant à sa tête de veau, de rattraper cette malencontreuse origine en déclarant que “Le brie, aimé par les riches et les pauvres, prêchait l’égalité avant qu’on ne l’ait jamais imaginée possible”. Mais au cours de la clôture du Congrès de Vienne le 9 juin 1815, l’onctueux Talleyrand, lui, ne s’y trompait pas lorsqu’il déclara qu’il était le “roi des fromages”, pas plus que l’infâme Metternich, qui n’eût de cesse de défendre les privilégiés de l’ancien régime à hautes calories contre les disettes engendrées par Révolution française, et qui acheva de ruiner la réputation de ce fromage factieux en le proclamant “Prince des fromages et premier des desserts”.

Le caractère réactionnaire de ce produit laitier briard étant établi par les déclarations de ces vieux croûtons, il faut maintenant préciser que qu’il existe deux bries, bien entendu rivaux et concurrents : celui de Meaux, qui s’amollit en Champagne, et celui de d’Ile-de-France, dont le principal représentant est celui de Melun. S’ils ont tous deux pour base le lait de vache, ils diffèrent pourtant de par leur poids (2,8 kg en moyenne pour un diamètre de 36 à 37 cm pour le Meaux, 1,5 kg pour 27 cm de diamètre pour le Melun) et par leur goût : le brie de Melun a une saveur plus forte, il est plus salé et a tendance à puer quand il est mauvais, alors que celui de Meaux est beaucoup plus délicat aux palais (mais pas à ceux de la République, comme nous allons le voir). Bref, le Meaux, c’est l’aristocratie du Brie, et le Melun son populo.

Des Meaux très durs

Faut-il y voir une ténébreuse lutte de classes qui traverserait les rangs de l’UMP en pleine cuisine pré-électorale ? En tout cas une bataille à couteaux tirés oppose Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’Emploi auprès de la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi dans le gouvernement François Fillon, qui selon le Canard Enchaîné (qui n’est pas du tout laquais) aurait banni de sa table ministérielle le brie de Meaux pour le remplacer par celui de Melun – alors que, né à Lyon et maire du Puy-en-Velay, il n’a aucune attache avec cette ville – et Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale. Wauquiez aurait ainsi pris le fromage de la tête d’une faction populo-qui-pue contre celle, aristocratiquement parfumée, du maire de Meaux Jean-François Copé, ce dernier étant par ailleurs rival de Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin, une ville inconnue sur le plan de la création fromagère, ce qui par les temps qui courent augure mal de son futur destin à la tête de l’UMP.

L’affaire a fait grand bruit et la Confrérie des Compagnons du Brie de Meaux n’a pas eu d’assez durs pour réclamer le retour des privilèges, en l’occurrence le rétablissement du délicat Brie de Meaux à la table de Bercy. Cette anecdote ne semble pas manger de pain, mais les confrères de la réactionnaire aristocratie fromagère ont décidé de ne pas faire à mie à mie avec la populacière pâte molle melunoise : en témoigne ce communiqué marqué du sceau de la voracité élyséenne de Copé, jugeant « extrêmement regrettable qu’un monument de la gastronomie française, participant au rayonnement international du savoir-faire français, soit l’otage d’enfantillages bien éloignés des responsabilités d’un membre du gouvernement ».

Laurent Wauquiez a eu beau multiplier les démentis sur sa page Facebook (« Tout d’abord, je rassure les gourmets : je ne suis pas en charge des menus à Bercy. Chacun son job, et le mien est assez prenant comme ça… Je rassure les Compagnons, il y a toujours du brie de Meaux à Bercy (…) Si avec Jean-François nous avons parfois des débats, ce n’est jamais sur des sujets aussi importants que le fromage »), il est impossible de ne pas voir dans cette initiative un complot interne au parti du Président, lequel n’a pas la réputation d’être une bonne pâte pour l’ambitieux Copé qui en a dans le buffet et n’a pas l’intention de s’encroûter dans le rôle d’un second couteau et aspire à s’emparer du plus gros fromage de la République.

