La bataille d’Angleterre. Mythes et réalités

Londres , un matin de novembre 1940. Cette nuit les chasseurs de la RAF n’ont pas pu bloquer avant leur arrivée tous les bombardier de la Luftwaffe . Le Fighter Command les avait vus venir de loin, les Spitfires leur sont tombés dessus à peine franchie la côte.
Passant à travers, une demi-douzaine de Heinkel escortés par trois chasseurs Me 109 sont venus lâcher leurs bombes sur les docks de l’East End. Un peu isolé un bombardier a viré au Sud bien avant et largué ses bombes sur les pavillons de Bromley pour finalement tomber en panne au retour avant Canterbury. La radio a déclaré ce matin que l’équipage avait été fait prisonnier par toute une école accompagnant la Home Guard .
Une nuit comme il en est beaucoup depuis septembre : des entrepôts en flammes, un accident de la circulation dans la City dû à la panique, deux pavillons rasés, des dégâts dans tout un quartier de Bromley. Dix morts quinze blessés. On a vu deux parachutes dans la lumière des projecteurs. L’un d’entre eux sauvait un anglais, l’autre amenait un pilote allemand jusqu’à la prison.
C’est comme ça toutes les nuits depuis septembre. Quand ils viennent les alertes nous empêchent de dormir, quand ils ne viennent pas c’est pareil, on les attend.

Mais pourquoi font-ils ça ?
Le fils des voisins l’a dit qui répare les Blenheim de reconnaissance. Il a entendu les équipages à leur descente d’avion au retour de leurs mission de l’autre côté du Channel . Il l’a dit à sa mère pour la rassurer et de sa mère au quartier…
« Rien , il n’y a plus rien. Les ports qui étaient pleins à craquer sont vides depuis des semaines. Ils ne vont pas venir à la nage, ou alors sans leurs Panzers »
Alors pourquoi ? Faudrait pas qu’il espère nous faire craquer. Ils seraient déçus.
Et Churchill qui ne cesse de nous répéter de nous tenir prêts à résister à l’invasion.

Nous sommes en Novembre 1940 plus aucun observateur sérieux, ni l’homme de la rue ne croient à l’invasion de l’Angleterre par les armées allemandes.

Pourtant le Blitz continue. Des villes seront encore durement touchées comme Coventry. L’Opération Mondcheinesonate se déroulera du 14 au 15 novembre. 449 bombardiers largueront 450 tonnes de bombes causant la mort de près de 500 personnes et en blessant un peu moins de 1000.Il en restera une expression la coventrisation. Ainsi Birmingham et Wolverhampton connaitront le même sort. Ces chiffres ne seront pas révélés au public.

Militairement la menace s’éloigne, mais pendant ce temps la guerre s’installe dans le quotidien des Londoniens. Une centaine de morts par nuit c’est la moyenne.
Ils tiennent.
Pour en arriver à cette relative baisse de la menace, il avait fallu vivre de longs mois d’incertitude et de d’angoisse depuis cette journée de Juin où les soldats en catastrophe avaient depuis Dunkerque retraversé le Channel sous les tirs et les bombes de la chasse allemande.

Commencé en France au dessus de la Meuse , l’affrontement de la RAF et de la Luftwaffe connut un baisse d’intensité aux derniers jours de Juin. Les Anglais pansaient leurs plaies, les Français n’avaient plus rien à opposer, ce fut un moment de répit pour la Luftwaffe qui alignait alors près de 2700 avions

• Quand les convois furent à nouveau attaqués avec intensité nous étions en Juillet. Cette phase dura tout le mois, les anglais ne déplorèrent que 1% de leur tonnage coulé .Très insuffisant pour étrangler l’économie britannique et trop peu pour provoquer au combat la chasse anglaise très occupée à se reconstituer en matériels et en hommes après les pertes de Mai.

