C’est un leurre ? Non, c’est juste l’heure !

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On reproche souvent à la publicité d’instrumentaliser le handicap.

En fait, on reproche toujours quelque chose à la Pub. Quoiqu’elle fasse, elle est toujours suspecte aux yeux des moralistes ombrageux.
Et pourtant, la pub nous amuse, nous distrait, nous bouscule.
D’ailleurs, elle s’amuse elle-même tellement de son métier qu’elle en oublie parfois de promouvoir le produit de son client.
N’en déplaise aux apôtres de bien pensance, à l’image de celui qui, tel Ducros, se décarcasse pour nous convaincre que tout dans la pub n’est que leurre d’appel, sexuel de préférence, la publicité c’est d’abord un métier utile à bien des égards. Et, pour le reste, on s’en fout…
Pour revenir au handicap, je voudrais mettre en parallèle trois publicités qui ont engendré le buzz :

1. En 2009, l’agence Buzzman avait embauché un acteur trisomique devenu célèbre avec le film le Huitième jour. Il s’agissait alors de promouvoir Symio, un opérateur mobile low cost néerlandais.

Un bref emballement médiatique avait suivi. Là où certains y voyaient une opération d’instrumentalisation à des fins marketing, d’autres ne retenaient que le message d’authenticité et d’émotion délivré par la publicité en question.
Si le but était de promouvoir Symio en France, autant dire que l’impact fut assez mitigé, la notoriété de cet opérateur n’ayant guère progressé depuis.
En revanche, cette publicité aura mis du baume au coeur à tous ceux qui, handicapés ou non, continuent à juste titre d’estimer que si les métiers n’ont pas de sexe, le handicap ne les change en rien non plus. Notre trisomique est un acteur, et c’est comme tel qu’il a perçu son cachet.

2. Plus récemment, dans la foulée du fiasco des bleus en Afrique du Sud, la fondation Motrice en avait profité pour sortir sa nouvelle campagne de communication avec un slogan choc ; « certains refusent de courir, quand les enfants rêvent simplement de marcher ». Le but ; frapper les esprits et détourner l’attention sur la situation des infirmes moteurs cérébraux.
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Alors que cette pub semblait faire pour une fois l’unanimité autour d‘elle, un journaliste a trouvé bon de titrer et de glisser l’inévitable quizz débile «trouvez vous cette initiative démagogique».
3. Le troisième exemple concerne cette publicité récente qui a échappé à la sagacité de Paul Villach, le fameux reporter qui voit du leurre en masse (prononcer avec l’accent québécois).

Le message a quelque chose de familier « Regardez-moi dans les yeux…j’ai dit les yeux« . En fait, un pastiche malicieux de la fameuse pub Wonderbra.

Quoi de mieux qu’une campagne détournée, pour un publicitaire, en effet…

Pour l’occasion, la belle Tania Kiewitz (en photo plus haut), qui n’a visiblement rien à envier à Eva Herzigova, pose ici pour une pub de Cap 48, le téléthon belge, destinée à une récolte de fonds au bénéfice des personnes handicapées.

« Je voulais confronter les gens à cette ambiguïté de la beauté et du handicap et redonner confiance aux personnes qui souffrent d‘invalidité » a-t-elle expliqué.

Pour autant, même si cette séance photo révélant au grand jour cette intimité d’elle même ne fut pas partie facile, il est clair que pour elle au moins, elle a agi en révélateur.

Beauté et handicap… et mannequin professionnel, pourquoi pas ?

Pour l’annonceur, le coup est également parfait, puisque les dons ont littéralement explosé à la suite.

Et pourtant, il s’en trouve toujours un pour voir le mal «Je ne comprends pas cette affiche. Le sexe s’invite partout. Il faut donc une femme en petite tenue pour faire accepter et donner un meilleur regard sur le handicap. L’être humain est tombé bien bas»

Y voir un coup fourré de la pub en passant à côté de l’essentiel du propos, voilà qui s’apparente autant à une déformation des esprits qu’à une forme de déni du sens.

