Le Journal de Vingt Heures_ Grosse Fatigue

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Comme ce n’est pas le gars qui dérange ou qui se pavane sur le OUeb citoyen on ne le voyait plus depuis un bon moment. Mais il était là, avec ces textes fulgurants sans en avoir l’air. Nous le republierons de temps en temps, histoire de vous faire plaisir et histoire de vous inviter à aller voir son blog , un blog unique sur lequel j’étais tombé en 2005/2006 , ou avant, il y a  très longtemps, bien  avant l’invention du 5 è Pouvoir. Vous verrez l’homme ne tient pas particulièrement à mettre connu ni à vous rencontrer.

Il s’appelle Grosse fatigue

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Le journal de 20H

mardi 25 juin 2013, par Grosse Fatigue

Je regarde par hasard le journal de vingt heures. Je ne sais pas sur quelle chaîne je suis. Je ne suis pas le journal de vingt heures. Je ne regarde quasiment jamais la télévision. Et surtout pas le journal de vingt heures.

C’est comme si j’avais passé vingt ans en prison, et que je découvrais le journal de vingt heures. Voilà donc la cause de tout.

Une bonne femme est filmée dans son appartement parisien. Elle a beaucoup souffert. Elle a eu des quintuplés. Enfin bon, disons que la FIV a donné des quintuplés. Elle a eu des jumeaux. Ils étaient prématurés. L’un des deux est mort. L’autre a survécu.

Elle les dessine pour ne pas les oublier. Elle dessine une femme avec cinq embryons. Des petits dessins sans intérêt.

Je comprends la peine. Je comprends la souffrance. J’ai donné. J’en connais.

Mais mais mais : comment peut-on être assez indécente pour accepter que le journal de vingt heures parle de cette intimité, de cette banalité de la vie, de ce qui peut arriver à tout le monde dans les pavillons alignés des villages français et des banlieues moroses ? Pourquoi cette femme-là passe-t-elle à la télévision ? Pourquoi parler d’elle ? Est-elle un exemple ? Est-elle universelle ? Est-elle nécessaire au journal de vingt heures ? Ne pouvait-elle pas se contenter d’un quart d’heure de gloire dans Marie-Claire ? Pourquoi ainsi se mettre en scène ? Se montrer ? N’est-ce pas indécent ? C’est donc cela le journal de vingt heures ?

J’ai une amie à qui c’est arrivé. Il y a des milliers d’exemples. Par chance, cette amie n’en parle pas tout le temps. Elle est digne. Elle ne dessine pas. Du moins pas ce genre de chose. Elle ne ressasse pas. Elle regarde droit. Elle a cette force des femmes. Elle ne conserve pas les photos des enfants perdus. Non pas qu’elle les oublie. Elle est humaine, sensible, posée, pudique.

Et puis, sa sœur n’est pas actrice. Elle ne fait pas du cinéma. Elle n’est pas connue. Elle n’a pas publié de livre de dessins à la con. Elle ne peut pas bénéficier d’une telle publicité au journal de vingt heures. On ne fait pas la publicité de la pudeur.

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11 comments to Le Journal de Vingt Heures_ Grosse Fatigue

  • D. Furtif

    M’en fous si les visiteurs de mon blog ne sont pas venus déposer un petit commentaire.
    Je n’ai pas eu beaucoup plus de succès
    La chaleur sans doute
    M’en fous complètement
    Moi j’aime ce que tu écris Grosse Fatigue et je n’arrêterai pas de publier tes textes que j’aime.

  • ranta

    L’article sur Batho est tout simplement énorme : savoir dire et décrire en si peu de mots notre monde.

    Y’a des gens qui me renvoient dans mes 22 en deux coups de cuillère à pot.

  • Léon

    Grosse fatigue est, avec Florentin Piffard, sans doute l’un des meilleurs rédacteurs du ouèbe. J’espère qui nous donnera l’autorisation de le publier souvent. Ses textes sur la musique et les musiciens, notamment, sont vraiment géniaux. Celui-ci par exemple, va plaire à nos musiciens…
    Ici, un petit chef d’oeuvre
    Un autre .

    • ranta

      Putain ! j’avais pas lu ça. Voilà un type qui me réconcilie avec le oueb. Un type qui me rappelle que si l’homme est très souvent petit il peut être grand aussi. C’est un type qui me donne envie de’embrasser toutes les rosemars du monde et leur dire : « viens, je vais te faire lire un truc, tu vas voir »

      Je commence assez à connaître le Furtif pour savoir qu’avant de commencer à l’impressionner un paquet de flotte va couler sous les ponts; et lorsqu’il dit « là ça vaut le coup »…

      • D. Furtif

        En Vérité le seul problème avec Fatigue c’est de choisir.
        Un chié problème

        • ranta

          A deux par mois, le choix manque pas pour sûr :mrgreen:

          • ranta

            Y’a une telle douleur, une telle amertume, que je l’a ressens en lisant Cette amertume qui te fais demander à quel moment t’a merdé pour que les choses soient telles quelles sont aujourd’hui.

            C’est tout sauf la complainte du vieux con nostalgique.

  • Léon

    Et enfin, enfin, j’ai trouvé quelqu’un qui pense la même chose que moi de Tarentino ! Je n’ai jamais réussi à regarder plus de 10 mn de Pulp Fiction…

  • D. Furtif

    Léon mon garçon….
    Je suis entièrement d’accord avec toi et c’est pour ça que je dois te demander d’arrêter.
    « Léon je vous demande de vous arrêter »
    .
    Fatigue nous a autorisé à publier ces Nartics à raison de 2 par mois…
    C’est gentil pour nous
    Mais cela implique que nous soyons nous aussi gentils pour lui ;…Ce qui veut dire que nous tenions nos engagements de publication.Avec tout le cérémonial que cela implique.
    ….. 😕 Est-ce que tu vois où je veux en venir?

    Bin…
    Si tu invites trop vite à aller voir tel ou tel Nartic
    Comment je vais produire un effet de surprise et éveiller l’intérêt en publiant des articles déjà vu par tes bons soins et ton emballement pour eux ?????????

    Cela dit.

    .
    .

    Ah le beau monde de tolérance que l’on nous prépare. La bouillie idéologique du relativisme et d’un métissage qui n’est que médiatique. Je rêve d’un parti des athées, des incroyants, des dubitatifs, des râleurs, ce que nous sommes, nous qui sommes si français, notre dernière caractéristique avec le non-usage du clignotant, aspect moins révolutionnaire, je dois le dire.

    Il est exact que cet article devrait nous servir de profession de foi