Maroilles contre Chabichou

Dans l’opposition PS, il paraîtrait que la bataille ferait aussi rage entre maroilliens-aubrystes et chabichouistes-ségolénomaniaques. Les partisans du Vieux-Lille, ne jurant que par ce fromage de vache sans croûte, grisâtre, salé et ammoniaqué emblématique du vrai Peuple de Gauche, s’opposeraient aux sectataires bobos du Chabichou, fromage de chèvre, à pâte aussi molle et à la croûte aussi fleurie que le brie, qui n’ont pas de meaux assez durs pour fustiger les premiers qu’ils qualifient de “gris de Lille, puants macérés, puants de Lille”. Quant à Dominique Strauss-Kahn, désespéré de constater que Sarcelles n’a aucune spécialité fromagère et exilé à Washington, que Royal rend chèvre et qui n’a pas de mots assez vaches pour Aubry, il serait prêt à montrer pâte blanche et molle pour être élu par la droite, persuadé qu’il est que n’est pas Président qui veut

Il ne reste plus que deux ans à attendre avant de savoir quel fromage remplacera la mimolette actuellement en vogue à l’Elysée. Ce serait le préféré du petit Nicolas, en sus de quelques autres. La mimolette est aussi appelée “vieux Hollande” ou “boule de Lille”… De quoi recommencer le cirque de l’ouverture à gauche s’il est réélu sur un plateau ? En tout cas, prenons garde : avec l’âge, la mimolette devient de plus en plus cassante.

35 comments to Les fromages de la République

  • ranta

    Bof, Sarcelles si, il y a le canard. Et d’après ce que j’ai pu lire, c’est un siffleur avec une plumage nuptial très attrayant.

  • Zen

    Pas de quoi en faire un fromage!…
    maroilliens-aubrystes?
    Désolé, le Maroille, c’est plus à l’est, du côté d’Avesnes-sur Helpe
    Personnellement, je préfère le munster fermier, que faisait si bien ma mère
    Pays aux 300 fromages?
    Avec toutes les m***** dérivées, ça fait beaucoup plus!

  • Léon

    Je passe mon tour, là : ma religion m’interdit le fromage qui n’est que du lait pourri… 😐

  • yohan

    Si vous passez à Epoisses (entre Avallon et Semur en Auxois) le manquez pas de faire un crochet à la fromagerie Bertault. Un fromage incomparable, (un nectar de lait) et de bons prix si vous passez au bon moment

  • Mmmouais… Les russkofs ont apparemment un sacré problème, aussi gustatif qu’économique, avec le fromage…

  • Léon

    Rigolo ce blog. Mais trouver pas bon le Borcht, elle n’a vraiment aucun goût cette nana… Ca alors ! va falloir que je vous fasse un topo sur le soupes russes ,ce joyau de la cuisine mondiale. Mais attention, cette cuisine est en danger .

  • Causette

    super plateau de fromages Marsupilami 😀

    les Russes vont enfin pouvoir apprendre à déguster nos célèbres et excellents fromages : en commençant par goûter la Brousse (Basse-Provence), l’Annot (Languedoc, Côte d’Azur), Brin d’Amour et son Bleu (Corse), Petit Bayard et Saint-Rémois accompagnés d’un Poivre d’Ane et son Trident(Provence)…

    L’arrivée du Moscou-Nice, samedi sur la Côte d’Azur, marque le retour entre la France et la Russie de la grande tradition des trains de luxe internationaux, très en vogue au cours des siècles passés. http://fr.news.yahoo.com/4/20100925/tts-france-russie-train-ca02f96.html

    • @ Causette

      Ah ben voilà quelqu’un de civilisé qui aime les fromages !

      Moi mon préféré c’est le Comté de 18 mois avec des noix. Sublime.

      • Et pour les meilleurs fromages en Franche-Comté (Comté, Morbier, Cancoillotte), c’est ici.