Mais que veulent donc ces grincheux ? que l’on tienne les handicapés loin des rampes de néons pour mieux les protéger du monde cruel ?
Pourtant, c’est bien la banalisation de la présence du handicap dans l’espace public qui contribue le plus efficacement à faire reculer la peur et l’incompréhension de la différence, cette inconnue vue de l‘autre rive.
Que la pub utilise des handicapés pour parler du handicap ou vendre un produit est plutôt une bonne chose.
Alors oui ! nous devrions avoir bien plus de représentations normalisées, afin que nul ne se sente encore et toujours obligé de traverser la Manche en manchot pour faire bouger les mentalités.
Un « handi » au Journal télévisé de 20 heures devrait être aussi banal que possible, comme jadis l’homme de fer l‘était devenu au fil du temps, sur notre petit écran noir et blanc.
Ironside’s Raymond Burr
Pour les handicapés, les choses n’avancent jamais assez vite et malgré tout, elles avancent, même si beaucoup reste encore à faire.

En la matière, les lois sont aussi nécessaires que la publicité, n’en déplaise aux grincheux, car les handicapés ont bien plus besoin de portes qui s’ouvrent que des sirènes des intégristes imbéciles ou celles des chantres de l’inter conicité.
Une maman déclarait sur un blog en réaction à la défiance des publicitaires lorsqu’ils s’aventurent sur le terrain du handicap « J’approuve entièrement cette publicité dans l’espoir que tout ceci ouvre les portes à nos enfants pour faire aussi du théâtre, du cinéma, de la publicité, comme les autres « .
Faire changer le regard, faire tomber les barrières plutôt que de tripatouiller des concepts fumeux autour des leurres supposés ou non de la publicité…

30 comments to C’est un leurre ? Non, c’est juste l’heure !

  • Lorenzo

    Je me demande si cet article n’est pas un leurre destiné á attirer Paulo avec tout l’attirail de sa boîte á outils 😆 😆 😆

  • Léon

    C’est un sujet difficile et c’est tout le mérite de Yohan de nous proposer un article sur la question.
    Evidemment que les handicapés existent et qu’il est nécessaire qu’ils puissent s’intégrer le mieux possible dans nos sociétés. Mais je ne suis pas sûr que cela passe par la banalisation de leur image. Je ne voudrais pas être interprété de travers, mais « banaliser leur image » revient obligatoirement à les exhiber. N’est-ce pas au contraire leur faire du mal ?
    J’ai toujours eu également des réticences aux spectacles de compétitions handisport, où l’on fait concourir ensemble des gens qui n’ont pas du tout les mêmes handicaps. On n’en est pas encore à organiser des compétions ouvertes à tous, handicapés et valides, mais j’y vois une sorte de parabole nauséabonde du libéralisme qui est capable d’introduire de la concurrence partout et de dire aux gens « que le meilleur gagne ». Comme si les gens avaient les mêmes aptitudes. Les traiter « de la m^me manière que les valides «  n’est-ce pas nier quelque part leur handicap ?

    Je sais ce n’est pas très rigoureux, ce sont des impressions, des questions que je me pose .

    • Ph. Renève

      Merci à Yohan pour cet article.

      Je suis assez d’accord avec Léon. Montrer ad libitum des handicapés suscite un certain voyeurisme malsain qui ne me semble aboutir ni à leur défense ni à leur respect. La pitié ou la curiosité n’ont jamais produit de bonnes choses.

      Je crois préférable de traiter les handicapés comme les autres citoyens, sans en faire des victimes ou des objets à contempler mais en les aidant à surmonter leurs problèmes. Hélas, dans notre monde ultralibéral où la première des priorités est la réduction des dépenses de l’Etat, on voit très bien que la solidarité envers eux, comme les autres, est reléguée bien loin dans les budgets. Il n’est que de se rappeler combien les belles promesses et les annonces tonitruantes de Chirac puis de Sarkozy n’ont jamais été suivies des effets prévus.

      Dans notre société de compétition (ce qui justifie les inégalités croissantes), les pauvres ou les handicapés, loin de susciter compassion et solidarité, sont logiquement de plus en plus délaissés puisque leurs chances au départ sont amoindries, ce qui n’inspire plus qu’une indifférence méprisante des pouvoirs économiques et politiques, qui sont précisément les mêmes. C’est le vae victis social.