• L’étape suivante vit l’attaque directe des escadrilles anglaises, de leurs aérodromes, de leurs usines et de leurs ateliers de réparations. Ce fut le jour de l’Aigle un jour qui dura du 13 août jusqu’au 24/25 août .Pour les Allemands le plan était de saigner la flotte aérienne ennemie en 4 jours. Ils furent bien près d’y réussir. Le 15 août convaincus d’avoir abattu 300 des 600 Spitfires et Hurricanes ils lancèrent depuis le Danemark et la Norvège la Luftwaffe 5 sur l’Ecosse et les Midlands, la chasse anglaise n’en laissa repartir que 4 sur 5 en piteux état. La LW 5 ira combler les rangs de la LW 2 et de la LW 3 . Le 18 août les deux lutteurs s’affrontent sans que la journée soit nette , les chiffres ne distinguent pas un vainqueur. Une très mauvaise journée pour les anglais sauf pour un point. Le Stuka excellent avion d’appui au sol qui avait fait « merveille » dans le ciel français révèle ses limites au point d’être retiré par l’état major allemand. La supériorité numérique de la Luftwaffe en est entamée.

Il n’empêche que, effritée peu à peu par les pertes en matériel et en hommes, la RAF perd la bataille. C’est alors qu’advint ce qu’on pourrait appeler cyniquement le miracle du 24 août.
Un bombardier Heinkel 111 un peu à bout de réserve en carburant, un peu perdu, beaucoup à l’écart du contrôle de son commandant en mission lâche ses bombes sur Londres en prétendant se tromper. La volonté de faire route à l’Est en ayant vidé sa surcharge de bombes y fut certainement pour beaucoup.
Ce cafouillage provoque les représailles anglaises de quelques bombes sur Berlin ( à quel prix !) Hitler en profite pour donner un nouveau tour à sa campagne, __nous y reviendrons.

• Le 7 septembre, Hitler ordonne un changement d’objectifs. Il décide de concentrer tous les raids sur Londres, c’est le début du Blitz qui se poursuivra jusqu’en mai 1941. Des escadres énormes se lancent sur des objectifs nouveaux les villes et les civils. La RAF au bord de la rupture y trouve le répit qu’elle espérait depuis 1 mois. Un raid massif le 7 septembre, un autre le 15 ,( le Britain Day) où la totalité des avions britanniques disponibles sont en l’air. Les attaques massives sur Londres se poursuivirent jusqu’à la mi octobre et en diminuant jusqu’au printemps 41 Les ports français ont vu les éléments entassés de la flotte de débarquement. Drôle de Kriegsmarine faite de bric et de broc des barges de franchissement du Rhin. Ce qui posait le problème de leur capacité à l’acheminement des matériels lourds d’artillerie et de blindés. Ce qui nous conduit à poser certaines questions sur la réalité de la menace de cette opération baptisée Seelöwe

On connaît les raisons de l’échec de cette opération

Sur le terrain ( enfin dans le ciel) Wikipédia en fait la liste, elle est connue.
• Le changement des objectifs, navires, aviation, villes désorganise et amenuise les effets des bombardements.
• Le Radar beaucoup plus efficace que prévu et surtout plus facilement réparable qu’espéré par les allemands
• Ultra ( décodage du chiffre allemand)
• Défaillance du renseignement allemand ( bombardement de faux objectifs) Grâce à Ultra on sait à Londres les difficultés allemandes à identifier et repérer es objectifs.
• La grave faute de s’obstiner sur Londres permettant à la RAF , ses terrains et ses usines de jouer à plein
• Les pertes allemandes subies pendant la campagne de France ne sont pas encore comblées
• La faible autonomie du chasseur M 109 ( 10 minutes au dessus de Londres), et des bombardiers raccourcit leur temps de survol de l’Angleterre. Le chasseur Me 109 voit de plus ses qualités ( altitude et vitesse) annihilées par l’escorte obligatoire des bombardiers. La manœuvrabilité supérieure des Spitfires et mêmes celle des Hurricanes s’opposait avec succès aux meilleurs chasseurs allemands dans ces conditions. Enfin la qualité des pilotes anglais meilleure en moyenne que celle des allemands alourdit les bilans, même si l’élite allemande issue des guerres précédentes surclasse les britanniques
• Les pilotes anglais abattus pouvaient revenir au combat, pas les allemands

On pourrait pourtant s’interroger

Reprenons ce que nous dit l’historien François Delpla
« Bataille d’Angleterre » L’expression est de Winston Churchill le 18 juin deux mois avant les faits. « Une bataille baptisée avant d’avoir eu lieu » Il la resservira de discours en discours

