Drame du boulevard Vincent-Auriol : un indicible malaise

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L’actualité a relégué au second plan tout ce qui ne concerne pas la catastrophe au Japon, mais on ne peut s’empêcher d’éprouver un certain malaise devant l’affaire de cet immeuble parisien du XIIIe arrondissement où 17 Africains, dont 14 enfants, ont péri au cours d’un incendie dans la nuit du 25 au 26 aout 2005.

Le procès qui avait commencé ce mercredi 9 mars a tourné court:  familles ballottées d’une salle à l’autre, sono en panne, manque de places, absence de débats… Il a été finalement renvoyé sine die.

Quand on analyse dans le détail cette histoire, on se trouve en présence d’un véritable condensé de drames provoqués à la fois par l’immigration en provenance d’Afrique et la manière dont les pouvoirs publics gèrent cette question en France.

Le point de départ en est ce que l’on a appelé le «mouvement du quai de la gare».

Un certain nombre de familles expulsées d’immeubles insalubres sans proposition de relogement s’étaient mobilisées au début des années 90, et avaient installé un campement sur le chantier de la future Bibliothèque de France jusqu’à obtenir en 1992, au terme d’une procédure de réquisition par la préfecture de Paris, un relogement dans cet immeuble qui appartenait à la Poste mais qu’elle n’occupait plus. In fine, c’est l’association Emmaüs qui s’est vue confier, via  l’un de ses pseudopodes, Freha, la gestion de l’immeuble et l’accompagnement social des familles.

Des travaux de réhabilitation provisoires étaient  toutefois urgents, notamment la protection contre le saturnisme induit par des peintures au plomb. Dans un premier temps on a tenté de coller une toile de verre, mais comme elle était sans cesse déchirée, ce sont des panneaux de contre-plaqué qui seront posés aux murs et aux plafonds. Ils aideront malheureusement la propagation très rapide du feu lors de l’incendie, ce qui justifiera que Freha et l’entreprise qui a réalisé les travaux voient leur responsabilité engagée devant la justice.

En 2000 le bâtiment se voit pérennisé dans son statut de logement social par un bail emphytéotique sous condition, toutefois, de sa complète réhabilitation.
Cet immeuble date de la fin du XIXe siècle et nécessite en effet des travaux lourds de rénovation et c’est là que les ennuis vont commencer. En effet, de tels travaux supposent que les locaux soient vides, or on manque de logements sociaux pour reloger ces familles, d’autant que la plupart refusent de s’éloigner du XIIIe arrondissement. Si bien que, jusqu’en 2005, la situation reste en l’état. Au moment de l’incendie, 11 (12 selon d’autres sources) familles africaines venant du Mali, du Sénégal et de Côte d’Ivoire, dont certaines polygames, 130 personnes (dont une centaine d’enfants) l’habitent. Elles sont en situation régulière, travaillent et paient un loyer fixé à 6,30 euros le m² ouvrant droit à l’APL.

A ce stade de l’exposé on peut se poser déjà un certain nombre de questions :

Première observation : 11 familles , 100 enfants, ce sont donc environ 10 enfants par famille. Certes, la polygamie n’a été officiellement interdite en France qu’en 1993 mais on est en droit de se demander s’il était souhaitable d’accueillir en France de telles familles, de leur délivrer des titres de séjour légaux compte tenu de ces circonstances  qui, il faut le savoir, continuent de produire des effets : après l’incendie, pour leur relogement, selon Mylène Stambouli, adjointe au Maire de Paris, les familles en question ont fait des demandes de décohabitation pour certaines secondes épouses ainsi que d’indépendance pour des jeunes de 20-21 ans: si bien que, au total, les 12 familles en question ont fait des demandes pour l’attribution de 30 logements !

Deuxième observation : l’état de vétusté a été évidemment très rapidement aggravé par la sur-occupation, la mauvaise surveillance des nombreux enfants et un certain je-m’en-foutisme des occupants que tout le monde peut observer ailleurs. Ce n’est pas du racisme que de le dire, juste une donnée d’expérience et qui n’est pas imputable à une « race » particulière, mais à des populations pauvres habituées à vivre dans la précarité. Par exemple, y avait-il des raisons pour  que la toile de verre soit tout le temps déchirée jusqu’à inciter à poser ces funestes contre-plaqués ?  Que la porte d’entrée de l’immeuble soit dépourvue de serrure en état de fonctionnement, permettant à n’importe qui d’y entrer et peut-être de mettre le feu ? Et on passera sous silence toutes les autres dégradations dont se plaignaient les gestionnaires, mais sans rapport avec l’incendie.