      • Bonjour Philippe

        C’est vrai que la situation des handicapés n’est pas brillante, mais elle n’est pas non plus si catastrophique au niveau de la sécurité passive et des minima. Un handicapé reconnu à 80 % touche actuellement dans les 710 euros, plus une centaine d’autre s’il a son logement et pas d’activité. Et l’AAH a augmenté sous Sarkozy, il y a réellement eu des efforts de la droite pour augmenter l’AAH, le processus est en cours et ne sera pas affecté pa

        Actuellement, un handicapé reste relativement protégé au niveau de la survie. Il a droit, hébergé, à 710 euros, seul, à 815 plus les aides au logement. Il faut compter des réductions massives sur les transports urbains, voire sur les TER, la gratuité des musées, des cartes de bibliothèque (ce qui permet aussi de voir autre chose que le quotidien). Un gros problème peut être éventuellement ceux qui ont besoin de traitement ou de matériel coûteux, mais là aussi, il y a des aides, même si elles ne sont pas toujours adaptées.

        A une époque, non diagnostiqué, j’étais un de ceux dont le « système » ne voulait pas, pour x ou y raison, travailleur à temps partiel, et ça, c’était bien pire que d’être handicapé. Là, on se demande vraiment si on ne va pas finir à la rue. Un handicapé ne se le demande pas, il sait qu’il risque de vivoter de manière pas reluisante, mais ça ne va pas au delà.

        Les pires, ce sont les valides rejetés par le marché du travail et au RSA, là, c’est terrible.

        • COLRE

          Salut Wald, 🙂

          Je suis d’accord avec toi, et d’ailleurs l’argent ne fait pas tout.
          C’est sûrement très rassurant de se savoir à l’abri de la misère. Comme tu dis, ce n’est pas reluisant, mais on peut faire « avec » et tenter d’améliorer son sort.

          Il y a, parallèlement, des gens (j’en connais) qui sont dans une petite classe moyenne et qui angoissent à l’idée de tout perdre, et de se retrouver à la rue ! sans parler de la perspective de la vieillesse, avec des incapacités à vivre décemment avec les minima, les mouroirs, les soins inaccessibles…

          Mais il y a un aspect important que souligne l’article de yohan : la mauvaise image sociale qui rejaillit sur sa propre image de soi.
          Les rejetés de la normalité rêvent de s’y fondre, c’est humain…
          Pouvoir, soi aussi, être mannequin, acteur, sportif de haut niveau ou conducteur de TGV… comme à la télé ! même quand on est noir, bossu, laid, petit, sourd, manchot… et l’on connaît même de ces femmes qui ont rêvé d’être présidente de la république française… 😉 mais là, quand même, faut pas exagérer, pour qui elles se prennent ?

          Bon… mais sans rire, tout cela avance, avance… les « moeurs », comme on dit, il faut du temps pour que ça bouge.

          • Salut COLRE

            Le regard, c’est parfois très dur à vivre, je vois bien cet aspect de l’article de Yohan. Disons que je n’ai pas trop à en souffrir, le mien ne se voit pas trop au premier coup d’oeil. Et il y a des Asperger informaticiens, scientifiques, il y a aussi de grands hommes célèbres soupçonnés de l’avoir eu.

            Pour tes amis de la petite classe moyenne, je vois à peu près la chose, c’est que paradoxalement un handicapé est plus protégé de ce genre d’angoisse d’une descente aux enfers.

            J’aurais beaucoup à dire, mais j’ai une vie (comme quoi 😉 ), je dois filer.

    • Salut Léon,

      Quelque part, Yohan a on ne peut plus raison, je parle en connaissance de cause.

      Bah, sur les handisports, ce sont les sportifs qui veulent eux-mêmes faire comme les autres, la quantité de contrôles antidopage positifs montre leur bonne volonté, mais là encore on voit qu’ils n’ont pas réussi à faire tout à fait comme les autres, qui réussissent eux très bien à passer au travers des mailles.

      Faut bien dire les choses, les campagnes dues aux efficaces associations pour les handicapés moteurs ont fait leur effet, leur situation a l’air de s’améliorer. Pour les handicapés mentaux, ça reste très difficile, je suis bien placé pour le savoir personnellement. Ce sont des refus à peu près systématiques, sous tous les bons prétextes possibles et imaginables. Moi, j’ai à peu près fait le deuil de travailler après ma fin de CDD, heureusement que les AAH sont là et qu’elles ont augmenté, mais franchement, ça n’est pas une situation satisfaisante.