Du coté allemand, l’absence d’une préparation sérieuse à la hauteur de celles qui ont conduit aux opération en Pologne , en Norvège et en France. Peu ou pas de directives écrites de Hitler aux chefs des armées. C’est une étrange sensation de constater que le dictateur a, cette fois ci, laissé s’ouvrir un débat entre les chefs des trois armes. Une telle permissivité en une telle affaire ne laisse pas d’intriguer.
Alors ? Alors ?
Pourquoi cet assaut s’il n’est pas accompagné par des préparatifs sérieux d’invasion ? Des lieux de débarquements incertains, un vague « zonage » des progressions envisagées. Rien de précis quand il y a quelque chose.
Où ? Quand ? Comment ?
Quand on sait que l’armée exigeait un front large pour pouvoir débarquer ses hommes et son matériel et que la Marine refusait de garantir autre chose qu’un étroit couloir pour une période limitée. On se demande où voulait en venir Hitler .

On peut se demander quelle fin poursuivait Hitler en laissant Goering s’empêtrer dans ses promesses et dans ses échecs. On peut se le demander deux fois si on sait que dès juillet il lançait ses directives de préparation de Barbarossa le 13 et le 31 juillet 1940.

Peut-être qu’à la lumière du Halt Befehl de Dunkerque, de l’équipée de Rudolph Hess nous pourrons voir plus clair. Il nous faudra avoir compris que Churchill dont le pouvoir était encore si peu établi, que le moindre échec pouvait entrainer son renvoi et la fin de sa politique, faisait tout son possible de son côté pour faire croire à la possibilité de cette invasion. Et une fois acquise cette conviction en établir une seconde :
Nous avons été capables de la repousser.
Il est possible d’affronter Hitler et de le vaincre.

Churchill a des ennemis : les Allemands, mais il a aussi des adversaires tout aussi irréductibles : les tenants de l’apaisement et des compromis munichois Hallifax et Chamberlain .Il sait que son remplaçant est désigné : le ministre des affaires étrangères étrangères Edward Frederick Lindsey Wood . Ce dernier attend son heure pour engager la fin des hostilités avec l’Allemagne nazie. Dans ce jeu de faux semblants et de leurres il est en Grande Bretagne des gens qui attendent qu’Hitler mette enfin en route le projet qui a leur aval depuis des années : la grande croisade à l’Est contre le communisme. Ils ont l’appui de l’ambassadeur Kennedy et des isolationnistes US à la Lindbergh si souvent invités en Allemagne

Aux plus noires heures du 20 août, quand il a une de ses trouvailles géniales « never , in the field of the human conflict, was so much owed by so many few » «Jamais, dans l’histoire des guerres, un si grand nombre d’hommes n’ont dû autant à un si petit nombre.»

Peut être dans son isolement et sa fragilité politique se comptait-il au nombre des « so many few »

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Sources

Les souvenirs de mon programme de Terminale
Les articles de François Delpla : Petit dictionnaire énervé de la deuxième guerre mondiale
Des lectures John Costello : les dix jours qui ont sauvé l’occident.
Wikipédia pour tout ce qu’il fallait ne pas dire
Et le souvenir d’un film Les vestiges du jour

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Léon
Léon

Pfiuuu… Si même la bataille d’Angleterre est un leurre d’appel historique, où va-t-on ?
Voilà une vision de cette bataille bien peu orthodoxe…

Ph. Renève
Ph. Renève

Damned, où va-t-on en effet ? Quand même pas emboîter le pas décidé de Popaul sur la route fleurie du leurre généralisé ?

Good lord. 😯

Ph. Renève
Ph. Renève

Blague à part, passionnante analyse du Furtif qui nous montre avec raison que l’Histoire est parfois (ré)écrite pour la plus grande gloire de certains…

Zen
Zen

Exciting!

Marsupilami
Marsupilami

Un vrai reporter de guerre, ce Furtif, on s’y croirait. Ça fait penser à l’opération Mondscheinsonate et à la légende de Coventry

ranta
ranta

Article très intéressant Furtif et dont à titre personnel je peux attester de la véracité : Mon ex beau-père fut un des plus jeunes pilotes de la RAF, il a fini au grade de Air-vice marshal, ce qui peut être comparé à général de division en France. J’ai souvent eu l’occasion de parler de ses années de pilote et il m’a souvent dit qu’avec le recul et plusieurs années plus tard, alors qu’officier supérieur il avait accès a nombre de documents, il était parvenu à la conclusion que la menace était fictive et qu’elle avait été entretenue avec soin.

