Small faces : Ogdens’ Nut Gone Flake

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La mode des albums-concept au temps du vinyle

Qu’y a-t-il de commun entre les albums The Wall, Quadrophenia, Tommy, l’Histoire de Melody Nelson ou encore l‘Homme à la tête de chou ?
Ce sont des albums concept, censés raconter une histoire linéaire autour d’un thème central par opposition à ceux qui, de loin majoritaires, compilent des morceaux sans liens particuliers entre eux.
Le premier album concept digne de ce nom fût le mythique Sgt.Pepper’s Lonely hearts Club Band des Beatles (67). Pour la paternité du genre, les spécialistes hésitent entre Rubber Soul (65) des mêmes Beatles et Blonde on blonde de Bob Dylan (66).
Une l’histoire dont la linéarité peut échapper si l’on n’est pas familier de la langue de Shakespeare, car chez nous, à part Gainsbourg qui prisait le genre, les concept albums français ne courent pas les bacs.

Ogdens’ Nut Gone Flake

De mon point de vue, le prototype même du concept album est le fameux Ogdens’ Nut Gone Flake des Small Faces, un des groupes mods les plus populaires dans l’Angleterre des sixties.
Enfanté dans une péniche sur la Tamise, il se présente comme un conte de fée musical, dans la mouvance des premiers opera rocks.
L’album fit grand bruit outre manche, mais passa presque inaperçu chez nous. Il est vrai qu’au même moment, en pleine période yéyé, nous avions, comme qui dirait, un petit rendez vous avec l‘histoire…
Ogdens’ Nut Gone Flake raconte l’histoire de Stan, un type un peu barré qui, en observant la Lune, s‘aperçoit qu‘il lui manque une moitié. Bref, je passe sur la suite de l’histoire passablement déjantée, prétexte à une oeuvre qui contient tout de même pas mal de pépites à redécouvrir. Un retour aux sources salutaire pour prendre conscience de la vacuité de la soupe actuelle.
Du rock psychédélique que seul un gros pétard peut inspirer à des musiciens déjà bien dégrossis.
Derrière ce délire baroque symphonique aux accents Cockney perce une voix rare, celle de Steve Marriot, un passionné de rythm’n blues, l’éclectisme distinctif des mods, qui permet de revisiter le rock avec autant de dérision que de folie.

La brièveté de l’aventure Small Faces aura sans doute sonné le glas d’autres merveilles, tant le potentiel du groupe était bien supérieur à l’empreinte laissée. Musicien accompli – guitariste, organiste  (à ses heures) -, Steve Marriott avait une voix taillée pour la soul, en tout cas, une des meilleures.
Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le I’can’t stand the rain de la période Humble Pie. Trop d’alcool, trop de coke et la poisse d’une cigarette mal éteinte précipitera sa fin, tragique comme souvent chez les musiciens de sa génération.
Outre les digressions sonores (rires, bruits de rue et instruments bizarres), les albums concept se distinguent par leurs pochettes aussi rigolotes qu’extravagantes, de vrais supports artistiques prétexte à toutes les audaces.
Il n’est pas rare que l’écrin qui protège le vinyle soit aussi précieux que l’oeuvre qu‘il contient, d’où la difficulté d’en trouver chez les disquaires. Seule issue peut-être, traverser le channel et écumer les Charity shops de la côte.
Avec un peu de chance, vous pourrez vous procurer un Ogdens’ Nut Gone Flake, presque intact dans son écrin d’origine…. (dans mes rêves….)

10 comments to Small faces : Ogdens’ Nut Gone Flake

  • D. Furtif

    Bonsoir Yohan, il a de la gueule ton article.
    Un bémol pourtant. Les albums des années soixante, avec la nostalgie que tu trimballes ça va nous emmener jusqu’à demain soir à des pas d’heures.
    Bravo pour la mise ne page , elle rappelle un peu ces curiosités qu’on allait s’acheter aux Puces de Saint Ouen à la même époque. Des vestes en velours aux couleurs rouille , un peu longue, un peu cintrées pas trop clean. Je l’avais même emmenée en camping. Le flash de l’association d’idées, l’orange passé de la pochette et l’orange rouille du velour finement cotelé , un souvenir, des lambeaux d’ambiance c’est sûr on allait être les rois du monde. 8) Les margoulins des puces nous en ont fourgué des wagons entier de ces fichues vestes

    • yohan

      salut Furtif.
      C’est vrai qu’en ce moment j’ai tendance à regarder dans le rétroviseur 8. Faut que je fasse gaffe à ne pas prendre un PV pour refus de circuler 😉

  • SANDRO

    Salut Yohan.
    Oui, interessant.
    Sauf erreur, l’album « Saravah » d’Higelin ( où il y a le brillant mais méconnu « je suis mort, qui qui dit mieux? »)participait du méme concept.
    Je l’ai encore au grenier, mais ne le vend pas, non mais, on a sa fierté…

  • Castor

    Salut Yohan !
    l’article a plus de gueule ici que là-bas !
    Merci pour nous !!!

  • Léon

    Il y a certes un côté nostalgie et « marqueur d’une époque ». Mais enfin, faut pas se raconter de salades, les Small Faces produisaient de la musique très médiocre : il suffit d’écouter leur chanson-titre puisque Yohan nous met le lien. Franchement ça ne casse pas trois pattes à un canard…Seule la voix du chanteur est intéressante. Mais, c’est un peu comme les conneries des yé-yé, c’est toujours une madeleine de Proust qui peut faire plaisir ! 😉

    • yohan

      Question de goût, bien sûr. Mais sur You tube, tu trouveras d’autres morceaux et quelques pépites. C’est vrai que Steve Mariott fait l’essentiel. C’est pourquoi, je parle du potentiel du groupe plus que de l’album lui même qui est plus collector qu’autre chose. Tout n’est pas bon, mais il faut replacer les choses dans le contexte de l’époque.

  • Salut Johan

    Bon article et comme le temps passe vite ! Hier, en ce flemmard dimanche après-midi, j’ai oublié de jouer avec mes soldats de plomb en chantant shalala… Je suis quand meme un fan des Small Faces ! Steve Marriott était un excellent songwriter tout comme le Stevie Winwood du Spencer Davis Group. Trop méconnus ceux-là. Sans oublier non plus l’excellent et regretté Alex Chilton des Box Tops et de Big Star – et ses fabuleuses sessions avec Alan Vega.

  • @Yohan

    Je viens de réaliser que le dernier commentaire que j’ai posté sur Agoravhoax t’était destiné. Sigh