      C’est soit l’intégration des handicapés dans tout le système de codes publicitaires et plus généralement de ce qui est compris dans la « normalité », soit l’assistance perpétuelle. Jouer sur la différence, pourquoi pas dans l’absolu, mais faut voir la société actuelle et les critères de recrutement, pour moi c’est pas une bonne idée. J’ai quand même l’impression nette que dans le monde du travail, être différent est bien plus mal vu que d’être improductif.

  • COLRE

    Bonjour Yohan, 🙂

    Je suis d’accord avec toi (et pas avec Léon… 😉 ) : ces publicités servent (indirectement) une cause importante : « banaliser » l’image du handicap.
    On peut être contre la pub de façon générale, contre ses excès pour le moins quand elle distille le mépris et l’image de schémas dévalorisants (je pense aux schémas sexistes), mais puisqu’elle est là, utilisons-là au mieux (en dehors de sa fonction utilitaire, d’ailleurs discutable).

    Je ne vois que des avantages à ces exemples que tu donnes, car ils sont très soucieux de respect (ce n’est pas du « lancer de nain »).

    • Ph. Renève

      Bonjour COLRE

      Le problème des handicapés est d’abord social et économique, donc politique. C’est la volonté politique qui manque, et qui manque volontairement.

    • COLRE

      Bonjour Philippe,

      ouiiii…? mais non… 😉

      Tout n’est pas QUE politique ou économique, ni social, mais plutôt « sociétal » aussi.
      Je connais bien le pb par le biais du féminisme, qui est l’exemple d’une autre dévalorisation sociale et médiatique.

      Eh bien, c’est le fait de voir, souvent, le plus souvent possible, des femmes, là où on n’est pas habitué à les voir qui leur donne cette « banalisation » indispensable.
      Quand le fait qu’une présentatrice de journal ne soit plus vue comme une femme mais comme un/une journaliste : voilà, la vraie banalité des genres à laquelle les femmes doivent aspirer.

      Je pense que c’est pareil pour les « minorités visibles » et les handicapés.

      • Ph. Renève

        Bien sûr, tout n’est pas QUE politique. Mais reconnaissez que la solidarité envers les handicapés, qui me semble pourtant réelle chez les citoyens, fait cruellement défaut dans les mesures concrètes des gouvernements actuels. Ce sont d’abord les politiques qu’il faut convaincre.

        Ah bien sûr, les handicapés ne sont pas une force électorale comme euh ne citons personne :-D. C’est donc peut-être dans ce domaine qu’il faut agir: mettre les politiques au pied du mur (du bureau de vote) en exigeant des programmes clairs et chiffrés et des réalisations effectives.

        • COLRE

          Disons que l’un n’empêche pas l’autre. Il faut attaquer les pbs sociaux des 2 côtés à la fois : sur un plan purement politique (financier, par ex, et législatif) et sur le plan de l’image, du discours, des médias… (et donc de la pub).

          • Ph. Renève

            Bien sûr. Mais franchement, la quasi-totalité des citoyens ne sont-ils pas conscients des problèmes des handicapés et désireux de les aider ? Bien entendu, on peut discuter des moyens financiers, mais si cette volonté montait jusqu’aux politiques, il me semble qu’un très grand pas serait déjà fait.

            Soyons clairs: si sur nos impôts nous remboursons 30 millions d’euros par an à la fraudeuse Lili et si nous donnons 170 milliards d’euros annuellement aux entreprises, nous pouvons aider les handicapés, non ? C’est bien une question de choix politique.

  • Léon

    Colre : regardons, par exemple, la première pub. Elle fait référence à la pub Wonderbra où il s’agissait de montrer que ce soutien-gorge faisait une poitrine tellement magnifique qu’on ne pouvait, lorsqu’on était un mâle hétéro, en détacher les yeux.
    Ici la pub nous détourne le regard car ce n’est pas la poitrine que nous regardons mais son moignon. On prétend donc nous substituer un objet de désir … à quoi ? à un autre objet de désir ou de fantasmes ? à considérer ce moignon comme un attribut et un appât sexuel ?
    J’y vois beaucoup d’ambiguité et je ne suis pas de l’avis de Yohan : la pub on ne s’en fout pas. Elle n’est pas neutre idéologiquement et ne se contente pas de faire de la promotion pour des produits ou de stimuler des pulsions d’achat.