      • Causette

        Normandie, Bourgogne, Auvergne, Savoie, Provence… et leurs fromages aux jolis noms
        angelot cité dans le Roman de la Rose
        chaource (pas chat-ours) dont les premières traces écrites datent du XIVe siècle. Marguerite de Bourgogne l’appréciait beaucoup et l’exigeait à sa table
        bouton de culotte à déguster avec un vin rouge fruité
        claquebitou fromage fermier de la montagne de Beaune

        plus sérieusement: fin février 2008, l’Association de Défense et de Gestion du Camembert de Normandie a voté à plus de 55% en faveur du maintien du lait cru obligatoire pour l’élaboration du fromage utilisant l’appellation camembert de Normandie AOC. Elle déboute ainsi définitivement les groupes industriels de leur demande d’assouplissement du cahier des charges de l’AOC. http://fr.wikipedia.org/wiki/Camembert_de_Normandie#AOC

        il y a aussi un brie de Nangis (maire: Philippe Delannoy Dvd) et un brie de Montereau de son vrai nom « Ville-Saint-Jacques (maire: Jean Debouzy Dvd).

        • @ Causette

          Cette histoire de Camembert me fait penser à un truc délirant qui s’était passé dans les caves d’affinages des laiteries de Franche-Comté il y a une quinzaine d’années. Pour des raisons de sécurité alimentaire(prob. de listéria & salmonelle & co), la Commission Européenne avait obligé les fromagers à troquer les rayonnages de bois sur lesquels reposaient les meules de Comté par des rayonnages en PVC, censés être plus propres après lavage. Las, après moins d’un an au régime PVC, on s’est aperçu que des germes de listéria et de salmonelle apparaissaient dans ces laiteries, de qui n’était jamais le cas avant. Les Zexperts se sont alors rendu compte que le fromage et le bois avaient une relation d’osmose naturelle qui faisait que le bois éliminait lui-même les germes, ce que les fromagers savaient depuis très longtemps sans être des Zexperts commis par la Commission. Bilan, les rayonnages en PVC ont été retirés et on a remis les vieux rayonnages en bois, et tout est rentré dans l’ordre.

          L’hygiénisme systématique et industrialisé, ça rend souvent dingue… et ça empêche aussi de fabriquer des anticorps !

  • @ Léon

    Ta haine soviético-bolchevique du fromage t’a amené à faire une correction dans mon texte qui en dénature le sens gustatif. J’avais écrit : « Wauquiez aurait ainsi pris le fromage de la tête d’une faction populo-qui-pue contre celle, aristocratiquement parfumée, du maire de Meaux Jean-François Copé, ce dernier étant par ailleurs rival de Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin, une ville inconnue sur le plan de la création fromagère, ce qui par les temps qui courent augure mal de son futur destin à la tête de l’UMP », ce que tu as traîtreusement, dans un accès de bile allergique au lait pourri, transformé en « Wauquiez aurait ainsi pris le fromage de la tête d’une faction populo-qui-pue contre celle, aristocratiquement parfumée, du maire de Meaux Jean-François Copé, ce dernier étant par ailleurs rival de Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin, une ville inconnue sur le plan de la création fromagère, ce qui par les temps qui courent augure mal de son futur destin à la tête de l’UMP ».

    Je me devais de rendre à mon propos tout son sens !

  • Waldgänger

    Bon, Marsu, bien que manquant de mots, j’ai été enchanté par cet article, que je trouve très approprié, par rapport à des reproches que je trouve des plus injustes. Et il faut dire que ZEN n’est pas le seul, j’ai lu au moins une autre personne qui sortait en gros les mêmes choses.

    Mais je pense que tu es à côté de la plaque et que tu te comportes en mauvais citoyen, ta place et ton engagement citoyens devraient se borner à ces grands discours passionnants comme le fait ce perroquet, probablement source d’inspiration idéologique originelle pour plus d’un adepte du plus grand forum citoyen de la Galaxie. A trop vouloir couper les cheveux en quatre et faire dans la subtilité, on perd la force du message originel, il y a certaines religions monothéistes qui l’ont d’ailleurs très bien compris.