Troisième observation : refuser des logements sociaux en banlieue pour rester dans Paris est certes compréhensible si on peut l’éviter, mais n’est-ce pas un luxe dont sont privés des millions de franciliens ? Autrement dit n’y avait-il pas là, une revendication exorbitante ?

Arrive maintenant l’incendie.

Il est dramatique par ses conséquences : trois adultes et 14 enfants meurent. Fait troublant, les experts affirment qu’il n’est pas d’origine accidentelle, mais  humaine et peut-être volontaire : l’incendie est parti de la cage d’escalier au rez-de-chaussée, à un endroit où il n’y avait aucune installation électrique et la rapidité de l’incendie exclut le simple mégot de cigarette jeté par négligence. Si aucune trace d’hydrocarbure n’a été relevée, les experts n’excluent pas que du carburant ait pu être utilisé en petite quantité et les traces balayées au cours de la lutte contre l’incendie.

Ce qui interroge,  c’est évidemment cette succession d’incendies dans des lieux vétustes habités par des Africains au cours de l’année 2005 : 24 morts dont 11 enfants dans un hôtel proche de l’Opéra en mai ; le 30 août, (4 jours après l’incendie du boulevard Auriol), sept autres morts dans un squat du Marais occupé par des Ivoiriens… Toutes les hypothèses sont  ouvertes compte tenu des enjeux financiers devenus gigantesques sur l’immobilier parisien…

Ce ne sont, certes,  que des spéculations, mais on est toutefois un peu surpris de l’échec de l’enquête sur le ou les incendiaire(s). Les avocats des familles et leurs porte-paroles s’étonnent pour l’affaire du Boulevard Auriol, de la faiblesse des moyens mis en œuvre ; ils ont beau jeu de rappeler que lorsqu’il s’est agi du vol du scooter du fils Sarkozy, la police a été autrement plus réactive et efficace…

Difficile de faire la part de parano dans cette histoire.  Mais si on ajoute à cela une manière d’ouvrir le procès qualifiée de tellement « désinvolte » qu’il a fallu le reporter sine die, on ne peut s’empêcher de penser que si 14 enfants de bobos parisiens avaient péri dans l’incendie criminel d’un immeuble, cela ne se serait doute pas passé de cette manière…

Pour toutes ces raisons, cette affaire suscite  un sérieux malaise. Parce qu’il y a à peu près tout dans ce drame, tout ce qui ne fonctionne plus, ou mal, en France  : l’intégration de l’immigration,  la pauvreté et l’exploitation, la crise de l’Etat-providence, la pauvreté de la Justice, la loi d’airain du marché immobilier, la criminalité et peut-être du racisme à l’état pur…

8 comments to Drame du boulevard Vincent-Auriol : un indicible malaise

  • Lapa

    Très bon rappel Leon. Vous posez des questions que tout le monde esquive joyeusement et qui n’auront jamais de réponse ni de solution. Il n’y a que des drames comme cela qui de temps en temps nous rappellent la dur réalité des nombreux échecs de l’état. Puis tout sombre dans l’oubli bien pratique.

  • yohan

    En France, on préfère s’émouvoir, crier au scandale et puis on passe à autre chose dès le lendemain. Pas d’analyse fouillée, et surtout pas, de remise en question de quoi que ce soit. Effectivement, la question de fond à se poser est : comment peut-on accepter d’accueillir des familles étrangères, avec 10 enfants, sur notre sol, avec je ne sais quels arrangements entre pays, sans être capable de prévoir autre chose que de livrer ces gens à des logements insalubres, logements qui plus est, sont surpayés par la collectivité.
    Je croyais que pour pouvoir venir en France, il fallait attester de moyens de se loger avec les m2 nécessaires. Des familles qui ont l’habitude de vivre au ras du sol et de laisser les enfants sans surveillance se retrouvent piégés dans des gourbis étroits avec des prises électriques à nu et des appareils au gaz défectueux.
    Récemment, un gamin est tombé du 7ème étage d’un immeuble cours de Vincennes. Famille africaine, mari bigame et une tripotée d’enfants vivant sans surveillance, tout ce petit monde à la charge de la collectivité. La famille est défavorablement connue du voisinage (j’en parle en connaissance de cause) et la Mairie se contente de hausser les épaules. Nous n’y pouvons rien, dit-elle. Qui a poussé ce gamin ? hein. Il est tombé tout seul, parce que sans surveillance.
    Dans l’affaire évoquée par Léon, on a évoqué la piste criminelle, je veux bien le croire. Pourtant, personne n’ose dire que les pompiers sont régulièrement appelés pour éteindre des incendies provoqués le plus souvent par ces gens eux-mêmes, qui ne sont pas tous adaptés à la vie moderne. Les explosions de gaz ont souvent lieu dans des logements vétustes. Mais qui vit dans les logements vétustes ?