    • COLRE

      Cette pub est très subtile car elle est à triple fond…

      C’est vrai que l’on voit d’abord le moignon du bras. L’image décalée nous happe.
      Mais, tout de suite après, on regarde la poitrine, qu’elle a belle, et l’on se dit : eh oui… une belle femme comme une autre. Le handicap passe alors au second plan, on l’oublie presque. D’autant qu’on peut finir sur les yeux, en voyant l’injonction : regardez-moi dans les yeux…

      Pour moi, cela finit dans le sourire (je pense aussi à wonderbra) et dans la réflexion… Tous ces sentiments contradictoires qui m’ont parcourue me font réfléchir au handicap et le banalise tout à la fois.

  • D. Furtif

    L’art de la pub est de nous attirer vers un fonctionnement où nous réagissons , approuvons ou refusons mais en interne.
    Ici nous pouvons voir que comme le pose Yohan nous acceptons de réfléchir sur les droits équivalents des valides et des handicapés et sur le gain d’image que ces derniers pourraient y gagner.

    Je disais en interne car des questions préalables sont escamotées .

    La personne ( valide ou handicapée) gagnerait-elle quoi que ce soit à se mettre en spectacle. C’est ce que la pensée courante, le bain dans lequel nous trempons tous , voudrait nous faire croire . Nous faire croire avant d’avoir réfléchi sur sa nécessité et son bien fondé.
    Pour ma part je conserve une réserve prudente, voire bien plus, devant cette acclimatation forcenée à la mise en spectacle de l’individu. Je ne parle pas de filles à poil sur des affiches ce qui est une dégradation supplémentaire., mais du premier niveau de l’atteinte à la personne. Je voudrais trouver des mots mais je n’y vois qu’une marchandisation.
    Une marchandisation dès les conditions de fabrication de l’image .
    Une marchandisation dans sa nature sa cause et son but.
    Une marchandisation des modèles

    La personne gagne-t-elle à être exhibée, quel que soit le motif? Le gain financier à toutes les étapes pour toutes les parties exonère-t-il de tout inquiétude ou tout questionnement.

    Si nous ne sommes pas sûr de la réponse qui conditionne la suite , comment pouvons nous entamer une réflexion sur la nécessité de traiter les handicapés de la même manière que les valides ou non ?
    Au nom de quel réalisme décomplexé faudrait-il admettre que tous passent à la moulinette des marchands et de leur monde.

    Sans demander leur condamnation ni opposer des valeurs aux leurs , avons-nous oui ou non le droit de demander de ne pas en être?
    Avons nous le droit comme celui que j’ai pris il y a quelques années de refuser d’associer ma classe au téléton . Opération qui à mon sens contrevenait à l’interdiction de la mendicité de faire des quêtes dans les établissements publics même sous couvert du Barnum télévisuel qui transformait le binz en fête du village.

    • Ph. Renève

      J’approuve tout à fait le commentaire du Furtif, qui montre très bien qu’on oublie des questions fondamentales comme celles de la justification de la publicité, de montrer des gens à des fins précises (même si elles sont théoriquement respectables), d’exhiber des personnes pour susciter la pitié, pour finalement participer à une chaîne économique qui va du photographe au média support.

      J’évoquerai aussi la difficulté de départager la démonstration de l’exhibition, la compassion de la pitié et tout simplement la question de savoir si tout le monde accepte qu’on fasse de la publicité pour des citoyens de la même façon que pour des yaourts.

      Nous avons connu dans nos pays une époque pas si lointaine où, par pudeur et par respect, les messages pour des causes non lucratives ne comportaient pas d’images et se bornaient à exposer des faits. Il me semble qu’il serait temps de s’en souvenir. Dans ce domaine, l’efficacité de la réalité vaut bien celle de la mise en scène, qui est parfois proche de l’indécence.

      • Presque à 100 % d’accord sur le fond avec le commentaire de Furtif. Donc presque rien à rajouter, puisque cette position critique radicale est quasi-exactement la mienne. Mais il y a quand même ce petit « presque » qui fait quand même une grosse différence.

        Bon, je déteste, ne ne supporte pas la pub, qu’elle soit virtuelle ou auditive, pour toutes les raisons qu’a donné Furtif. Si ça ne tenait qu’à moi, cette envahissante entreprise de matraquage décervelant serait purement et simplement interdite. Mais je n’ai malheureusement pas ce pouvoir de décision despotique. Faut donc faire avec, cela d’autant plus qu’apparemment ça ne semble pas vraiment gêner grand monde et qu’il y a plein de soumis volontaires qui vont jusqu’à aimer ça.