Pour la petite histoire, il a été abattu deux fois. La première fois il a pu via le réseau shelburn rentre en Angleterre et reprendre le combat, la seconde fois blessé (une jambe brisée) il a fini la guerre en tant que prisonnier.

Il a écrit ses mémoires mais malheusement mon ex ne veut pas qu’elles soient publiées.

Léon
Léon

Ranta, faut dire à ton ex qu’il y a chez Disons des mecs vachement bien sous tous rapports qui sont devenus des spécialistes de la publication de mémoires de militaires… On a même des références maintenant !

ranta
ranta

C’st à dire que… Si elle avait l’occasion de m’écraser je crois bien qu’elle oublierait de freiner. j’ai bien peur que votre réputation ne suffise pas.

Léon
Léon

Ben, dis-donc, un gentil garçon comme toi…

ranta
ranta

Bah, la gentillesse ne sert à rien lorsque l’on ne se comprend pas.

Causette
Causette

Allez! premier cours de pilotage :mrgreen:

Marsupilami
Marsupilami

L’opération alliée Gomorrhe à Hambourg ça rigolait pas non plus. Belles destructions, aussi bien qu’à Coventry avec ou sans Churchill. Mais faut reconnaître que Dresde c’était pas mal non plus. Oh Barbara, quelle connerie la guerre

Asinus
Asinus

yep Furtif leve la un lievre qui a de nombreux cousins , sachant que l histoire est écrite par les vainqueurs nombre de faits sont occultés .Les libarateurs et ce sont nos liberateurs ont tués sous leurs bombardements plus de civils que les allemands .
Quand à l ‘attitude de Churchill il semble que dans la guerre les democratie aient besoin de leaders retords a poigne, le monument qu est A Lincoln n échappe pas à la régle puique des historiens yankee comparent ses mandats à une  » semie dictature ».
Pour finir plus agréablement merci à Furtif de m’avoir fait me souvenir de l ‘epoque benie des maquettes heller et de leurs legendaires pastille de colle qui m’ont decorées les doigts tout au long de mon enfance.

Marsupilami
Marsupilami

@ Furtif

« La guerre quel que soit le camp serait-elle affaire de menteurs » : un des meilleurs bouquins que j’ai lu sur la guerre US du Vietnam est A bright shining lie (« Un Mensonge resplendissant ») de Neil Sheehan, dont le titre de la traduction française est L’innocence perdue, ce qui es beaucoup moins réaliste…

snoopy86
snoopy86

Le fait qu’il n’y ait pas eu de véritable menace d’invasion enlève-t’il quelque-chose à la grandeur de Churchill ?

Aurait-il mieux valu que les tenants d’une paix séparée l’emportent ? Que Furtif s’appelle Gûnther, Philippe Helmut et Léon Hermann ?

Lui et De Gaulle, contre l’avis de beaucoup, avaient compris que cette guerre pouvait et devait être gagnée. Sans Churchill il n’y aurait pas eu de Feance Libre non plus ….Alors qu’importe s’il a un peu bricolé

ranta
ranta

Evidemment Snoop.

Marsupilami
Marsupilami

@ Snoopy

Bien sûr. D’ailleurs un stratège qui ne saurait pas bricoler en foirant un peu ne pourrait pas gagner une guerre. Et les valeureux et francs guerriers qui cherchent à vaincre l’ennemi sans le tromper ni lui mentir sont toujours les perdants, car comme disait Sun Tzu, « Tout l’art de la guerre est basé sur la duperie ».

Asinus
Asinus

Sur Mers-el-kébir, comment ne pas évoquer l’anglophobie et la vanité maladives de nos marins

bonsoir snoopy nous avions pour une fois une flotte moderne et pouvant tenir tete à la navy  » c’est le resultat des traités sur les tonnages signés entre 1920/1930″ Churchill avait été premier lord de l’amirauté
et ce dés 1915 c est a mon sens une donnée à ne pas négliger.
Les anglais ont eu de la chance de l’avoir mais se sont liberé de son joug aux premieres élections suivant
la fin de la guerre des gens pratiques ces britishs.

mon grand pere disait  » si dieu a mis ces putains d’anglais sur une ile c’est qu il avait une foutue bonne raison » et c’est vrai que je me suis toujours demandé comment est il possible de ne pas etre anglophobe? 😯

Causette
Causette

Bonjour Furtif,
Il reste tellement de points d’interrogation sur l’Histoire du XXe siècle.