  • Causette

    Bonjour Léon, bonjour à tous
    Il faut avoir vécu dans un squat, ou tout au moins avoir fréquenté leurs résidents régulièrement, pour se faire une idée des dangers que peut représenter le quotidien dans ces endroits. Surtout quand des gosses se baladent partout sans pratiquement aucune surveillance. J’en ai connu plusieurs à Paris, certains plutôt « clean » comme par exemple celui de la rue de Rivoli (propriété de la mairie de Paris) transformé en squat d’artistes resté longtemps ouvert aux visiteurs qui passaient par-là. Il y avait un petit théâtre en sous-sol. Et d’autres, de véritables taudis où les squatteurs ne faisaient rien pour arranger leurs locaux et où je constatais qu’ils faisaient la cuisine en achetant des bombonnes de gaz posées sur des réchauds en équilibre souvent instable avec autour le bric-à-brac rideaux, lits, couvertures, tapis… et autres « décorations » inflammables.

    J’ai eu l’occasion aussi de visiter très souvent un squat dans le 14e arrondissement, où se trouve la dernière ferme de Paris la Ferme de Montsouris avec en sous-sol une carrière médiévale du XVe siècle. Là dans l’immeuble de six étages très délabré une trentaine de familles africaines s’étaient installées et ont été expulsés en 2004. A cause de gros intérêts entre la mairie de Paris et le promoteur-partenaire de confiance de la ville, certains se sont opposés et ont dit qu’il n’y avait pas urgence absolue pour cette évacuation, je n’étais pas d’accord avec eux. Vu de l’extérieur ça ne se voyait pas trop mais cet immeuble était vraiment insalubre et il y avait danger pour les squatteurs et leurs enfants. En plein été 2004 quand j’ai entendu sur Rfi que Crs et pompiers étaient intervenus j’ai tout de suite pensé à un incendie, alors que c’était une expulsion. Histoire de ce squat avec photos.

  • ranta

    Léon, tu vas recevoir des coups sur la tête. A Ecrire ce qu’il ne faut surtout pas dire, le cycliste va encore poster dans la poubelle 😉

  • Causette

    Occupation ou squat d’un immeuble ancien ça revient au même en cas d’incendie. Pour l’immeuble du 13e les gens d’Emmaus qui géraient l’immeuble recevaient des loyers mais n’ont fait aucun travaux, c’est ça le hic.
    Le gros problème à Paris c’est le flou total (opac) dans l’immobilier social. Que ce soit les socialistes ou la droite, pour obtenir un logement à loyer modéré il faut forcèment faire partie d’associations magouillant avec le maire, j’en sais quelque chose puisque je suis directement concernée par le problème, ma demande date de onze ans et je refuse de rentrer dans ce genre de passe-droit en cirant les bottines des élus. Et vu qu’il y a des tas d’immeubles et de logements non-occupés depuis des années les gens sont tentés de squatter.

    Attribution des logements vu par le maire du très chic 8e arrondissement de Paris.

    « … au hasard ou au pif… ou au sort… »

    ➡ Bénéficiaires du regroupement familiale
    Sont obligatoirement exclus du regroupement familial :
    un autre conjoint de l’étranger polygame qui réside en France avec un premier conjoint,

    les enfants de cet autre conjoint, sauf s’il est décédé ou déchu de ses droits parentaux.

    Le titre de séjour de l’étranger polygame lui est retiré, s’il a fait venir auprès de lui plus d’un conjoint, ou des enfants autres que ceux du premier conjoint ou d’un autre conjoint décédé ou déchu de ses droits parentaux.
    Bin oui mais qui vérifient vu le nombre de fonctionnaires de plus en plus restreint?

  • Pour rajouter au drame humain sans nom, il faut souligner dans ce dossier le traitement indigne de ce dossier hors norme proposé par notre indigente justice! Deux jours d’audience étaient programmés, des familles de victimes déconsidérées, une enquête bâclée, bref une véritable HONTE, UN SCANDALE!