        J’ai donc adopté une position de repli en rêvant de disposer du pouvoir de décision despotique qui me permettrait d’obliger les pubards à ne faire que des œuvres belles et drôles pour vendre leurs produits et mentir à leur sujet. Mais même cette exigence d’art et d’humour semble hors d’atteinte, même si parfois mon œil se laisse accrocher par quelques des rares pubs esthétiquement réussies et aussi peu racoleuses que possible, comme par exemple celle-ci (bien que j’aime bien le guitariste) ou celle-la (bien que je déteste le foot) pour n’en prendre que de récentes.

        Résumé et bilan : la pub, c’est pas demain la veille qu’elle va cesser de nous polluer les yeux et les oreilles, ça va même empirer. Donc autant qu’elle serve parfois à quelque chose.

        Bon, venons-en au sujet de ce nartic, si court qu’on dirait un entrefilet moignon… euh, pardon, j’ai pas pu m’empêcher de la faire, celle-là, en dépit du caractère dramatique du sujet. D’abord, cette photo est très belle et elle est une des rarissimes photos de pub qui ait récemment accroché positivement mon regard en dehors des deux autres sur lesquels j’ai fait des liens. C’est déjà pas mal. En plus la nana est très belle, mais bon, ça c’est courant dans la pub sinon tu vends rien coco (z’auraient pas pu mettre un thon obèse et boutonneux avec un moignon à la place ?). En plus la nana a un moignon au bout du bras. Ah, c’est une pub pour les handicapés ? Ben oui, c’en est une. Le détournement de celle de Wonderbra et du slogan est drôle, subtil et percutant, intelligent somme toute, l’ensemble produisant un subtil mélange de sex-appeal et de malaise suscitant le questionnement, ce qui veut dire que c’est réussi.

        J’aurais préféré ne voir aucune pub, pas même celle-là, mais vu que c’est pas possible à moins de devenir un ermite îlien, cavernicole ou forestier, je dois bien reconnaître que c’est une belle et bonne pub, intelligente et utile. Et je dis bravo à ses concepteurs ! … et merde quand même à la pub, à toutes les pubs.

        • COLRE

          Salut Marsu,

          Comme toi…
          Je crois que la pub un mythe entretenu par les publicistes, un peu comme les mesures d’audimat : personne n’y croit, mais on ne sait jamais, on ne sait pas faire mieux, on ne touche à rien puisque tout le monde s’accorde à y croire, on révère les chiffres tous les matins, et on y croit de façon magique…

          La pub, c’est pareil pour moi… je pense qu’elle sert pour une toute petite part (10 % ? 20% ? plus ? moins ?… bof) mais que les entrepreneurs, frileux, ne peuvent plus s’en passer de peur d’être dépassés par leurs concurrents, et ils sont emportés dans des cercles vicieux et dépensent des sommes astronomiques. Car on ne sait jamais…
          Classique « moutonisme »…

          Et puis, parallèlement, c’est une grosse industrie, la pub… Cela touche de sacrées filières ! au doigt mouillé, je dirais que la pub, directement ou indirectement, ça fait vivre, allez ! un million de personnes en France…? ou bon : 500 000 ?…
          En tout cas : énormément…  c’est donc pas près de s’arrêter.

    • COLRE

      Je me sens plus ambivalente que toi, Furtif… J’approuve et je désapprouve tout à la fois… Sans doute parce que je suis sans doute bcp plus « misanthrope » que toi et je prend davantage la mesure de l’insondable variété des humains, de leurs goûts et de leurs tares… (et je l’accepte).

      Difficile de rejeter l’ensemble du monde marchand dans lequel on vit tous. Rejeter ses excès, oui; l’omniprésence de l’argent comme valeur suprême de tout, oui; la dégradation concomitante de toutes les autres valeurs, oui…

      Mais… il me paraît inutile de penser rejeter l’activité marchande qui est aussi vieille que l’âge des cavernes, le don et le contre-don.
      L’alliance, l’échange de biens et de personnes, sont, je pense, consubstantiels de l’humanité.