    Il faudrait faire un article sur les fromages du couple Sarkozy, avec les origines italiennes de Carla, ça doit être possibles. En attendant, on se contentera des fromages cuits dans le four à pizza installé spécialement dans le nouvel avion présidentiel.

    Merci pour l’article en tout cas, surtout que je n’ai aucun talent pour écrire ce genre de papier.

  • Causette

    bon nos Russes sont arrivés enchantés à Nice, faisons leur bon accueil en musique : http://www.youtube.com/watch?v=boEcvmOhCkQ&feature=related
    😀 😀 😀

  • Arunah

    Que ces médisances sur les fromages russes sont désagréables… 😯 Alors que nos valeureux amis russes, ayant fait du passé table rase, maîtrisent parfaitement l’art de ne pas laisser pourrir le lait… Loin de la pourriture capitaliste, fiers de leur pureté prolétarienne, nos amis de l’Est, d’où nous vient la lumière et le progrès, pour élaborer leurs spécialités fromagères n’hésitent pas à choisir du plâtre de la meilleure qualité qu’ils parfument délicatement d’un bon goût de propre, celui du savon pas encore tout à fait sec. Vous le voyez, Messieurs, vos commentaires désobligeants sont tout à fait déplacés, suppôts de la pourriture capitaliste que vous êtes ! Léon, lui a gardé la pureté idéologique du bolcho assoiffé de sang, le couteau entre les dents… :mrgreen:
    A propos, Léon, lorsqu’on parle de fromages, on dit du brebis ou du chèvre, au masculin. Evidemment si vous consommez la brebis ou la chèvre avec la laine ou les poils, on conçoit qu’il y ait problème…

    Sinon, plus sérieusement et pour revenir au sujet qui nous occupe, le Brie de Meaux, ma dernière perversion est de le déguster bien crémeux et coulant avec du chorizo extra-fort sur du pain grillé et croustillant… le meilleur de plusieurs mondes…

    • Léon

      Du brie de Meaux coulant sur du chorizo extra-fort, ce n’est pas possible, Arunah, c’est une galéjade… Beark…
      Je sais bien que l’on peut s’attendre à tout de la part de quelq’un qui fait le Kissiel avec de la gélatine, mais enfin, quand même… va falloir interdire ce blog aux âmes sensibles !

  • Arunah

    Tout doux ! tout doux ! Dans les associations improbables, les Soviétiques ont fait très fort… Je n’aime pas la cruauté inutile, mais dois-je vous rappeler la gamme des horreurs présentées au petit déjeuner pendant la grande civilisation prolétarienne ? Le poisson fumé flanqué de pois vert vénéneux de la taille d’un pois chiche, ( plus gros qu’en Angleterre, c’est dire… ) accompagné de prétendu café au lait soviétique ( bien évidemment, il s’agit là d’une usurpation d’identité… ce n’était pas du café… ), la choucroute au ketchup toujours avec du prétendu café au lait, le caviar pressé et les fameux pois verts suivis de l’inévitable prétendu café au lait, les petits tas aplatis de restes de spaghetti frits, toujours avec du café au lait… Pour des raisons humanitaires et par bienséance, j’arrêterai là…
    Et la boîte de ce que ( à l’odeur… ) je pensais être de la pâtée pour chats et qui était en fait du pachtiet de la première sorte pour ( sous )-humains soviétiques ? Ce pâté-là, on le retrouvait aussi à l’hôtel au petit déjeuner…
    Mais l’association improbable que je ne pardonnerai jamais, c’est le canapé de caviar pressé avec coquille de margarine servi au buffet du théâtre Mariinsky, et ce à l’époque post-soviétique… Rien de tel pour vous plomber un Prince Igor…

    Vous avez raison, il va falloir interdire ce blog aux âmes sensibles…