      Alors bon : oui, mais jusqu’où ? dans une société de 60 millions d’individus, on peut mettre des garde-fous mais difficile d’empêcher que les digues sautent, à moins d’une politique dure et coercitive, morale, prude…
      Difficile, difficile…

      • D. Furtif

        J’ai bien sûr forcé un peu le trait pour souligner cette absence de réflexion préalable. Je ne tiens en aucun cas à instituer ce puritanisme exécrable souvent convoqué par des intégristes religieux mais aussi , comme c’est curieux par de prétendus mouvements de défense de ceci cela, de la famille , de l’identité française, de la femme….et qui recherche parce qu’au fond ils le regrettent le temps béni-oui-oui des interdits.

        Alors restons en à mon interrogation.
        Est-on certain de ne pas dévaloriser la personne dans cette société du spectacle obligé tellement il est banalisé.
        Est-on certain de valoriser la personne handicapée en lui accordant une sorte de droit inventé tout à propos un identique droit à l’affichage?

        Pour ma part , pas du tout.Il faudrait un Villach pour nous dire que cette pratique est un leurre par rapport à la défense nécessaire des droits et des conditions de vie des handicapés.
        De quoi viendraient-ils se plaindre , puisque tout comme nous ils passent à la tele. Passage substitut et accès fantasmatique à une dignité souvent galvaudée de façon obscène par ce monde là.

  • Monique Peyron

    Je participe au « Rire Médecin », votre propos me pose question. Même sans pub, ne sommes nous pas des vecteurs de la maladie-mendicité-spectacle?
    Il me semble que la donne est faussée.

  • yohan

    On peut en dire autant du téléthon qui à lui seul a permis de sensibiliser des millions de gens aux maladies orphelines, celles dont on ne parlait pas avant, en focalisant les crédits sur la recherche génétique. Ce sera peut-être aussi grâce aux dons et donc à la com qu’on sera content d’échapper demain à certaines maladies mortelles. Alors, il faudra bien dire merci. Moi je préfère voir le côté positif surtout tant que les personnes concernées n’y voient pas de mal

    • D. Furtif

      Très utile correctif Yohan.
      Il se trouve en effet que cette voie , à mon sens dévoyée, demeure la seule dans bien des cas.

  • Ph. Renève

    Une chose, Yohan.

    Tu écris « D’ailleurs, elle s’amuse elle-même [la pub] tellement de son métier qu’elle en oublie parfois de promouvoir le produit de son client. »

    J’aimerais des exemples, là … 😉

  • yohan

    j’ai rien compris de celle là 😉 8)

  • yohan

    Plus sérieusement, plus le message intrigue moins on se souvient de l’annonceur… comme celle là par exemple….mais c’est pas de jeu parce que tu vas du coup regarder qui est l’annonceur, mais si on te la passe sans prévenir, je suis sûr que tu as oublié l’annonceur dans la minute qui suit

  • Causette


    « La publicité est ce discours qui conduit à ne plus voir les réalités de la vie, les valeurs de la vie, les dimensions de l’être, et les êtres eux-mêmes, que comme des marchandises qui se produisent et se vendent »
    J’aime assez cette définition de la publicité de François Brune

    Bonsoir Yohan, bonsoir tous
    La France est réputée pour être la mauvaise élève de l’Europe, voire du monde, en matière de pollution visuelle par l’affichage. L’affichage publicitaire représente en France 12,5 % des dépenses des publicitaires, mettant notre pays au premier rang mondial pour ce média (4 % aux USA, 3,4 % en Allemagne). Selon un sondage Ipsos datant du 13 novembre 2007, 79% des français jugent la publicité envahissante et 58% agressive.

    Il y a quelques temps, je suis allée avec deux amis à un petit rassemblement organisé par des anti-pubs. L’église de st-Germain-des-prés était le lieu du rendez-vous. Nous avons été très surpris de constater en arrivant que, d’une part, les crs étaient plus nombreux que nous les anti-pubs, nous étions à tout casser une soixantaine, et d’autre part, qu’ils nous interdisaient ce rassemblement.
    Alors que nous ne faisions rien de répréhensible, dix minutes après être arrivés, nous nous sommes retrouvés cernés par les crs et des flics qui fouillaient les sacs.

    C’est tout de même étrange, ce pays où l’on interdit un petit rassemblement modéré sur les nuisances de la publicité qui envahit la ville, mais qui autorise des rassemblements exubérants et ostentatoires.

  • cathy30

    bonjour yohan
    revenons aux fondamentaux :
    « ce n’est pas le contenu qui affecte la société, mais le canal de transmission lui-même ».
    Marshall McLuhan

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Marshall_McLuhan